2050, du Cardinal Robert Sarah et de Nicolas Diat

Francis Richard
Resp. Ressources humaines

Ce livre est le fruit de conversations entre le Cardinal Robert Sarah et Nicolas Diat 1, écrivain et éditeur. Dans le préambule, ce dernier écrit:

Nous avons mis à profit les beaux mois de l'année 2025 pour offrir une réflexion sur l'avenir de l'Église en 2050.

 

Cette intention est reprise dans le bandeau sous la forme d'une interrogation:

Dans vingt-cinq ans, l'Église sera-t-elle encore un phare ou l'écho lointain d'une voix oubliée?

 

Pour répondre à cette interrogation, les conversations entre le prélat et l'éditeur empruntent seize voies, comme autant de thèmes.

 

Quelques extraits, par thème, des propos du Cardinal, donneront, peut-être, envie d'approfondir la réflexion proposée, en se plongeant dans l'ouvrage.

 

L'ÉGLISE

 

Toute tentative pour modeler l'Église à l'aune de contingences historiques ou culturelles, en oubliant sa nature divine, est vouée à l'échec. L'Église possède une structure permanente: elle vient de Dieu, vit en Dieu, retourne à Dieu.

 

Sans Dieu, l'Église meurt. Sans Dieu, l'Église n'est qu'un simulacre d'elle-même. Mais parce que Jésus-Christ l'habite, la soutient, la nourrit, elle vit. Et sa mission demeure: porter Dieu au monde.

 

L'OEUVRE DE DIEU

 

La liturgie 2 est, dans son essence, un service rendu à Dieu pour le bien du peuple. Elle est le culte officiel, public, solennel de l'Église; elle se distingue en cela de la prière privée.

 

La liturgie existe toujours, même lorsque la ferveur intérieure manque, à condition que la forme soit respectée.

 

LA MISSION

 

Sans prière, il n'y a pas de mission véritable.

 

La mission consiste [...], essentiellement, à proclamer la Parole de Dieu. Et cette Parole, aux yeux de l'Église, est aussi vénérable que le Corps du Seigneur.

 

LE SACERDOCE

 

Le prêtre n'est pas un simple administrateur, ni un travailleur social: il est le pont entre Dieu et les hommes. Il se tient devant l'Autel, à la manière du Christ, offrant non seulement les dons sacrés, mais sa propre vie. L'oblation de soi-même est en effet l'acte sacerdotal par excellence.

 

La prière doit être centrale, prioritaire et vitale dans la vie quotidienne du prêtre.

 

Sans Dieu, sans prière, sans la foi vivante, la vie sacerdotale devient un terrain aride où se développent l'orgueil, la dépression, voire la perversion.

 

Le renouveau sacerdotal passera par la sainteté du peuple de Dieu.

 

LA VIE CONTEMPLATIVE

 

Ceux qui ont fait ce choix ont médité longuement la vie de Jésus, ils l'ont contemplée, et ils veulent l'imiter. Ils ont perçu combien le silence fut constitutif de son existence terrestre: silence de Nazareth, silence du désert, silence des nuits de prière. Comment n'auraient-ils pas éprouvé le désir profond de ce silence qui permet à l'âme de se livrer à Dieu seul?

 

Dans ce monde où tout parle, où tout crie, où l'on s'exprime jusqu'à l'épuisement, nous devons redécouvrir la force du silence.

 

LA TRADITION

 

La tradition apostolique n'est pas une poussière que le temps aurait déposé sur les vérités révélées. Elle est la respiration même de l'Église, le flux continu de la Parole reçue, méditée, vécue, transmise.

 

Du latin traditio, elle désigne l'acte de remettre, de livrer, de transmettre ce qui fut reçu. Elle n'a rien d'un conservatisme stérile, ni d'une nostalgie crispée. Elle est au contraire un passage de témoin, un acte de fidélité enraciné dans l'humilité: je transmets ce que j'ai reçu, sans en altérer la pureté, sans en trahir l'origine.

 

Nous avons reçu les Écritures, la Révélation, la tradition, le Magistère. Voilà les colonnes d'airain de l'Église. C'est notre richesse pour les siècles à venir.

