Partout ou presque, les courbes de natalité s’infléchissent, parfois brutalement. Les causes sont multiples et les politiques natalistes apparemment impuissantes.
Dans les pays développés, le phénomène est désormais endémique : l’Europe vieillit, le Japon se contracte, la Corée du Sud enregistre des taux de fécondité historiquement bas. La France compte désormais plus de décès que de naissances. En Allemagne, en 2025, il y a eu un million de décès et 352 000 bébés ! Même les États-Unis, longtemps portés par un dynamisme démographique envié, voient leur croissance ralentir. La population de la Chine décroît à vue d’œil, victime de sa politique de l’enfant unique et peut-être de son totalitarisme dont les Chinois ne veulent pas pour leurs enfants. Il n’y a plus que dans l’Afrique la plus pauvre que la démographie galope encore.
Les enfants polluent
Ce n’est pourtant pas une forme d’égoïsme capitaliste qui est la cause de cet effondrement. Certes ce basculement est, en un sens, le fruit paradoxal du progrès. Jamais les sociétés n’ont été aussi prospères, jamais les individus n’ont disposé d’autant de choix pour orienter leur vie. Cette abondance a un prix invisible : les jeunes couples redoutent la perte de confort, la réduction du pouvoir d’achat, la contrainte sur leur liberté. L’enfant, autrefois perçu comme une richesse, devient un coût. Certains couples peuvent hésiter à avoir des enfants à défaut de pouvoir payer leur garde pendant qu’ils travaillent o d’obtenir un appartement plus grand pour accueillir le premier ou le troisième. Mais le problème est aussi la fragilité des couples éphémères dont le mariage, qui n’est plus la règle, n’est désormais qu’un acte résiliable à volonté, ce qui suscite la crainte de l’avenir des enfants en cas de séparation.
Plus profondément, le refus d’enfanter, qui s’étend sous la bannière « no kids », doit plus sans doute à la contamination des mentalités par les gauchismes de toutes sortes qui ont désenchanté le monde. L’égalitarisme poursuit son nivellement par le bas qui gâche l’espoir d’une vie meilleure. Le wokisme ambiant renie tout passé et condamne la transmission dans la continuité de laquelle tout enfantement s’inscrit. Les « genrismes » de toutes sortes se condamnent, par contre-nature, à des naissances rares et artificielles. Et leurs enfants à la demande deviennent des accessoires. Au mieux, ces idéologies délétères peuvent aussi servir de prétexte à ceux qui ont pris le parti de vivre de petits boulots occasionnels entre deux voyages autour du monde et que des enfants encombreraient.
S’y ajoute les peurs écologiques de ceux qui préfèrent renoncer à l’enfantement pour ne pas polluer ! Selon un manuel scolaire de référence édité par Nathan, la solution la plus efficace pour sauver la planète, est d’avoir « un enfant de moins ». Aucune des prévisions catastrophiques pour l’humanité annoncées il y a 50 ans par le néomalthusien Paul Ehrlich (La Bombe P / The Population Bomb) et par le Club de Rome ne se sont avérées. Ces cavaliers noirs de l’Apocalypse ont néanmoins gagné les esprits en instillant la peur dans les consciences. Leur vision fixiste, comme celle de Malthus, considère que les ressources de Terre sont limitées et doivent être économisées, rationnées.
L’inefficacité de l’argent public
C’est donc moins l’argent, par manque ou par excès, qui empêche les couples d’avoir des enfants que l’invasion mentale d’une société du doute, d’une culture négative, d’abandon, de repli. Et ce n’est pas l’argent qui leur donnera envie d’en avoir. Le rejet de l’enfant est un refus de s’inscrire dans la durée, une perte de confiance dans l’homme, dans sa capacité à habiter le monde en surmontant les difficultés qui sont le lot de toute vie humaine.
On ne rétablira pas la natalité en multipliant les aides publiques, en allongeant le congé de naissance et en impliquant davantage les pères à la naissance comme le propose le haut-commissariat au Plan . L’argent ne suffira pas à susciter le désir d’enfant, car celui-ci relève d’une décision existentielle avant d’être économique. Pire, la profusion d’aides publiques détruit la responsabilité individuelle sans laquelle l’enfantement n’est plus qu’accident mal venu.
D’ailleurs, les politiques natalistes ne sont guère efficaces. La France consacre des sommes significatives à sa politique familiale : 45 Md€ en 2024 dont la moitié pour des prestations en faveur des familles, 40 % liés à la garde d’enfants et 10% pour accompagner la maternité. Néanmoins, l’indicateur conjoncturel de fécondité poursuit sa baisse ; il atteignait 1,62 enfant par femme en 2024 indique la Cour des comptes. En Hongrie, malgré les mesures instaurées par Orban dès son arrivée au pouvoir, en 2010, la natalité recule et la population est tombée en 2025 sous la barre des 9,5 millions de personnes, avec un taux de fécondité qui a chuté à 1,31 par femme.
L’Homme est la solution
Les écologistes répètent que l’Homme épuise la Terre et nous annoncent la fin du monde. Pourtant depuis qu’ils anticipent la fin des réserves d’or noir, celles-ci ne cessent d’augmenter. De nouvelles sources d’énergie ont été découvertes et d’autres le seront. Chaque progrès engendre des nuisances, des externalités négatives disent les économistes, que le progrès trouve le moyen de combattre. C’est le message que nous a laissé Julian Simon, professeur d’économie à l’université du Maryland (The Ultimate Resource, 1981) affirmant que la véritable ressource inépuisable n’est pas dans le sol, mais dans le cerveau humain. La plus grande ressource, inépuisable, est la créativité humaine : « L’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierres ».
La logique mortifère des écologistes voudrait que les hommes arrêtent de vivre pour protéger la vie. Il leur est demandé de devenir les gestionnaires de leur propre déclin. L’humanité grandit en relevant toujours de nouveaux défis, l’inventivité humaine est inépuisable. « Il n’est de richesse que d’hommes » formulait déjà Jean Bodin au XVIème siècle. Certes, la vie humaine est toute d’imperfection. Tout ce que l’être humain consomme, toutes ses actions consument lentement sa vie qui va inexorablement vers la mort. Toute vie, toute pratique sportive, tout exercice professionnel, tout enfantement, toute liberté sont facteurs de risques. Mais précisément, l’homme y trouve son sursaut vital face à ses limites et ses incertitudes.
On ne rétablira une démographie raisonnable qu’en retrouvant le sens de la responsabilité et de l’engagement humain à poursuivre la création sans cesse à restaurer. La crise démographique est d’abord une crise d’espérance. C’est le signe d’un renfermement sur soi-même, une méconnaissance de ce que représente toute naissance : la promesse, disait Hannah Arendt, d’un commencement, singulier, appelé à un renouveau inconnu et continu. Sinon la vie tarira.
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