Libre circulation. Entre chiffres et population : un rééquilibrage nécessaire.

Libre circulation. Entre chiffres et population : un rééquilibrage nécessaire.

 

« In varietate concordia ». Unie dans la diversité. Telle est la devise de l’Union européenne, fortement révélatrice de l’ambition sociale et pacifique qui l’a engendrée. Née du désir de paix qui a saisi notre continent au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle prend sa source dans le cri de l’Europe endeuillée de 1945 : « Plus jamais ça ! ».

 

Force est de constater, plus de septante ans après le traité de Bruxelles, que ce rêve d’une Europe unie et fédérée s’est effrité et commence, à l’heure du Brexit, à se conjuguer à l’imparfait. On ne crée pas une identité commune sans une histoire commune. Et si Paul Valéry, ardent militant de l’unité continentale, a pu dire qu’il serait « indigne de l’esprit européen de s’abandonner, même à la réalité », la réalité rattrape le rêve hélas et si l’on refuse d’accepter les faits, ils finissent toujours par s’imposer à nous.

 

« Le poétique a fondu » écrit Régis Debray dans L’Europe fantôme, « mettant l’économique à nu. Classique revanche du moyen sur la fin, et du denier du culte sur la finalité du culte. Délestée de son aura, celle des fins dernières, l’Europe réduite à ses astreintes budgétaires ne fait plus soupirer mais grincer. Les chiffres ont pris les commandes, le Livre des comptes devient le Livre Saint, et l’expert-comptable, un haut dignitaire. »

 

Les premiers débats relatifs à l’initiative de limitation laissent clairement apparaître ce que M. Debray pointe si justement du doigt : les chiffres ont pris les commandes. Economie, prospérité, importation, échanges commerciaux sont les maîtres-mots des opposants à l’initiative. En face les initiants tentent de recentrer le débat sur l’humain : affaiblissement du pouvoir d’achat, paupérisation, difficultés d’accès au marché du travail, pollution, bétonnage, loyers exorbitants, surcharge du trafic…

 

Certes l’économie et la population sont des vases communicants qui s’alimentent l’un l’autre mais la finalité ultime de l’économie doit incontestablement rester l’humain. Si l’humain sert l’économie, ce ne doit être que pour qu’elle lui profite en retour, non seulement à lui en tant qu’individu mais également à tout le système sociétal dont il fait partie. L’inverse ne doit pas être vrai. Pas dans un monde éthique.

 

Or l’homme est passé au second plan du projet européen. Libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, réclame-t-on, rangeant les personnes au niveau des produits et des éléments constitutifs de l’économie plutôt que du côté de sa finalité.

 

L’Europe n’est pas humaine

 

La gauche a pu rêver un temps d’une Europe sociale où l’individu serait mieux traité et mieux favorisé qu’en Suisse, d’une globalisation qui avantagerait chaque individu, surtout le plus faible. Elle y a rêvé tellement fort qu’elle peine à rouvrir les yeux. « Résilier la libre circulation reviendrait à fragiliser les mesures d’accompagnement », crie-t-elle les yeux fermés, pendant que les attaques les plus virulentes contre ces mesures d’accompagnement nous viennent de l’UE elle-même. En 2007 déjà la Cour de justice de l’Union européenne les a déclarées partiellement illicites, et Bruxelles tente désormais d’imposer à la Suisse un accord-cadre qui nous force à renoncer à ces mesures des conditions de travail au nom du marché unique. Prétendre qu’il faut maintenir la libre circulation pour sauver les mesures d’accompagnement, c’est accorder à l’Union européenne une confiance qui confine à la naïveté. N’en déplaise aux eurotopistes.

L’Europe n’est pas sociale. L’Europe n’est pas humaine. Elle n’est qu’économique. Et la population suisse n’a pas profité de la libre circulation.

Si le PIB suisse de ces vingt dernières années montre les signes d’une santé qui se maintient, le PIB par habitant marque une inquiétante rupture entre la prospérité économique de notre pays et ses répercutions sur ses habitants. Jamais, de 1949 à 2001, nous n’avions connu de baisse du PIB par habitant ; au contraire, notre pays a fièrement affiché des augmentations de 6 à 8 %, voire même de 10 à 12%. Tout a changé depuis 2002 : 18 ans de libre circulation nous ont imposé quatre années de PIB par habitant négatif et cinq années d’évolution inférieure à 1%. Pendant ce temps le taux de chômage des plus de 55 ans a plus que doublé, les loyers ont augmenté de plus de 33% dans les régions frontalières, le chômage a explosé dans les domaines du tourisme, de la construction et de la vente. Derrière ces chiffres, plus de pauvreté, plus de souffrance, plus d’inquiétude, moins de qualité de vie.

 

Et après le 17 mai ?

 

Résilier la libre circulation ne nous empêchera pas de faire venir la main d’œuvre qui nous est nécessaire. La Suisse a toujours su le faire, et elle le fait encore aujourd’hui avec les ressortissants de pays qui ne sont pas membres de l’Union européenne. Cela permettra au contraire de limiter l’importation de cette main d’œuvre aux domaines souffrant pénurie, tout en supprimant une discrimination qui n’a pas lieu d’être et qui force aujourd’hui les entreprises suisses à pratiquer une préférence européenne à l’embauche. Résilier la libre circulation n’est pas se replier sur soi, c’est au contraire regarder au-delà de l’Europe et ouvrir notre économie au reste du monde.

 

Les syndicalistes intègres, soucieux du bien-être de la population qu’ils ne veulent pas subordonner aux besoins de l’économie, doivent soutenir cette initiative.

 

Les écologistes cohérents, qui ont vraiment à cœur de ne pas voir notre pays bétonné de partout et nos autoroutes doublées, doivent soutenir cette initiative.

