Manuel Valls, l’Inquisiteur

Matignon, depuis la Cinquième, c’est l’enfer : on n’est plus, contrairement aux deux Républiques d’avant, le lieu du moindre pouvoir, tout s’est déplacé à l’Elysée, on n’est plus là que pour prendre des coups, se meurtrir à la tâche, se lacérer de contrariétés, jouer les paratonnerres, et finalement, épuisé, se faire jeter comme un kleenex. Depuis janvier 1959, depuis Debré, même topo, même destin, même course vers l’abattoir, sous les lambris, les huées. Il ne reste de vous, à la fin, que la queue et les oreilles, pour le public. Au mieux, la musique, sous le soleil encore écrasant d’une fin d’après-midi, l’été. Il est des destins plus rafraîchissants.

 

A la vérité, une saloperie de job. Tout le monde le sait, et pourtant il se trouve encore, 56 ans après le changement de République, des gens pour s’y coller, accepter le défi, en se disant que leur sort à eux sera peut-être un peu moins infernal. Mais toujours, le piège se referme, toujours en cas de duel, le Président gagne. C’est programmé pour ça, dès le Discours de Bayeux (juin 1946), douze ans avant la mise en application du Nouvel Ordre. La clef de voûte, c’est le chef de l’Etat. Pas question de dyarchie. Donc, le Premier ministre sera au mieux un chef d’état-major travaillant 18 heures par jour, au pire un fusible, bien souvent les deux. Le cosmos ne saurait admettre deux soleils : cent mille, pourquoi pas, mais pas deux.

 

Tout cela pour dire que Manuel Valls a des circonstances atténuantes. A l’Intérieur, il ne s’en sortait pas si mal, mais depuis Matignon, c’est la catastrophe. En guise de Premier ministre, les Français ont hérité d’un criseux. Un vociférateur. Une boule de nerfs qui perd son sang-froid à la moindre occasion. De lui, on ne voit plus qu’une lave en fusion, ébouillantée par le cours contraire des choses. Une main qui tremble. Les mots de la haine et de la morale. Des postures d’Inquisiteur. La noire prunelle du moraliste. Dire qu’on traverse la France, et qu’on se croirait dans la salle capitulaire d’un couvent espagnol, sous le signe de Saint Dominique.

 

Car Manuel Valls ne fait plus de politique : il hurle sa morale. Prenez l’incident du Palais Bourbon, face à Marion Maréchal-Le Pen. Indépendamment des sympathies que chacun de nous puisse nourrir pour l’un ou pour l’autre, qu’avons-nous vu ? Une élue du peuple, parfaitement légitime au milieu de 577, lui pose une question. Certes, elle ne lui fait pas de cadeau, le prend à parti. En guise de réponse, le Premier ministre, qui n’est pas chez lui mais chez les députés, vocifère sa hargne. Il n’argumente plus, il crie. Crache son venin. Se drape dans l’ordre du Bien, satanise l’adversaire, lui nie toute autorité à se réclamer de « la République » ou de « la France ». Tout cela, lui qui n’est pas élu mais désigné, face à une personne qu'une majorité démocratique de la 3ème circonscription du Vaucluse a envoyée siéger à Paris.

 

A la tête du gouvernement français, une boule de haine et de morale. Un indicateur du droit chemin. L’orthodoxie du Bien. Si vous ne pensez pas comme moi, vous n’êtes ni la République, ni la France. Du haut du Matignon, je vous exclus. Par mon geste, vous sortez de la communion nationale. Parce que vous pensez faux. Tel est Manuel Valls, l’homme qui détient les clefs du convenable. Celui qui sépare le possible de l’illicite, les élus des damnés. Pour la plus grande gloire de sa morale, il nous promettrait des châteaux en Espagne. Ou plutôt des monastères. Sous l'incandescente géométrie du soleil, exactement.

Pascal Décaillet, Sur le vif - Dimanche 15.03.15

 

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