samedi 3 octobre 2026
Les Observateurs
Menu
En direct
Société

Prisons suisses : sept détenus sur dix sont étrangers

Les prisons de la Confédération n’ont jamais été aussi pleines, et près des trois quarts de leurs occupants n’ont pas le passeport suisse. Une proportion que l’Office fédéral de la statistique a omise dans son dernier communiqué, et qui tient avant tout à une criminalité de passage.

La rédaction
3 octobre 2026
2 min de lecture

Au 31 janvier 2026, 7 119 personnes étaient détenues en Suisse, un record depuis le début des relevés en 1988, dans des établissements occupés à 97 %. Le communiqué de l’OFS ne dit rien, cette fois, de leur nationalité (SRF). Un an plus tôt, 72 % des 6 994 détenus étaient étrangers (swissinfo), alors que les étrangers forment un peu plus du quart de la population, avec 2,37 millions de résidents permanents (SEM).

Un rapport inversé en trente ans

Jusqu’au milieu des années 1980, les Suisses représentaient environ 70 % des détenus, rappelle Luca Gnaedinger, chercheur à l’Université de Neuchâtel ; le rapport s’est inversé en trois décennies et se maintient depuis une dizaine d’années autour de 70 % d’étrangers, ce qui fait de la Suisse un cas extrême en Europe, où l’Autriche et la Grèce plafonnent à environ la moitié. Les tribunaux confirment la tendance : sur les 111 962 condamnations prononcées en 2025, 61,5 % visaient des étrangers, dont 35,6 % ne résidaient pas en Suisse (20 Minutes).

Le nombre de détenus étrangers progresse, celui des Suisses stagne
Personnes détenues en Suisse selon la nationalité, de 2004 à 2026 : près de neuf détenus supplémentaires sur dix sont étrangers
73,6 %des détenus étaient étrangers au 31 janvier 2026
+1 011détenus étrangers depuis 2004, soit +24 %
+131détenus suisses sur la même période, soit +7 %
02 0004 0006 000
4 2271 7505 238 étrangers1 881 Suisses2018 : pas de relevé
20042010201620222026
Détenus étrangersDétenus suisses
Effectifs au jour de référence. Le relevé, effectué le premier mercredi de septembre jusqu’en 2017, l’est au 31 janvier depuis 2019 ; la nationalité n’a pas été relevée en 2018. Source : OFS, statistique de la privation de liberté (état des données : 18 mars 2026).

Des délinquants de passage

L’écart tient d’abord aux étrangers sans domicile en Suisse. Selon la dernière ventilation publiée par statut de séjour, qui date de 2017, 41 % des détenus étaient des étrangers sans résidence en Suisse – clandestins, personnes de passage ou frontaliers –, près de 10 % des requérants d’asile, et les étrangers établis environ un cinquième (swissinfo). Faute de domicile fixe, ces prévenus présentent un risque de fuite qui justifie plus souvent la détention préventive, où la part des étrangers atteignait 79 % en janvier 2025, et ils n’ont accès ni au bracelet électronique ni au travail d’intérêt général (swissinfo). Le criminologue lausannois Marcelo Aebi y ajoute la jeunesse de la population immigrée et une criminalité transfrontalière organisée, attirée par la richesse du pays (Allez savoir !).

Ce que coûte la détention des étrangers : une estimation
Coût annuel calculé par la rédaction à partir des effectifs de l’OFS et des tarifs journaliers des prisons bernoises, en francs
420 à 620 millionsde francs par an pour l’ensemble des détenus étrangers, dont environ 80 à 120 millions pour la seule hausse observée depuis 2004
Détenus concernésJournées par anHypothèse basse
220 fr./jour
Hypothèse haute
325 fr./jour
Hausse depuis 20041 011 détenus étrangers supplémentaires
369 015
80 millions
120 millions
Ensemble des détenus étrangers5 238 au 31 janvier 2026
1 911 870
420 millions
620 millions
Méthode : effectif de détenus multiplié par 365 jours et par un coût journalier. Hypothèse basse : 220 francs, tarif bernois 2025 de la détention avant jugement, où la part des étrangers est la plus forte ; hypothèse haute : 324,70 francs, tarif bernois 2025 de l’exécution en milieu fermé ordinaire. Ces tarifs excluent la construction des établissements et les frais de police et de justice : rapporté au nombre de détenus, le coût global de l’exécution des peines établi par le Conseil fédéral pour 2010 (993 millions de francs) atteignait environ 440 francs par jour. L’effectif d’un jour donné ne reflète qu’approximativement l’occupation de l’année, et la hausse depuis 2004 rapproche un relevé de septembre d’un relevé de janvier. Montants arrondis à la dizaine de millions.

Sources : OFS, statistique de la privation de liberté ; canton de Berne, tarifs des établissements d’exécution judiciaire 2025 ; Conseil fédéral, rapport du 17 mai 2013 sur les coûts de l’exécution des peines.

La question relève donc d’abord du contrôle des entrées, que la Suisse a allégé en supprimant les contrôles systématiques aux frontières lors de son entrée dans l’espace Schengen, fin 2008. Les étrangers établis n’en restent pas moins, rapportés à leur poids dans la population, environ deux fois plus présents derrière les barreaux que les Suisses, d’après nos calculs sur les chiffres de 2017. L’expulsion pénale, voulue par le peuple, demeure l’autre levier : 2 272 expulsions ont été prononcées en 2025, dont 94 % de manière obligatoire (20 Minutes).

La rédaction
La rédaction

La rédaction des Observateurs propose des analyses et des synthèses sur les grands enjeux politiques, sociétaux et culturels. Elle privilégie les articles de fond, les mises en perspective et une lecture critique de l’actualité.

Voir tous ses articles →
La Lettre des Observateurs

Chaque semaine, l’essentiel de l’actualité directement dans votre boîte mail.

Poursuivre la discussion

Chers lecteurs, votre site évolue. Les commentaires sont toujours possibles, mais cela se passe sur les réseaux sociaux désormais.