Prisons suisses : sept détenus sur dix sont étrangers
Les prisons de la Confédération n’ont jamais été aussi pleines, et près des trois quarts de leurs occupants n’ont pas le passeport suisse. Une proportion que l’Office fédéral de la statistique a omise dans son dernier communiqué, et qui tient avant tout à une criminalité de passage.
Au 31 janvier 2026, 7 119 personnes étaient détenues en Suisse, un record depuis le début des relevés en 1988, dans des établissements occupés à 97 %. Le communiqué de l’OFS ne dit rien, cette fois, de leur nationalité (SRF). Un an plus tôt, 72 % des 6 994 détenus étaient étrangers (swissinfo), alors que les étrangers forment un peu plus du quart de la population, avec 2,37 millions de résidents permanents (SEM).
Un rapport inversé en trente ans
Jusqu’au milieu des années 1980, les Suisses représentaient environ 70 % des détenus, rappelle Luca Gnaedinger, chercheur à l’Université de Neuchâtel ; le rapport s’est inversé en trois décennies et se maintient depuis une dizaine d’années autour de 70 % d’étrangers, ce qui fait de la Suisse un cas extrême en Europe, où l’Autriche et la Grèce plafonnent à environ la moitié. Les tribunaux confirment la tendance : sur les 111 962 condamnations prononcées en 2025, 61,5 % visaient des étrangers, dont 35,6 % ne résidaient pas en Suisse (20 Minutes).
Des délinquants de passage
L’écart tient d’abord aux étrangers sans domicile en Suisse. Selon la dernière ventilation publiée par statut de séjour, qui date de 2017, 41 % des détenus étaient des étrangers sans résidence en Suisse – clandestins, personnes de passage ou frontaliers –, près de 10 % des requérants d’asile, et les étrangers établis environ un cinquième (swissinfo). Faute de domicile fixe, ces prévenus présentent un risque de fuite qui justifie plus souvent la détention préventive, où la part des étrangers atteignait 79 % en janvier 2025, et ils n’ont accès ni au bracelet électronique ni au travail d’intérêt général (swissinfo). Le criminologue lausannois Marcelo Aebi y ajoute la jeunesse de la population immigrée et une criminalité transfrontalière organisée, attirée par la richesse du pays (Allez savoir !).
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Sources : OFS, statistique de la privation de liberté ; canton de Berne, tarifs des établissements d’exécution judiciaire 2025 ; Conseil fédéral, rapport du 17 mai 2013 sur les coûts de l’exécution des peines. Utiliser cette infographie
La question relève donc d’abord du contrôle des entrées, que la Suisse a allégé en supprimant les contrôles systématiques aux frontières lors de son entrée dans l’espace Schengen, fin 2008. Les étrangers établis n’en restent pas moins, rapportés à leur poids dans la population, environ deux fois plus présents derrière les barreaux que les Suisses, d’après nos calculs sur les chiffres de 2017. L’expulsion pénale, voulue par le peuple, demeure l’autre levier : 2 272 expulsions ont été prononcées en 2025, dont 94 % de manière obligatoire (20 Minutes).
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