Une loi que l’Amérique attendait.
De notre correspondant permanent aux Etats-Unis. – Les Américains qui ne lisent pas le New York Times, ne votent pas systématiquement démocrate et pensent que leur nation repose sur des principes à défendre, ont attendu ce projet de loi de génération en génération. En fait, depuis 1963. Depuis que John Kennedy, peu avant d’être assassiné, répandit dans les esprits un libéralisme progressiste qui plaçait l’ouverture des frontières et l’accueil du tiers-monde en tête du nouveau credo de l’establishment. Après lui, du démagogue Lyndon Johnson au calamiteux Barack Obama, tous les chefs de la Maison Blanche sans exception – même Ronald Reagan – furent incapables (lâcheté, indifférence ou calcul) de gérer avec efficacité les entrées, permises ou interdites, d’étrangers sur le territoire des Etats-Unis. Donald Trump, qu’on le veuille ou non, est le premier depuis plus de cinq décennies à saisir ce défi par tous ses aspects et à tenter de le relever. Jusqu’à présent, il s’est surtout soucié des clandestins. Le voici qui s’intéresse aux immigrants qui se font dignement connaître à leur descente d’avion.
Le projet de loi sponsorisé par deux sénateurs sudistes, le républicain de Georgie, David Perdue, et le républicain de l’Arkansas, Tom Cotton, repose sur deux idées. Deux idées que Trump défendit très vivement tout au long de sa campagne électorale avant de les transformer en promesses sur le podium de la convention républicaine en juillet 2016. La première consiste à abandonner le mortel principe de la réunion des familles. Le scénario est connu : le père entre aux Etats-Unis sous des barbelés, se bricole un statut de résident temporaire, puis exige que sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, ses cousins et cousines, ses oncles et tantes le rejoignent dans l’Eldorado. Neuf fois sur dix, la démarche aboutit. Voilà notre ex-clandestin avec autour de lui vingt personnes qui lui doivent tout. Scénario du Grand Remplacement. Il est en train de tuer la France (merci Valéry Giscard d’Estaing) et l’Europe (merci Jean Monnet). Il aurait tué l’Amérique à petit feu, par morceaux, parce que c’est un pays immense et que le fédéralisme permet parfois d’ériger d’imperméables frontières autour de certains des 50 Etats.
Aide-toi et l’Amérique t’aidera
La seconde idée du projet de loi insiste sur les qualités, les ressources, le savoir de chaque candidat à l’immigration. Plus question de laisser entrer les yeux fermés toute la misère du monde, des cohortes de paysans sans terre, de citadins sans emploi, de jeunes sans avenir – des marées de citoyens de nulle part qui cherchent, non pas un nouveau pays à connaître, à aimer, mais une niche confortable assurée par l’Etat-providence. Finie cette générosité grotesque du gaucho-libéral pendu au bras du contribuable – la bonne conscience et l’idiot utile. Désormais, on regardera à deux fois avant d’ouvrir les frontières devant la légalité. L’Amérique cherche des hommes et des femmes déjà opérationnels, capables d’occuper une fonction, de participer à la force productive, de prendre leur part à la construction du pays, à son enrichissement. L’Amérique veut des actifs qui partagent leurs dons et non des marginaux qui attendent tout de l’Etat. Aide-toi et l’Amérique t’aidera. C’est le nouveau slogan à Washington. On y laissera entrer les éduqués, les gens avec un métier, un emploi, des connaissances, des aptitudes. Des gens susceptibles de s’intégrer à la machine américaine, de rêver et de réussir.
Ces deux idées, si elles deviennent loi, couperont en deux le flot de l’immigration légale, qui représente actuellement plus d’un million d’individus par an. Cette législation, a déclaré Trump, « non seulement restaurera notre compétitivité au XXIe siècle, mais rétablira les liens sacrés existant entre l’Amérique et ses citoyens ». Elle « montrera notre compassion pour les familles américaines luttant chaque jour pour une meilleure vie ». Celles-ci « méritent une politique d’immigration qui pense d’abord à elles. Et qui place l’Amérique au premier rang ». Cette allocution se situe en droite ligne des précédentes interventions présidentielles sur ce sujet explosif. Elle apporte un démenti formel aux esprits chagrins et tiédasses qui s’obstinent à croire – et parfois à écrire – que l’iconoclaste de la Maison Blanche accumule depuis six mois les promesses non tenues. Ce projet de loi fait partie des promesses. Elle est tenue par Trump dans la mesure où il a décidé d’aller jusqu’au bout de son propre rôle : le pouvoir exécutif s’affirme très favorable à un texte destiné à être soumis au pouvoir législatif. Trump a mis tout son poids dans la balance. Aux parlementaires de trancher. La partie n’est pas gagnée d’avance. Les traîtres républicains (les sénateurs McCain, Collins, Graham, Johnson, entre autres) clament déjà que le projet érode les valeurs traditionnelles de l’Amérique et pourrait miner les bases de l’agriculture et de l’industrie. Toujours cette vision d’une Amérique vouée à une immigration forcenée. Et toujours ce prisme antinational dès qu’il s’agit d’économie. Le populiste Trump a, une fois de plus, deux ennemis en face de lui : les libéraux par dogme et les industriels par intérêt.
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