Et si George Simion n’avait pas dit son dernier mot… Le 5 mai dernier, le Premier ministre de centre-droit Ilie Bolojan, chef du Parti national libéral, a perdu un vote de confiance au Parlement après seulement dix mois au pouvoir. Il portait un programme d’austérité destiné à réduire le déficit public, le plus élevé de l’UE, et ses coupes budgétaires ont rapidement suscité un rejet politique et social. En témoigne le revirement d’alliance surprises qui a fait conduit à la chute du gouvernement début mai. La motion de censure contre le Premier ministre a été initiée par le Parti social-démocrate (PSD), première force de la Chambre des députés, pourtant allié d’Ilie Bolojan au sein de la coalition pro-européenne formée après les dernières élections. Mais pour parvenir à ses fins, le PSD a choisi de s’associer aux nationalistes de l’AUR (Alliance pour l’unité des Roumains) de George Simion. Un rapprochement baroque qui a fait grincer des dents, jusque dans les cercles bruxellois.
Partisan d’un gouvernement « pro-roumain »
Pour l’ancien candidat à l’élection présidentielle de mai 2025, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une alliance de circonstance, car « Le PSD est un parti de l’establishment, qui a contribué de manière significative à la situation économique et sociale difficile dans laquelle se trouve le pays », argumente-t-il pour Valeurs actuelles. Âgé de 39 ans, cet ancien ultra de l’équipe nationale de football entend bien surfer sur l’instabilité politique en Roumanie pour étendre encore un peu plus son influence.
George Simion dresse un constat pour le moins alarmant du bilan du gouvernement sortant : « La Roumanie est entrée en récession économique, le coût de la vie a continué d’augmenter et le fardeau est retombé presque entièrement sur les citoyens ordinaires, tandis que les privilèges politiques sont restés intacts ». Il s’opposait donc frontalement à « un simple changement de quelques ministres, sans modifier le système politique ni les habitudes ».
Pour le natif de Focșani, c’est une revanche après sa défaite aux élections présidentielles de mai 2025. George Simion était arrivé largement en tête du scrutin lors du premier tour, avec plus de 40,9% des voix. Mais avait perdu l’élection au second tour face au maire libéral de Bucarest, Nicușor Dan, en recueillant 46,4% des suffrages. Un an plus tard, cependant, la situation politique s’est largement détériorée, modifiant les équilibres.
Ce pays des Carpates de 18 millions d’habitants est ravagé par des instabilités chroniques, souffrant d’une inflation galopante (+8,3 % en février) et affichant le déficit budgétaire le plus élevé de l’UE (environ 6,2%). Si le pays ne mène pas à bien des réformes essentielles d’ici août 2026, il risque de perdre environ 11,4 milliards d’euros de financements européens.
Son parti AUR prône ainsi « un gouvernement pro-roumain » non aligné sur les directives du Parlement européen, en réduisant « la bureaucratie » et en protégeant « les entreprises stratégiques et nos ressources naturelles ». George Simion, qui adopte un style souvent qualifié de « trumpiste », a construit sa popularité autour d’un discours souverainiste, hostile à l’immigration et vivement critique à l’égard de l’Union européenne et notamment de l’aide économique apportée à l’Ukraine.
Le parti le plus populaire de Roumanie
Aujourd’hui, il ne mâche pas ses mots contre « les anciens partis, qui gouvernent la Roumanie depuis 35 ans et se qualifient aujourd’hui de « pro-européens » pour maintenir une division artificielle, sont totalement discrédités ». Et estime qu’AUR est le parti le plus populaire du pays, ce que confirment les récents sondages.
Le leader souverainiste entend battre le fer tant qu’il est chaud. « Le parti AUR a toujours affirmé que la seule solution à la crise politique actuelle est la tenue d’élections générales anticipées » précise-t-il, en martelant qu’ « il faut revenir à la volonté du peuple ».
George Simion, qui connait la constitution, est conscient des difficultés à résoudre pour donner corps à ce scénario idéal à ses yeux. Sans compter l’opposition catégorique du président de la République. Nicușor Dan a déclaré : « Je tiens à assurer aux Roumains que, quoi qu’il arrive, la Roumanie continuera à suivre sa voie vers l’Occident », avait-il récemment déclaré après la chute du gouvernement, indiquant qu’il y aurait seulement « une ou deux semaines d’incertitudes ».
Malgré son poids au Parlement roumain, où il est allié aux autres formations nationalistes, le POT (Parti de la jeunesse) et SOS Roumanie, représentant ensemble plus d’un tiers des députés, l’AUR pourrait ne pas voir sa situation évoluer. Si l’option d’élections législatives anticipées venait à être écartée, le leader du PSD, Sorin Grindeanu, apparaîtrait comme le candidat le plus probable au poste de Premier ministre, avec pour mission de constituer une coalition encore plus fragile que la précédente.
Une chose est sûre. Plus l’instabilité politique grandit, plus le parti de George Simion devient populaire. À l’instar des autres pays européens, en Roumanie l’ascension des partis souverainistes n’est plus un épiphénomène mais bel et bien une tendance lourde.
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