 

Les économistes ambitieux mais éthiques, capables de lever les yeux non seulement sur l’Europe mais aussi au-delà, et conscients de la richesse de main d’œuvre compétente que nous réservent les Etats-Unis ou la Chine, doivent soutenir cette initiative.

 

Les patriotes philanthropes, amoureux de leur propre souveraineté comme de celle de leurs concitoyens, doivent soutenir cette initiative.

 

L’inconfort politique qui résultera des nouvelles négociations à entreprendre avec l’Union européenne n’est rien à côté du bien-être de notre population et d’une possibilité retrouvée de replacer l’humain au centre de tout projet politique.

Lucie Rochat, Présidente des femmes UDC de Suisse romande,  17.2.2020

Cet article est également paru dans Le Temps, 17.2.2020

7 commentaires

  1. Posté par Jean-Francois Morf le

    Le peuple suisse n’a pas à avoir honte d’être souverain, même si cela déplait aux bien pensants de l’Organisation Mondiale de l’Umma, l’ONU.
    Quand le peuple suisse votera d’interdire la législation étrangère shariah en Suisse, il enverra au Diable les juges auto-proclamés des « droits de l’homme mahométan ».
    Et sans avoir honte de prendre une décision souveraine « contraire aux droits de l’homme ».
    Ni le conseil fédéral ni les juges ne sont autorisées à invalider les décisions de la majorité qualifiée d’un peuple souverain.
    2/3 des cantons avaient voté contre l’invasion de la Suisse par les mahométans, mais le conseil fédéral a ignoré leur souveraineté.
    Les imams et les mollahs auront ensuite le droit d’enseigner le code pénal suisse, mais plus le droit d’enseigner leur législation shariah inspirée par Satan.
    Les adorateurs du criminel Mahomet (=AntiChrist) et de son faux dieu Allah (=Satan) quitteront d’eux-mêmes la Suisse, une fois la shariah interdite.
    Les mahométans ont déjà massacré « 669 million non-muslims », et déjà volé plus de 55 pays précédemment multi-culturels. (Google)

    Comment la « suisse de l’orient » est devenue terre d’islam:
    https://www.youtube.com/watch?v=FEptGbG-OX8

  2. Posté par Socrate@LasVegas le

    J’ajoute à mon commentaire de 15h17 que le soutien officiel du maintien de la libre circulation par la conseillère fédérale K.Keller S. dans l’article p.14 du matin dimanche 16/2/20 (de arthur.grosjean@lematindimanche.ch) est très grave car il PROUVE que les arguments du cf pour obtenir l’aval des Suisse à la libre circulation:
    – de moins de 8000 nouveaux résidents permanents par an.
    – d’absence de pression salariale.
    (lire en p.4: https://www.eda.admin.ch/content/dam/dea/de/documents/berichte_botschaften/Integrationsbericht-1999-studien-wirt_de.pdf)

    N’étaient pas une « erreur » de plus de 800% (!!) mais bien une TROMPERIE, un DENI DE DEMOCRATIE!

    Ces gens doivent être jugés pour trahison!

  3. Posté par Socrate@LasVegas le

    Bravo Mme Rochat!

    Il faudrait une fois pour toutes en finir avec les pseudos-journalistes incompétents et purs MENTEURS répétant que « les chiffres de l’immigration sont stables ou en baisse »
    à l’instar de celui du matin dimanche passé!

    Les chiffres avancés par le CF au moment de la votation sur la libre circulation étaient de « MOINS DE 8’000 entrées nettes de nouveaux résidents en Suisse » c’est sur la base de ce seul chiffre que le peuple a été consulté!

    C’est donc qu’à ce seul chiffre qu’il faut comparer les 60000 nouveaux arrivants en 2019 (et les presque 1 million depuis le début de cette libre circulation).

    OUI le 19 mai, EVIDEMMENT!

    Ceux qui parlent de diminution/stabilisation ne sont que des TRAITRES, qui plus est vivants de l’aumône de ceux qu’ils trahissent!

  4. Posté par antoine le

    Voilà un discours clairvoyant !
    Le 17 mai prochain, je voterai OUI à la limitation de l’immigration.
    Espérons que le Conseil Fédéral ne fasse pas un déni démocratique supplémentaire !
    Cela ne vous rappelle rien ? 9 février 2014 initiative  »Contre l’immigration de masse »

  5. Posté par Spirou le

    on doit mettre les mots et les définitions de ces derniers en avant … immigration ? je ne suis pas contre une immigration contrôlée, mais aujourd’hui l’immigration premièrement n’est plus contrôlée mais en plus cette dernière représente une charge supplémentaire pour notre société qui en paie les frais, diminution de la qualité de vie au quotidien pour offrir à l’immigration non contrôlée une qualité de vie nettement supérieure à celle qu’elle avait avant! on se plaind du déficite démographique de notre société mais en même temps l’argent que nous pourrions mettre au profit de nos familles suisses est utilisé pour l’entretien, la formation, l’éducation de cette popultation immigrée.

  6. Posté par Apocalypse LC le

    Vous évoquez souvent le chômage des plus de 55 ans alors que toutes les couches de notre population sont concernées mais ne sont pas prises en compte dans les statistiques. Combien de personnes vivent au crochet de leurs conjoints après avoir épuisé leur droit de chômage ? Globalement, je soutiens cette initiative. Cependant je me pose la question quant à sa mise en place. Concrètement, que vont faire les politiciens avec les 330’000 frontaliers, par exemple ? Vont ils être remplacés par les « sans emploi » en Suisse ?

  7. Posté par OneShot le

    Texte parfait. J’ai entendu Lucie Rochat à la radio et je dois dire que c’est une découverte : cette femme est absolument remarquable, magnifique !

Et vous, qu'en pensez vous ?

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