La Suisse veut participer au mouvement mondial de réarmement

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La Confédération veut soutenir l’innovation dans le domaine de la défense et de la sécurité pour des technologies à double usage. L’objectif de l’initiative, qui concerne de près la Suisse romande, est également double: sécuritaire et économique

C’est un petit budget pour un sujet hautement sensible dans un pays neutre: Innosuisse, l’agence fédérale pour l’innovation, et Armasuisse, l’office fédéral de l’armement, ont lancé jeudi conjointement un appel à projets, une première.

Dotée d’une enveloppe de 15 millions de francs, l’initiative vise à soutenir des projets de technologies dites de «double usage», qui peuvent être utilisées à des fins civiles mais aussi sécuritaires. L’objectif, selon le communiqué de presse, est lui aussi double puisqu’il s’agit de «renforcer la recherche, le développement et l’innovation dans les domaines de la sécurité et de la défense, tout en générant des retombées concrètes pour l’économie et la société civiles».

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Le climat belliqueux ambiant pousse les Etats à se réarmer massivement, ouvrant de nouvelles brèches commerciales dans lesquelles les entreprises s’engouffrent. L’Allemagne et le Japon, terres pacifiques depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, participent activement à un mouvement auquel la scène mondiale de l’innovation s’est jointe. Des entreprises allant du sulfureux californien Palantir à de jeunes pousses inconnues du grand public séduisent les investisseurs.

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Des systèmes de communication sécurisés à l’interception des drones

Bien que plus discret, le mouvement est également perceptible en Suisse. Organisation faîtière de l’industrie des machines, équipements et matériaux, Swissmem place régulièrement l’assouplissement des critères qui encadrent ce marché dans ses revendications. Sollicitée par Le Temps, elle se félicite de cet appel à projets lancé entre autres par le président d’Innosuisse, André Kudelski, patron de l’entreprise du même nom, notamment active dans la cybersécurité.

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Formellement, les technologies à double usage n’ont jamais été exclues des soutiens d’Innosuisse, rappelle Dominique Gruhl-Bégin, directrice de l’agence. De son côté, Armasuisse collabore aussi régulièrement avec des entreprises suisses. C’est toutefois la première fois qu’une initiative commune est menée pour stimuler l’innovation dans trois thématiques: les développements liés à la géolocalisation et la synchronisation, les technologies permettant de détecter et de contrer les drones et les applications basées sur la photonique.

Recourant à la lumière, cette technologie permet par exemple de transmettre des informations de manière sécurisée ou de capter des données avec une grande précision. La Suisse y dispose d’un savoir-faire de pointe. C’est aussi le cas pour les drones devenus centraux dans les guerres contemporaines.

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Des exportations sensibles

«Pour les PME ou les start-up suisses, le marché intérieur est trop petit, souligne Thomas Rothacher, directeur suppléant d’Armasuisse, raison pour laquelle il est important que les entreprises puissent également exporter.» «Le sujet concerne de très près l’économie romande, qui ne contient qu’une seule entreprise active dans l’armement pur [Nammo, en Valais, ndlr]», renchérit Philippe Zahno, secrétaire général du Groupe romand pour le matériel de défense et de sécurité. De nombreuses sociétés sont en revanche actives dans les technologies de double usage et l’engouement est croissant. Quelque 250 entreprises ont participé cet hiver à deux séances d’information sur l’économie de guerre.

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Signe des temps, complète d’ailleurs Dominique Gruhl-Bégin, non seulement des start-up s’intéressent au sujet mais aussi des chercheurs, ce qui n’était pas courant il y a quelques années. «Il s’agit surtout aujourd’hui pour ces acteurs de travailler pour protéger une liberté qui ne va plus forcément de soi et de participer à la défense du pays», répond Thomas Rothacher lorsqu’on lui demande si de tels développements sont compatibles avec la neutralité.

Le sujet qui divise la classe politique reste toutefois très sensible car la frontière entre matériel de défense et armement est ténue. Régulièrement, des médias font état de composants ou de biens helvétiques retrouvés sur des champs de bataille ou exportés dans des pays en guerre. L’automne dernier, Heidi. news(appartenant au groupe Le Temps) et le collectif d’enquête zurichois WAV avaient pointé une collaboration entre l’entreprise Swissto12, pépite romande active dans le développement de technologies spatiales, et le fabricant de drones israélien Elbit Systems. Dans la foulée, la start-up avait indiqué avoir renoncé à ce partenariat pour «se concentrer sur ses activités principales de fabrication de satellites et de produits terrestres associés».

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