De même, l'abandon, ou la suppression, de la messe tridentine, rite hérité de saint Grégoire le Grand, célébré par tant de saints, serait une insulte à la tradition.

 

LA FOI

 

L'opposition classique entre croire et savoir est plus complexe qu'il n'y paraît, car croire suppose toujours un minimum de savoir, et, bien souvent, savoir implique une forme de foi en autrui.

 

La foi, au sens proprement religieux, se définit comme un abandon confiant et total de l'homme envers Dieu - un Dieu personnel, vivant, rencontré dans l'intimité du coeur.

 

Il s'agit d'une rencontre entre deux personnes, un mouvement réciproque, une plénitude de présence et un engagement total.

La foi chrétienne suppose aussi l'adhésion au "dépôt de la foi" - un ensemble de vérités objectives, transmises par les Apôtres. 

 

LA LITURGIE

 

Il est urgent de rendre à la liturgie sa vérité: qu'elle soit de nouveau la célébration du mystère chrétien et redevienne le lieu où Dieu est premier.

 

La liturgie est la rencontre la plus haute, la plus sainte entre l'homme et Dieu. Elle doit exprimer la stupeur, le respect, la vénération, l'adoration.

 

Elle a pour coeur l'Eucharistie. Le culte, c'est l'Eucharistie.

 

La liturgie chrétienne, loin de se calquer sur les cultures, en transcende les particularismes.

 

L'ATHÉISME

 

Si la pensée humaine refuse de se soumettre à la règle supérieure de la vérité, elle ne sera plus conduite que par le caprice, c'est-à-dire, en dernière instance, par la tyrannie des passions et la servitude des intérêts.

 

En se coupant de la source divine, l'homme se détruit spirituellement, et finit par se réduire lui-même à l'état de machine et d'animal.

 

Seule une Église ayant retrouvé la force intérieure de la prière, de la contemplation, de la vie sacramentelle, peut devenir un instrument crédible et convaincant.

 

LA MISSION DU SUCCESSEUR DE PIERRE

 

Le pape n'est pas choisi pour enseigner ses idées ou réformer l'Église selon les modes passagères. Il est le Vicaire du Christ, le témoin de la Vérité. Sa mission est de transmettre ce qu'il a reçu, d'affermir la foi de ses frères, de porter au monde l'enseignement de Jésus-Christ et de se conformer à la Croix.

 

LES MENACES DE LA DIVISION

 

La foi catholique, pour être reçue, doit [...] impérativement être formulée avec justesse, netteté et précision.

 

La différence entre une liturgie ancienne [le rite tridentin par exemple] et une liturgie nouvelle, toutes deux célébrées selon les livres liturgiques, est bien moindre que celle célébrée selon le missel de Paul VI et certaines célébrations vulgaires, désacralisées, abusives, que l'on rencontre hélas aujourd'hui.

 

L'unité dans la vérité, l'unité dans la tradition vivante, l'unité dans le culte digne et sacré: tel est l'appel de l'Esprit-Saint à l'Église de notre temps.

 

L'ORGUEIL ET SES CHUTES MONSTRUEUSES

 

Le propre de l'orgueilleux est la désobéissance. Même doté d'intelligence ou de finesse d'esprit, il met sa gloire dans sa science, se complaît dans ses lumières, et détourne son regard de la Vérité éternelle.

 

À l'origine de l'orgueil moderne se trouve la volonté de l'homme de se faire dieu.

 

Chacun se veut libre de penser à sa guise, selon les pulsions de son moi, sans souci d'une quelconque conformité à l'ordre réel.

 

Nous en sommes là: plus de vérité reconnue, plus de fondement stable, plus d'enseignement moral commun.

 

L'orgueil conduit à l'anarchie de la pensée.

 

L'homme refuse que sa conscience soit éclairée, guidée ou limitée par une morale qui le transcende.

 

La perversion morale est devenue norme.

 

L'ÉGLISE DANS LE MONDE

 

L'Occident paraît s'être détourné de Dieu. L'Église y traverse une crise doctrinale et morale profonde.

