Gérard Collomb : “Mettre en prison les 26.000 fichés S est impossible”

Dans un entretien accordé à Ouest-France, Gérard Collomb a assuré samedi "comprendre l'émotion des Français" après les attentats jihadistes dans l'Aude qui ont fait quatre morts le 23 mars. Mais pour le ministre de l'Intérieur, il est "impossible" de "mettre en prison les 26.000 fichés S, ou ceux qu'on jugerait dangereux, car l'inscription dans un fichier n'est pas une preuve de culpabilité".

Une partie de la droite et de l'extrême droite ont dénoncé la "coupable naïveté" de l'exécutif après les attaques de Carcassonne et Trèbes.

Le président des Républicains (LR), Laurent Wauquiez, et celui de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, ont notamment réclamé "le rétablissement de l'état d'urgence". Ils ont également réitéré leur demande de rétention administrative des fichés S (pour "sûreté de l'État") les plus dangereux et l'expulsion des étrangers qui seraient dans ce cas.

"Je crois qu'il y a une certaine confusion entre les personnes fichées S et les personnes inscrites au FSPRT", a répondu Gérard Collomb, ce samedi 31 mars dans Ouest-France. "Ce dernier fichier suit le parcours de personnes radicalisées, alors que le fichier S est un sous-ensemble du fichier des personnes recherchées. Mais l'un comme l'autre sont des fichiers administratifs qui visent à aider au travail des services de renseignement".

"Frédéric Péchenard le dit lui-même"

"Mettre en prison les 26.000 fichés S, ou ceux qu'on jugerait dangereux est impossible, car l'inscription dans un fichier n'est pas une preuve de culpabilité", a ajouté le ministre. "Frédéric Péchenard (élu LR et ex-directeur de la police nationale), qui n'est pas réputé pour être laxiste, le dit lui-même. Quant à l'expulsion d'étrangers en situation régulière et connus pour radicalisation, c'est déjà le cas. Nous avons réalisé 20 expulsions en 2017, un nombre jamais atteint auparavant", a fait valoir le ministre de l'Intérieur.

Lundi, le vice-président LR de la région Île-de-France chargé de la sécurité, Frédéric Péchenard, avait expliqué que les demandes de Laurent Wauquiez étaient "très difficile à mettre en œuvre, techniquement et juridiquement". Estimant que "les signaux faibles étaient parfaitement décelés" par les services de renseignement français, l'ex-directeur général de la police nationale a dit préférer "d'autres mesures peut-être moins spectaculaires mais plus efficaces" telles que le rétablissement des perquisitions administratives et le renforcement du renseignement pénitentiaire, afin d'"affiner pour savoir qui va passer à l'acte" parmi ces personnes.

"C'était difficilement prévisible"

À la date du 20 février 2018, 19.745 personnes étaient inscrites au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Créé en 2015, ce fichier vise à comptabiliser tous les islamistes radicaux présents en France et susceptibles de constituer une menace, afin d'assigner un service à leur suivi et d'éviter "les trous dans la raquette". On y trouve aussi bien un homme signalé par son employeur parce qu'il ne veut plus serrer la main des femmes, une mineure récemment convertie à l'islam radical ou un homme en lien avec le groupe État islamique (EI) se disant prêt à passer à l'acte. Y figurent aussi ceux qui sont partis ou soupçonnés d'être en zone irako-syrienne.

Tous les "fichés S" (pour "sûreté de l'Etat") ne sont pas inscrits au FSPRT, et inversement. Et pour cause : ils ne sont pas tous liés à l'islam radical. La fiche "S" est un outil de police servant notamment à repérer un individu lorsqu'il tente de passer les frontières. Elle ne justifie pas à elle seule l'inscription au FSPRT. Il faut qu'il y ait d'autres facteurs aggravants, indiquant une radicalisation ou une volonté de passer à l'acte.

Radouane Lakdmin "était inscrit au FSPRT depuis 2015, mais les investigations initiées par les services de renseignement n'avaient mis en évidence aucun signe laissant présager un passage à l'acte", a rappelé Gérard Collomb. "La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) l'avait donc convoqué, comme cela se pratique pour un entretien administratif. Elle souhaitait s'assurer qu'il ne présentait plus de signe de radicalisation avant que son dossier ne soit éventuellement mis en veille". Et d'ajouter : "Le comportement de l'auteur suscite de nombreuses interrogations. Je vous rappelle qu'il a, le jour des faits, emmené sa sœur à l'école avant de réaliser son projet terroriste. C'était donc difficilement prévisible".

"La menace s'est transformée"

Faut-il réinstaurer l'État d'urgence ? "Je rappelle que pendant l'État d'urgence, cinq attentats ont été commis sur notre sol (Magnanville, Nice, Saint-Étienne-du-Rouvray, Paris sur les Champs-Élysées et Marseille). Si on était sorti de manière sèche de l'état d'urgence, sans prendre d'autres mesures, évidemment cela aurait été inconséquent", a répondu le ministre. "Mais ce n'est pas le cas, nous avons adopté la loi relative à la Sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme en octobre".

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Source et article complet

Genève: Quatre employés fichés S sont renvoyés de la grande mosquée. L’un d’eux bénéficiait d’une autorisation de travail en Suisse.

 «Nous avons licencié quatre employés. Les deux imams fichés S en France, selon les médias, et ayant une autorisation de travail en Suisse.

L’employé de la sécurité aussi fiché S en France, selon les médias, et ayant une autorisation de travail en Suisse. Et un quatrième pour une autre raison», annonce Ahmed Beyari.

Ce n’est pas trois, mais quatre salariés frontaliers, en poste depuis plusieurs années, qui sont en fait fichés S pour radicalisation par la Direction générale de la sécurité intérieure, selon nos informations.

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Certains musulmans fulminent et font circuler par le biais de l’application mobile WhatsApp une pétition de soutien aux imams.

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Rappel:

Le Conseil fédéral prétend que les autorisations de travail ne sont pas délivrées aux personnes qui représentent un danger pour notre pays:

"Le Conseil fédéral rappelle que pour exercer une prédication, qui est une activité professionnelle, il faut une autorisation de séjour et que les étrangers qui veulent entrer en Suisse ne doivent représenter aucune menace."

Terrorisme en France: 10’000 fichés S en liberté “On ne peut pas les emprisonner”

Rétention des personnes fichées S, peine de sûreté pour les terroristes condamnés, délit de séjour sur théâtre d'opération terroriste: les mesures proposées par la droite, sans rencontrer de franche hostilité, ne sont pas considérées comme la "solution miracle" par les spécialistes.

Pour le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, "ces idées parlent aux Français en apparence par la convocation de la démagogie" mais "sont contraires à l'Etat de droit et inefficaces en matière de lutte antiterroriste". Cette fin de non recevoir a été envoyée à l'opposition qui multiplie ses interventions réclamant un durcissement législatif.

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"Enfermer tous les fichés S, ça n'a pas de sens (...) on ne peut pas emprisonner 10.000 personnes, c'est irréaliste et contre productif", réagit auprès de l'AFP Patrice Ribeiro du syndicat policier Synergie officiers. "Il faut se méfier des fausses bonnes idées. Il y a combien de fichés S? 10.000... Il faudrait les enfermer, les surveiller... il faut des moyens et de la place", renchérit un policier qui rappelle que la fiche S est avant tout "un outil de renseignement".

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