Brexit. Rien n’oppose la démocratie directe et l’Etat de droit. Bien au contraire !

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L’Europe, l’Europe technocratique de Bruxelles aura donc réussi cet exploit de mettre en difficulté l’une des plus anciennes et solides démocraties du monde, qui a instauré le vote universel pour les deux sexes depuis 1928, et qui est, sans doute depuis la Grande Charte (1215), le modèle des Etats de droit ! L’Union Européenne, dont on chercherait avec peine les succès depuis sa création, a multiplié les obstacles au départ du Royaume-Uni, pourtant légitimé par un référendum. Or le débat actuel conduit à accuser Boris Johnson de pratiquer une sorte de coup d’Etat en ayant demandé constitutionnellement à la Reine d’ajourner le Parlement durant cinq semaines, le temps de mener à bien le Brexit, c’est-à-dire d’accomplir la volonté du peuple britannique, et de présenter un programme « audacieux et ambitieux ». Curieux « outrage constitutionnel » selon l’expression malvenue du « Speaker », le Président des Communes, John Bercow, ce fils d’immigré roumain, conservateur très à droite pour être élu, et qui a viré au progressisme au point de faire figurer un symbole « lgbt » sur le blason de sa présidence ! La session ainsi clôturée a été une des plus longues, et les parlementaires sont parvenus, par leur indécision et leur irresponsabilité, d’une impasse à une autre, et de vote en vote contradictoires, à épuiser un Premier Ministre, Mme May, à ridiculiser le parlement, le pays aussi, et à travers lui, à faire douter de la possibilité de la démocratie. Peut-être est-ce d’ailleurs ce que voulait Bruxelles qui a contourné tous les référendums hostiles, et qui est, plus que jamais, avec sa commission décorée d’un parlement inutile, selon le mot de Jacques Delors, « un despotisme éclairé »… sauf que l’adjectif est usurpé, si on en juge par l’incapacité de l’Union de régler les conflits qui ont lieu sur le continent, d’affronter les chocs économiques et financiers, de prendre conscience des crises démographique et migratoire, et finalement, d’enrayer le déclin de l’Europe par rapport au reste du monde.

Ainsi donc, Boris Johnson serait « un dictateur au petit pied ». Il aurait, comme l’écrit le journal officiel de la bienpensance, « le Monde », « joué le peuple contre le Parlement, le propre du populisme. » Cette opposition désormais devenue le slogan de l’oligarchie et de ses porte-voix est significative. Il s’agit d’émasculer la démocratie en la privant du « démos ». Cachez ce peuple que je saurais voir, ces gens qui ne sont rien et qui prétendent se mêler de tout. La politique, et plus encore l’économie sont des choses sérieuses qui ne sont pas à la portée du vulgaire. Il faut laisser les spécialistes s’en charger ! Le « démos » de la démocratie est rétrogradé en « peuple » du populisme, entendez populace, gilets jaunes bons pour la matraque… Boris Johnson ne respecterait pas le Parlement et se mettrait hors-la-loi en n’appliquant pas la loi votée par les députés lui enjoignant de négocier à nouveau le Brexit et peut-être de retarder une fois de plus sa mise en oeuvre. Mais, bien sûr, les parlementaires seraient eux dans leur droit en refusant des élections anticipées, c’est-à-dire un recours au peuple pour refonder la légitimité du pouvoir….

Dans cette affaire embrouillée, la clarté est à l’évidence du côté du Premier Ministre même si la pensée unique européenne tente de le ridiculiser. C’est un autre Premier Ministre conservateur, un de ces professionnels de la politique sorti tout droit d’une grande école pour entrer dans un cabinet ministériel qui est à l’origine du problème : David Cameron. Conservateur, mais moderne et compassionnel, une sorte de Pécresse britannique, il craignait la montée des eurosceptiques au sein même de son parti, et a voulu jouer au plus fin en annonçant un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne avec la certitude d’un vote pro-européen qui clouerait le bec aux opposants. Cela lui a fait gagner largement les élections législatives en amenant des voix populaires aux conservateurs. Mais, comme l’arroseur arrosé, il a perdu le référendum et dû démissionner. Dès lors, le vin démocratique était servi et il fallait le boire. Or les adversaires du Brexit s’y refusent et l’addition des conservateurs pro-européens, des opposants travaillistes et libéraux auxquels s’ajoutent les élus écossais et irlandais a coincé le gouvernement britannique dans un long tunnel, avec l’espoir d’anéantir ce fâcheux vote des Anglais ! Les arrières-pensées électoralistes ont, dans la pénombre, largement éclipsé l’intérêt supérieur du Royaume…

La démocratie consiste d’abord à obéir au peuple souverain qui s’est exprimé. L’Etat de droit consiste, lui, à respecter la hiérarchie des normes. Le vote populaire est au-dessus de celui des parlementaires dès lors que la Constitution ou la pratique qui en tient lieu l’admettent. Vouloir mettre en oeuvre le choix du peuple est donc prioritaire et légitime. L’absence d’accord avec Bruxelles dès lors que les clauses imposées par la Commission sont inacceptables pour le Royaume-Uni, notamment quant à la frontière des deux Irlande, n’empêche nullement la séparation sèche. Les députés britanniques en bloquant le processus vers toutes les sorties ont montré une fois encore que la démocratie ne se résume pas au débat parlementaire. D’ailleurs l’histoire ne donne guère d’exemples d’une efficacité particulière du système ni de la compétence évidente du personnel qui s’agite en son sein. La démocratie directe sous la réserve du respect de quelques droits fondamentaux est l’alpha et l’oméga de l’Etat de droit !

 

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