L’Europe entre Bruxelles à Sotchi

Christian Vanneste
Président du RPF, député honoraire

 

Pour fuir l’enfer fiscal français, Depardieu avait hésité entre Belgique et Russie. Deux événements à la taille de ces pays prennent une signification symbolique pour l’avenir de l’Europe. Le premier est une anecdote. L’acteur belge Poelvoorde nous a dit combien les manifestations françaises contre le mariage unisexe faisaient rigoler les Belges. A Sotchi, le Président Poutine a ouvert des Jeux Olympiques d’Hiver à la dimension de sa vision de la Russie. L’avenir des nations européennes se situe dans le choix entre ces deux directions opposées.

Les Belges sont un peuple sympathique, doué pour l’humour et le dessin. Les Flamands connaissent une réussite économique à la mesure de leur acharnement dans le travail et les affaires. Bruxelles bénéficie de la présence des instances européennes qui risquent de délaisser complètement Strasbourg. La saillie rigolarde de Poelvoorde m’a fait relire Baudelaire : « la Belgique se croit toute pleine d’appas ; voyageur ne la réveillez pas. » Cette citation, la moins virulente, éclaire la réalité de ce pays au coeur de l’Europe politique. C’est un espace, non une nation. La Flandre était française de mauvais gré au Moyen-âge. La Wallonie qui ne l’était pas a souvent manifesté des sentiments « rattachistes ». Dans le long duel entre la France et l’Angleterre, cette dernière, victorieuse, a réussi à empêcher notre pays de s’étendre jusqu’au Rhin afin qu’Anvers ne soit pas un canon pointé vers Londres. Les conséquences militaires lors des deux conflits mondiaux ont été catastrophiques pour nous malgré la bravoure des soldats belges. La France était affaiblie par une frontière ouverte proche de sa capitale au Nord. Les capacités militaires de la Belgique la rendaient incapable de sauvegarder son indépendance. La Belgique n’est pas une nation, mais un Etat en sursis qui préfigure ce que pourrait être l’Europe fédérale. Le fédéralisme y est déjà appliqué. Le pouvoir central y est tellement dénué d’importance qu’après les élections de 2010, la crise politique a duré 535 jours avant qu’un gouvernement issu des élections soit installé. Encore celui-ci est-il présidé par un socialiste wallon, tellement socialiste qu’il est allié aux libéraux. Les Flamands n’en ont cure. Le budget de l’entité fédérée flamande est plus important que celui de l’Etat belge. La social-démocratie a trouvé un terrain d’entente avec les libéraux dans le domaine de la « libération » des moeurs : avortement, mariage et adoption unisexes, PMA, GPA, euthanasie, y compris des mineurs, cannabis à petites doses toléré, prostitution et maisons closes, salle de shoot en face du Palais de Justice de Charleroi, démoralisation générale… Le premier effet néfaste pour l’Europe est que l’absence de frontière rend difficile à un Etat souverain d’empêcher ses nationaux d’échapper à ses lois en allant faire ailleurs ce qui est interdit à domicile. Cette facilité devient un argument pour abroger les lois d’interdiction partout. Le maillon le plus faible attire inexorablement l’Europe vers le bas. Cette situation préfigure une Europe perçue comme un espace de libre circulation des personnes et de leurs moeurs, de moins en moins citoyens, de plus en plus individus hédonistes, n’accédant à la citoyenneté que dans les limites d’intérêts proches et immédiats. Le second risque réside précisément dans l’éclatement des Etats. Pour la Belgique, c’est une question de temps. La riche Flandre supporte de plus en plus mal le boulet économique wallon. Bruxelles rêve de devenir district fédéral européen où la guerre linguistique sera dépassée par l’usage de l’Anglais, la langue des affaires et de la politique internationale à côté de laquelle le Français devient un patois rétrograde. Bref, la Belgique montre le chemin d’une non-nation, peuplée de non-citoyens, seulement de travailleurs et surtout de consommateurs avisés, de pas mal de technocrates qui le sont moins, et de beaucoup de chômeurs francophones.

La Russie est l’exact opposé. Après des décennies d’internationalisme totalitaire, elle affirme ce qu’elle a toujours été à travers sa culture notamment : une Nation dotée d’une forte identité, d’un âme, parmi les plus riches de l’humanité. La Russie n’a jamais été vaincue sur son territoire : l’immensité de celui-ci, l’héroïsme du peuple et le secours du climat lui ont permis de demeurer indépendante depuis l’origine, au XIVe siècle lorsqu’elle se libère des Mongols. Sa volonté de restauration va de pair avec un conservatisme moral qui agace manifestement notre oligarchie politico-médiatique « bobo », mais qui a toujours accompagné les redressements nationaux, comme ce fut le cas en France à la Libération. Qu’on le veuille ou non, la Russie existe sur la scène internationale. Ce n’est pas le cas de l’Europe. Le « fuck the EU » de la Secrétaire d’Etat adjointe Victoria Nuland dit assez ce que les Américains pensent de l’Europe. Dans le fond, ce continent risque de devenir une grande Belgique, un pays où on ne vit pas mal, où les identités nationales disparaissent au profit des identités locales et communautaires issues d’une immigration incontrôlée. La Belgique est un pays libertaire et socialiste avec sa dette à près de 100% du PIB, issue de 53% de dépenses publiques, insuffisamment compensées par 50,3% de prélèvements obligatoires. La Russie affiche une dette dix fois moindre, des prélèvements à 21% et une dépense publique à 36%. Certes elle doit se dégager de sa situation de rentière du sous-sol et lutter contre la corruption. Certes, elle doit faire progresser les vraies libertés, la liberté d’expression notamment. Mais la pensée unique qui règne hypocritement chez nous a-t-elle des leçons à lui donner ? Vladimir Poutine célèbre à Sotchi la renaissance d’un pays après 70 ans de ténèbres et des années d’un chaos économique et social qu’il a surmonté. Il a droit à cette fête.

Christian Vanneste, 8 février 2014

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