Les Suissesses et les Suisses ont l’habitude des campagnes de votation.
L’actuelle, sur l’initiative concernant la SSR, sur laquelle on votera le 8 mars, restera néanmoins probablement dans les mémoires comme l’une des plus saugrenues.
Ces jours-ci, le coprésident du parti gouvernemental PS, Cédric Wermuth, a discuté dans le format en ligne interne au parti « Meyer/Wermuth » avec deux journalistes de gauche du projet soumis au vote – les trois plaidaient clairement pour une SSR forte.

Ennio Leanza/Keystone
Devise de l’émission sur la chaîne des camarades: Nous ne laisserons pas qu’on nous prenne notre télévision.
Sur les réseaux sociaux, le musicien Trauffer – membre du duo Büetzer Buebe – fait campagne pour le maintien du service public audiovisuel: « Nous avons besoin d’une SSR forte. » Son partenaire de duo impopulaire Gölä avait suscité par le passé des critiques surtout à gauche avec ses prises de position politiques.
Ein Beitrag geteilt von Nein zur Halbierungsinitiative (@nein_zur_halbierungsinitiative)
C’est manifestement le dernier baroud d’honneur de la directrice sortante Nathalie Wappler, censé désormais sauver la chaîne.
Une résistance institutionnelle à l’initiative s’organise également. La Commission fédérale des médias (COFEM), un organe consultatif du Conseil fédéral pour les questions de politique des médias, s’est exprimée de manière critique sur le projet. Elle met en garde qu’une acceptation affaiblirait financièrement le service public médiatique et aurait des effets négatifs sur la diversité des opinions ainsi que sur la cohésion sociale. Face à la transformation numérique, il faut des conditions-cadres stables; les médias privés, à eux seuls, ne pourraient pas remplir intégralement le mandat de prestations.
La constellation personnelle est remarquable: la COFEM réunit des spécialistes issus de la science et de la pratique, dont des représentants d’entreprises médiatiques. Parmi ses membres figure Larissa M. Bieler, directrice de SWI swissinfo.ch, l’offre internationale de la SSR. SWI est une unité d’entreprise de la SSR, et Bieler siège en outre à la direction générale de la SSR.
Cela n’est pas déclaré. Ce n’est pas vraiment crédible.
Vu positivement, la branche a une fois de plus manqué l’occasion de mener une discussion sérieuse et approfondie sur les médias suisses.
Vu négativement, elle s’est rendue quelque peu ridicule.
