Malgré 1,3 milliard offert à l’Union Européenne, la Suisse est placée sur la liste « grise » des paradis fiscaux

De Philippe Kenel

Avec une certaine surprise, nous avons appris hier que l’UE avait mis la Suisse sur la liste grise notamment en raison du fait qu’elle n’avait pas encore mis en œuvre son renoncement aux statuts spéciaux de certaines sociétés en matière fiscale.

Cette manière de faire est une erreur à la fois technique et politique. Tout d’abord, même s’il est vrai que le rejet de la RIE III a ralenti la mise en œuvre du programme fiscal destiné à remplacer les statuts spéciaux, en aucun cas cette votation n’a été une remise en cause des engagements de la Suisse à l’égard de l’Union européenne. Ceci dit, les personnes et les partis qui ont lancé le référendum contre la RIE III devraient prendre acte de la position de l’UE et prendre plus en considération, si une telle idée devait les reprendre à l’avenir, des conséquences de tel acte non seulement en Suisse, mais également, voire peut-être surtout, auprès de notre partenaire européen. En second lieu, cette mise sur la liste grise est le pire message que l’UE pouvait donner aux ressortissants helvétiques, qui, comme moi, soutiennent et s’engagent contre les initiatives de l’UDC destinées à remettre en cause la libre circulation des personnes, et plus généralement les relations bilatérales entre la Suisse et l’UE. En effet, pour que la majorité des citoyens de notre pays vote en faveur de ces relations bilatérales, il est important non seulement que notre partenaire européen soit vu comme un voisin important et solide, mais également qu’il soit perçu émotionnellement comme un ami. Or, quoi de plus inamical que d’agir comme l’a fait la Commission européenne hier ? D’aucuns nous diront que la Suisse n’est pas sur la liste noire, mais uniquement sur la liste grise qui regroupe des Etats sous surveillance. Dont acte. Ceci dit, soit un couple se fait confiance sur ses promesses et sur ses intentions, soit tel n’est pas le cas et, dans cette seconde hypothèse, il ne s’agit pas d’un couple qui entretient des relations amoureuses ou amicales. En effet, qui considérerait qu’un couple dont l’un des deux fait suivre son conjoint par un détective privé est un couple qui fonctionne bien ?

Bien que je considère que la construction européenne soit l’une des plus belles réalisations politiques du XXème siècle, l’attitude de la Commission et des fonctionnaires européens concernant les sujets fiscaux commence à devenir de plus en plus agaçante. D’une part, l’UE joue les gendarmes avec les Etats tiers et se montre très laxiste avec ses membres. Le jour où l’échange automatique d’informations sera en vigueur entre la Suisse et l’UE, je me réjouis de comparer le fonctionnement de ce système entre par exemple la France et la Suisse et la France et la Grèce…

D’autre part, la Commission donne la désagréable image d’être une adepte de la détestable attitude « fort avec les faibles, faible avec les forts ». En effet, comment peut-on expliquer que des grandes puissances, qui ne pratiquent pas l’échange automatique d’informations, ne soient concernées ni par la liste noire, ni par la liste grise

Enfin, les commissaires et les fonctionnaires européens qui ne cessent de jouer les donneurs de morale en déclarant urbi et orbi que la planification fiscale, même légale, appauvrit les Etats font preuve d’une hypocrisie qui laisse songeur. En effet, comme l’écrit Amid Faliaoui, rédacteur en chef du journal belge Trends-Tendances dans l’édition du 16 novembre : « et puis, il y a aussi l’hypocrisie de ceux qui fustigent toute cette évasion fiscale. Les commissaires européens sont schizophrènes car ils fustigent la fraude mais profitent, en tant que fonctionnaires européens, d’une fiscalité plus douce que le commun des mortels. Par ailleurs, leurs collègues de l’OCDE qui sortent régulièrement des rapports sur la fraude fiscale oublient juste de rappeler qu’eux-mêmes paient moins d’impôts et de cotisations sociales que les autres fonctionnaires. (…) Gardons juste à l’esprit que les Tartuffe de Molière ne sont pas morts ».

Pour conclure, je dirai que j’ai l’impression que de nombreuses personnes en Europe, y compris les commissaires et les fonctionnaires, ont toujours vécu dans l’idée que la bonne situation économique de la Suisse était due uniquement au secret bancaire. Aujourd’hui, ils n’arrivent pas à admettre et à voir que tel n’est pas le cas. Comme certaines étoiles qui continuent à briller alors qu’elles sont mortes depuis des milliers d’années, les commissaires et les fonctionnaires européens continuent à voir la Suisse et sa place financière comme elles étaient avant 2009 alors que celles-ci n’existent plus de la même manière vu les profondes modifications qui ont été opérées.