 

On la sent intimidée, presque paralysée, comme si elle accompagnait docilement l'effondrement de la famille et de la vie humaine, sans oser dénoncer la dérive que constituent les unions entre personnes de même sexe, la légalisation de l'avortement ou du divorce.

 

L'Église d'Occident semble désormais incapable de s'indigner face à l'idéologie du genre et la négation même de la nature humaine.

 

L'homme veut changer de sexe? Il faudrait s'adapter. Il veut épouser une personne du même sexe? Il faudrait s'adapter. Il voudrait mourir? Il faudrait l'euthanasier.

 

La loi devient l'instrument des désirs.

 

Dieu nous a donné le pape Léon XIV; ainsi Il ne permettra pas que son Église soit détruite. Il y aura toujours des témoins, des résistants, des coeurs purs.

 

LE PAGANISME ECCLÉSIAL

 

Lorsque l'on supprime Dieu du centre de la vie humaine, on ouvre la voie au relativisme éthique, au subjectivisme moral, et à la désagrégation du lien social.

 

Au sein de l'Église, cette dérive n'épargne pas certains esprits.

 

L'Église est aujourd'hui en butte à un retour du paganisme, sous des formes parfois séduisantes, souvent masquées, mais toujours destructrices. Ce paganisme ne détruit pas de l'extérieur. Il mine de l'intérieur, infiltre les liturgies, les discours, les décisions. Il faut lui opposer la sainteté, la clarté doctrinale, la prière fervente et l'humilité joyeuse.

 

LE RELATIVISME

 

Le relativisme nie que l'homme soit capable de vérité. Il refuse d'admettre l'existence d'une loi morale inscrite dans le coeur de l'homme par le Créateur. Tout devient relatif au lieu, à l'époque, aux cultures, aux désirs passagers. 

 

Réduire le christianisme à une voix parmi d'autres, c'est réduire l'unicité de l'Incarnation.

 

Le christianisme n'est pas une invention humaine, mais la révélation du Dieu vivant. Il est la seule Voie qui mène au Père.

 

LA FAMILLE

 

Nous traversons une période difficile de destruction systématique de la cellule de base de toute vie humaine: la famille.

 

Le Parlement européen et certains gouvernements occidentaux sont en train de promouvoir de nombreuses transformations, des changements effrayants concernant la famille.

 

Lorsque les lois perdent leur référence objective au véritable bien des personnes et s'éloignent du concept de nature et de loi naturelle, elles deviennent injustes, iniques et barbares. 

 

Ce n'est pas parce qu'une loi a été votée dans un Parlement démocratique qu'elle est en soi bonne. On assiste parfois à une tyrannie démocratique qui ne reconnaît aucune limite à son pouvoir et interdit toute discussion.

 

CONCLUSIONS

 

Je suis persuadé que le pape Léon XIV a été donné à l'Église pour lui rendre son unité, pour la rassembler autour de cet acte de foi en la divinité du Christ.

 

Il veut nous conduire à la seule unité possible, l'unité dans la vérité.

 

J'admire la délicatesse avec laquelle il sait effacer sa personnalité pour laisser le Christ souverain-prêtre apparaître lors des liturgies pontificales.

 

Le pape est pour tout catholique le père qui nous donne chaque jour le pain de la doctrine sûre et l'eau de la beauté de la liturgie.

 

Derrière le pontife, nous marcherons, dans les années qui viennent, forts dans la foi, fiers d'être fils de l'Église et heureux de nous laisser sauver par l'unique Seigneur.

Nous marcherons avec joie. Dans l'espérance. Forts avec le Christ.

Sursum corda !

 

Francis Richard

 

1 - Nicolas Diat a cinquante ans. Dans vingt-cinq ans, il aura mon âge actuel...

2 - Le terme même de liturgie - du grec leitourgia - signifie à l'origine "oeuvre populaire" ou service rendu en faveur du peuple.

 

2050, Cardinal Robert Sarah et Nicolas Diat, 288 pages, Fayard

 

Livres du Cardinal Sarah précédemment chroniqués:

 

Pour l'éternité (2021)

Dieu existe-t-il? (2025)

 

Publication commune LesObservateurs.ch et Le blog de Francis Richard

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