Discrète, Brigitte a systématiquement refusé de rencontrer les journalistes. Mais, grâce à l’aide d’une autre plaignante, nous avons pu la voir, à Genève, à la mi-juillet 2018. Avant ce rendez-vous et jusqu’à la dernière minute, elle a hésité, tergiversé. Il faut dire que même après le dépôt de sa plainte, le 13 avril 2018, la «mise sous silence», une procédure helvétique, a pesé sur elle : les conseils de Tariq Ramadan ont tout fait pour l’empêcher de s’exprimer publiquement, ainsi que ses avocats. Cet été, elle a gagné la bataille, retrouvant sa liberté de parole. Pour autant, elle reste prudente et inquiète, soucieuse de ne pas être identifiée.
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«son visage s’est transformé»
Ce soir du 28 octobre 2008, raconte Brigitte, elle se présente à la réception de l’hôtel où Tariq Ramadan lui a donné rendez-vous après une conférence privée. Elle s’attend à ce que d’autres personnes les retrouvent pour un échange en commun. «Il voulait que je le rejoigne dans sa chambre. Mais j’ai refusé. Je ne voyais pas l’intérêt de monter pour redescendre. Je pensais toujours que d’autres personnes se joindraient à nous.» Elle attend à la réception. Quand le prédicateur arrive une vingtaine de minutes plus tard, ils s’installent dans la salle du petit-déjeuner. Il n’y a qu’eux deux, dans la pénombre. Chacun boit un thé. Tariq Ramadan doit enregistrer le lendemain une interview à la RTS (Radio télévision suisse). D’après Brigitte, le théologien interroge le jeune homme de la réception pour savoir si le pressing est ouvert. «Comme c’était fermé, il lui a demandé s’il pouvait mettre à sa disposition un fer et une planche à repasser.» Dix ans plus tard, elle pense que c’était un traquenard pour l’attirer dans sa chambre. Le réceptionniste doit fermer la salle du petit-déjeuner. «Nous continuions à discuter. C’était animé et je me suis retrouvée avec le fer à repasser dans les mains sans trop m’en rendre compte, se souvient-elle. Et puis nous avons pris ensemble l’ascenseur.»
A peine Brigitte entrée dans la chambre, tout aurait basculé. D’après son récit, Tariq Ramadan «s’est baissé pour brancher ou débrancher un appareil. Je me trouvais alors derrière lui […]. Au moment où il s’est redressé, son visage s’est transformé». Le prédicateur l’aurait immédiatement «basculée sur le lit.» Brigitte lui aurait demandé d’arrêter, refusant de l’embrasser. «Il me disait qu’il n’y avait que deux catégories de femmes qui refusaient d’embrasser : les prostituées et les espionnes. Il m’a alors redemandé si j’étais des RG. Je n’ai pas crié de peur qu’il me frappe. Il s’est mis à m’insulter. J’ai eu peur de mourir. J’étais terrifiée et paralysée», raconte-t-elle. Les coups pleuvent, selon son témoignage, des claques violemment assénées tandis que son agresseur lui dit qu’elle aime cela, la traite de menteuse. «J’avais les yeux en feu, confie-t-elle. Je voyais comme une énorme chauve-souris sur un fond rouge. Je suis une battante. Cela m’était déjà arrivé de me retrouver dans des circonstances difficiles. Mais là, j’ai compris que j’avais perdu. […] J’avais l’espoir qu’il s’endorme pour pouvoir m’enfuir. Mais il ne dort jamais. Il y avait des pauses et puis les violences redémarraient.» A 6 h 30 le lendemain matin, Brigitte serait parvenue à quitter la chambre : «Il m’a bloqué la sortie mais je suis passée sous ses bras.»
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