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14 commentaires

  1. Posté par Le pragmatique le

    Une bande de bras cassés ce CF, rien de plus.

  2. Posté par pierre frankenhauser le

    Ces apparatchiks nous poignardent dans le dos, rackettent le Royaume-Unis qui veut légitimement se sortir de ce diktat bolchévique, se permettent d’imposer aux 700 millions d’Européens (membres de l’UERSS ou non) quand et où il doivent aller pisser, etc.

    Suite au chantage de l’OCDE, la Suisse est déjà en train de fournir un gros effort concernant la réforme fiscale, ce qui va la fragiliser. Ensuite elle s’apprête une fois de plus à se faire racketter par ces mafieux lobbyistes et mondialistes en promettant de payer 1.3 milliard!! Ce fric va aller où ? A des pays beaucoup moins chers que le nôtre et qui nous concurrencent agressivement, comme p.ex. la Pologne ? Je le vois régulièrement dans mon boulot. En Pologne, à quelques heures de camion, il y a d’excellents artisans ou entreprises de services pour vraiment pas cher, sans compter une partie d’ABB Sécheron qui a prévu de s’y délocaliser). Mais ce n’est visiblement pas encore suffisant aux yeux de ces vomissures en col blanc. Avec les lavettes qui nous gouvernent, ce n’est pas prêts de s’arrêter. Les porcs de Bruxelles en demanderont toujours plus.

  3. Posté par JeanDa le

    Puisque nous sommes classés en tant que pays qui ne tient pas ses engagements, NE PAYONS PAS LE MILLION-TROIS promis par cette … ça ne changera absolument rien au classement !

  4. Posté par Nicolas le

    Dans les milieux autorisés, on susurre que la Suisse est passée de gris foncé à gris clair. De gris à blanc, c’est beaucoup plus cher.

  5. Posté par Le Taz le

    L’UE de Bruxelles est une bande de mafieux terroristes, on ne négocie pas avec les terroristes! Nos conseillers fédéraux sont de piètres négociateurs, ils ne savent pas ou ne veulent pas défendre nos intérêts. Ils se mettent sur le dos et lèvent les papattes en signe de soumission immédiatement. Un Blocher sait négocier, la bande de bureaucrates de carrière en place n’a aucune compétence en la matière. Ce gouvernement est un désastre sur toute la ligne!!!

  6. Posté par bigjames le

    On devrait la destituer séance tenante pour haute trahison.
    Et tous les autres pour complicité, et non assistance à peuple en danger.

  7. Posté par Gérald le

    Encore une fois la Suisse c’est faîte baisée bien profond par l’ UE. Le gouvernement Suisse composé d’imb…..es n’apprendra jamais.

  8. Posté par Dupond le

    Junker est bien placé pour vous faire la morale ,puisqu’il fut premier ministre d’un paradis fiscale (mdr) ……on est toujours sali par la m…de . Les sans dents ont leurs revenus épluché au centime pres avec l’informatique malgré que leur nombre soit 10000fois plus nombreux que les clients des paradis fiscaux « cherchez l’erreur » ?

  9. Posté par coocool le

    Que je sache, le milliard n’a toujours pas été versé ? Bloquons le en attendant que l’EURSS revienne à de meilleurs sentiments.

  10. Posté par Fanfouet le

    Ça me fait penser à un mendiant à qui vous refilez 5 Frs et qui vous apostrophe en disant « ce fric vous l’avez de toute façon volé à l’humanité ! ».

  11. Posté par Loulou le

    La réponse doit être cinglante et directe. Et nous exigeons la démission et les excuses publiques de cette incapable de traître Doris.

  12. Posté par Loulou le

    Tant que nous n’aurons pas adhéré, donné toute notre souveraineté à Bruxelles, une TVA à 21%, une imposition des privés à 50%, une imposition des entreprises à 40%, un impôt volontaire européen, l’Empire nous harcèlera.

  13. Posté par Loulou le

    « Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre. » – Winston Churchill, 1938, à Londres, Chambre des communes, dans The Official Report, House of Commons (5th Series), Hansard, 13 May 1940, vol. 360, c. 1502 : Au Premier Ministre alors en exercice Neville Chamberlain, à propos des Accords de Munich.

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