Pourquoi la Suisse est devenue riche, de Markus Somm

Francis Richard
Resp. Ressources humaines

L'enquête de Somm débute vers 1500 et s'achève en 1830: au début du 16e siècle, la Confédération vivait encore de la réputation de ses mercenaires, les plus redoutés de l'époque. Trois siècles plus tard, elle s'était transformée en pays industriel - l'un des premiers d'Europe. Elle avait rattrapé l'Angleterre.

 

Tel est le résumé qui figure à la fin de l'ouvrage.

 

Dans son introduction, Markus Somm prévient d'emblée que le secret bancaire ou l'esclavage sont des théories qui n'expliquent pas la richesse de la Suisse et que son succès économique commence bien plutôt que ce que la plupart des gens pensent aujourd'hui.

 

Les raisons de ce succès?

 

  • L'organisation du travail et une main d'oeuvre qualifiée:
  1. D'abord la protoindustrie1 ou travail à domicile: l'historiographie parle du Verlagssystem, une forme d'organisation où des centaines d'ouvriers travaillaient parfois pour un seul entrepreneur, généralement à domicile, le plus souvent à la campagne, plus rarement en ville. Cet entrepreneur fournissait matières premières, parfois les outils de travail, ou des produits semi-finis.

2. Puis l'industrie ou travail en usine dès l'avènement des machines.

 

  • L'activité:
  1. D'abord le textile: les vêtements sont des biens de consommation indispensables (sinon périssables, du moins se détériorant, lentement), en coton, en velours, en soie, en laine...
  2. Puis les machines, à l'imitation des Anglais.

 

  • Des entrepreneurs à la fois commerçants et fabricants, dont des immigrants compétents:
  1. Des Locarnais réformés ayant immigré à Zurich, fuyant les persécutions catholiques au Tessin, qui développèrent des relations commerciales avec l'Italie.
  2. Des réfugiés protestants, originaires de Lucques, ayant immigré à Genève.
  3. Des dynasties telles que celle des Werdmüller ou des Escher, à Zurich.Un huguenot originaire de Strasbourg, Peter Bion, à Saint-Gall.
  4.  Un huguenot originaire de Strasbourg, Peter Bion, à Saint-Gall.

 

(Les membres des corporations combattaient les entrepreneurs autant qu'ils le pouvaient avec des réglementations en opposition à toute modernisation économique, mais durent s'incliner peu à peu devant le principe méritocratique.)

 

  • Le commerce international:
  1. D'abord par le libre-échange en contrepartie de contrats de mercenariat.
  2. Puis par l'exportation de biens de qualité, aux prix concurrentiels, dus aux modes d'organisation et d'approvisionnement des matières premières.

 

  • Les institutions:
  1. Une république indépendante de facto: pas d'aristocratie mais des élites bourgeoises.
  2. Une confédération de mini-États souverains, neutre après Marignan et la Réforme, décentralisée.
  3. Une Église réformée plus favorable à l'économie de marché et au capitalisme que l'Église luthérienne ou, a fortiori, l'Église catholique, que ce soit à Zurich avec Zwingli ou à Genève avec Calvin, avec des impôts bas et une protection de la propriété privée.

 

Il faut donc lire et partager ce livre qui développe toutes ces raisons. Comme le disent les traducteurs à la fin de leur préface: Plus l'histoire de notre nation sera connue, plus elle nous aidera à répondre à une question décisive: comment perpétuer le fragile succès de la Suisse?

 

Francis Richard

 

1 - En Suisse, ce mode d'organisation connut un succès étonnamment constant:

Le Verlagssystem bouleversa tout, non seulement l'économie, mais aussi la démographie, la culture, la stratification sociale et, le plus souvent, les rapports de force en politique.

 

Pourquoi la Suisse est devenue riche, Markus Somm, 352 pages, Slatkine (traduit de l'allemand par Jérémie Bongiovanni Nicolas Jutzet)

 

Publication commune LesObservateurs.ch et Le blog de Francis Richard.

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