Envoyé par le pape en 2017 à Ferrare, Mgr Giancarlo Perego veut convaincre que les migrants sont l’avenir d’un pays dont la démographie est en chute libre.
Son bureau est intimidant. Une pièce aux plafonds qui n’en finissent plus, dans laquelle on pénètre dûment accompagné, après avoir traversé au moins deux salles où les pas résonnent sur les dalles. L’évêché de Ferrare est un bâtiment imposant, en plein centre-ville, à droite de la cathédrale, et en face du château de la famille d’Este. En Italie, pouvoir et Église n’ont jamais été très éloignés, y compris dans ces terres de gauche de l’Émilie-Romagne.
Le politicien le plus à gauche de la ville
L’évêché est occupé depuis le printemps 2017 par Mgr Giancarlo Perego. « Le politicien le plus à gauche de la ville, et un homme courageux », ironise le jeune historien Pietro Pinna. Il a succédé à Mgr Luigi Negri, classé, lui, parmi les conservateurs, et qui n’a pas apprécié de devoir laisser la place.
La nomination de Mgr Perego a fait grincer des dents dans cette ville sensible aux slogans souverainistes et anti-migrants de la Ligue. À 57 ans, il a dirigé pendant huit ans la fondation Migrantes, l’organe de la Conférence épiscopale italienne (la CEI) chargée de la pastorale des migrants, et a été impliqué dans l’association humanitaire Caritas.
« Le métissage est une réalité inéluctable et une réponse à la crise démographique italienne, affirme-t-il sans équivoque. Le défi de l’Italie est de concilier un pays qui meurt avec des jeunes qui viennent d’ailleurs pour commencer une histoire nouvelle. Si nous fermons notre porte aux migrants, nous disparaîtrons. Je parle de réalités actuelles, non de perspectives. »
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Plusieurs organisations, dont Caritas, s’occupent à Ferrare des migrants les plus vulnérables, comme les jeunes femmes dont un grand nombre sont arrivées enceintes. Elles sont prises en charge le temps que le gouvernement leur accorde, ou pas, le droit de rester sur le territoire, pour des raisons soit politiques, soit humanitaires.
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"Ils veulent limiter le droit d'asile et c'est une chose honteuse et scandaleuse : nier ou même limiter le droit d'asile sape les fondements mêmes de la démocratie", a déclaré le prélat.
Son discours porte sur les migrants, mais a également une forte connotation politique. Pour Perego, "les couloirs humanitaires doivent promouvoir la libre circulation des personnes (...)".
