Antennes militaires: Valaisans plus souples que les Fribourgeois?

Olivier Grivat
Olivier Grivat
Journaliste indépendant, auteur d'ouvrages liés à l'histoire de la Suisse
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L’automne dernier, un projet d’antenne militaire, haute de 40 m, s’est heurté à une mobilisation générale de la population et des autorités fribourgeoises contre son implantation au Moléson. Deux mois plus tard, en Haut-Valais, le département de la défense installait en toute discrétion le même type d’ «antenne passive d’écoute» au sommet du Petit-Cervin, à plus de 3880 m d’altitude.

L’automne dernier, le projet de l’armée suisse au sommet du Moléson avait été suspendu suite à une mobilisation générale de la population et même du Conseil d’Etat fribourgeois, uni comme un seul homme pour la défense du sommet mythique de la Gruyère. Mais les négociations ont repris. Depuis lors, plusieurs variantes ont été étudiées par la Confédération. Pour des raisons géographiques et technique cependant, trouver un autre site pour implanter ce mât lumineux s’avérerait difficile.

Le lieu choisi pour implanter l’antenne, la configuration de l’objet (sa hauteur, la couleur du mât peint en rouge et blanc, le fait que l’antenne soit lumineuse) avaient choqué l’opinion publique, de même que le passage en force du DDPS.  Les militaires ont expliqué qu’ils pouvaient très bien se passer d’une procédure ordinaire de mise à l’enquête.

A Zermatt, le fait accompli

Autre montagne, autre canton, autre langue (?), au sommet du Petit-Cervin, au-dessus de Zermatt, une antenne similaire a été installée à fin décembre dernier, sans susciter la même levée de bouclier des autorités cantonales et communales. Haute de 20 m, elle est perchée à moins d’un kilomètre de la frontière italienne, juste au-dessus d’une plateforme que les touristes peuvent gagner par un ascenseur depuis le tunnel du téléphérique du Petit-Cervin.
A quoi sert cette antenne? Au guidage des avions militaires? A la détection des appareils ennemis? Aux transmissions sol-air? Impossible d’obtenir des précisions du département de la défense à Berne: «C’est un secret militaire et l’on ne peut pas vous révéler non plus combien de ces antennes passives d’écoute – réd : c’est l’appellation officielle - existent sur le territoire suisse», répond Silvia Steidle, porte-parole du département de M. Maurer. Il en existe une autre du même type dans le canton de Vaud, au sommet du Cunay (Mont-Tendre), un site protégé qui a nécessité une dérogation, ce qui n’est pas le cas du Moléson qui ne bénéficie pas du même degré de protection.

En Valais, polémique pas close

A Zermatt toutefois, la polémique n’est pas close. Le Club alpin suisse exige le démontage de la sortie d'ascenseur haute d'une douzaine de mètres construite sans autorisation au pied de la fameuse antenne. Il a fait opposition à la demande d'autorisation de construire déposée après coup pour la cage d'ascenseur et exige son démontage par la compagnie Zermatt Bergbahnen, propriétaire de l'ascenseur: «Nous n’avons fait opposition à la construction de l’antenne, car nous n’avions pas été informés avant l’installation par les militaires», explique Ursula Schupbach, au siège du Club alpin à Berne. Le CAS se borne à exiger une procédure homologuée de planification conforme à l'usage.

Dans un communiqué, le Club alpin se plaint du fait que "la protection des paysages n'est pas suffisamment prise en compte dans l'invasion rampante de constructions sur ce sommet. Le CAS exige une procédure homologuée de planification en lieu et place de la simple demande d'autorisation de construire. Il craint l'envahissement du Petit-Cervin par ce genre d'éléments: "Le Club alpin suisse s'oppose par principe à ce que des constructions dépassent le sommet, surtout s'il s'agit d'installations touristiques." Il a du reste déposé auprès du Conseil d'Etat valaisan un recours contre le déclassement du Petit-Cervin en zone touristique et contre l'autorisation d'hébergement et de restauration en zone touristique. Ce recours est encore ouvert.

«Pas question de revenir en arrière!»

De son côté, Hans-Peter Julen, président des remontées mécaniques de Zermatt (Bergbahnen S.A.) persiste et signe dans les colonnes du Nouvelliste: "Nous ne changerons rien. Pas question de revenir en arrière (…) Nous avons procédé de la sorte étant donné que l'armée elle-même n'avait rien demandé à personne pour installer ses antennes. Notre chantier consiste en une petite amélioration à la machinerie de l'ascenseur existant. Il ne s'agit en aucun cas d'une nouvelle construction. Et je ne pense pas que l'opposition du CAS rencontrera le succès devant le tribunal. Le Petit Cervin n'est pas un territoire complètement construit, que je sache. Nous avons voulu seulement renouveler une installation qui en avait besoin."

Quant à de plus grands projets cachés, le président des Zermatt Bergbahnen estime qu'il s'agit d'une plaisanterie : "Si nous voulons nous lancer dans un gros projet, il est obligatoire de faire une mise à l'enquête publique, d'avertir la presse, la population. Il est absolument impossible d'imaginer construire une grosse infrastructure en catimini. Cela n'a strictement rien à voir avec l'ascenseur. C'est absurde."

Une pyramide de verre et d’acier

A l’origine, les remontées mécaniques de Zermatt avaient projeté avec l’enfant-terrible de la station, l’artiste Heinz Julen, la construction d’une pyramide de verre et d’acier, avec une tour culminant à 117 m au-dessus du sommet, de façon à atteindre l’altitude magique de 4'000 m. Elle aurait compris la construction du premier «hôtel pressurisé» au monde pour résister au mal d’altitude. Mais de véhémentes réactions avaient été soulevées, notamment par le Club Alpino Italiano (CAI) et la commission environnement de son homologue suisse, le CAS.

2 commentaires

  1. Posté par Roger Uldry le

    La Confédération et particulièrement son département militaire oeuvrent pour notre défense. En règle générale, quand on prépare une défense on reste discret. On ne dévoile pas sa stratégie….
    Pourquoi toujours vouloir tout savoir….?? Dans le cas concerné, cette curiosité est malsaine…et mauvaise conseillère.!!

  2. Posté par François Etienne le

    Le débat voire la levée de bouclier contre l’installation d’une antenne (militaire) au sommet du Moléson (2012 m, en Gruyère) relevait de l’aveuglement béat d’une population encadrée par des politiciens opportunistes. Il suffit de considérer ce qui s’est construit tout récemment au sommet du Moléson pour comprendre que cette levée de bouclier était indigente.

    Une antenne sur les grands sommets constitue une marque intéressante, de nuit par exemple aussi,. Tant d’histoires pour rien !

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