Nouveau rebond dans une longue affaire: l’ancien chef de la police guatémaltèque reproche aux juges genevois «d’avoir délibérément violé la présomption d’innocence». Il attaque plusieurs juges
Erwin Sperisen a déposé une plainte pénale auprès du Ministère public genevois contre plusieurs juges de la Cour d’appel de Genève pour abus d’autorité et atteintes à l’honneur. Son avocat demande la nomination d’un procureur extraordinaire extracantonal pour mener l’enquête.
Dans sa plainte pénale, l’ancien chef de la police guatémaltèque reproche aux juges «d’avoir délibérément violé la présomption d’innocence au mépris du code pénal et ignoré les instructions de la plus haute instance judiciaire». Il déplore également le maintien au procès d’une partie civile décédée depuis longtemps, écrit son avocat Dominic Nellen samedi dans un communiqué.
En septembre 2024, la justice genevoise avait condamné l’ex-chef de la police du Guatemala à 14 ans de prison pour complicité d’assassinat dans l’exécution de sept détenus dans une prison guatémaltèque. Un jugement qui, selon la défense, «constitue clairement un abus de pouvoir».
Notre enquête en septembre 2024: L’affaire Erwin Sperisen, ou l’art de faire le procès de la justice genevoise
Une «partialité manifeste du Ministère public genevois»
L’affaire Sperisen avait auparavant été jugée à plusieurs reprises par des tribunaux nationaux et internationaux. «En 2023, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la Suisse pour violation du droit à un procès équitable», rappelle l’avocat de l’ancien chef de la police guatémaltèque.
«Le Tribunal fédéral a donné des instructions claires à la justice genevoise. Celles-ci ont été ignorées. Il ne s’agit pas de négligence, mais d’intention délibérée. C’est pourquoi M. Sperisen porte désormais plainte», poursuit l’homme de loi.
En outre, l’Helvético-Guatémaltèque a été condamné en 2024 à verser une indemnité de 20 000 francs à une femme décédée depuis 2020. Me Nellen qualifie de «grotesque» le fait que cette personne ait été considérée comme partie civile active dans la procédure alors qu’elle ne connaissait pas sa propre avocate et qu’elle n’avait jamais voulu porter plainte contre Sperisen.
En raison de la «partialité manifeste du Ministère public genevois», l’avocat demande la nomination d’un procureur extraordinaire indépendant hors canton dans toutes les procédures contre des représentants de la justice genevoise. «ll existe une crainte concrète qu’une procédure équitable, indépendante et objective ne soit pas garantie», estime-t-il.
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Il y a trois autres plaignants
Me Nellen précise qu’au total, «cinq plaintes pénales sont actuellement pendantes contre des membres de la justice genevoise et le procureur Yves Bertossa». Les autres plaignants sont l’ancien ministre guatémaltèque de l’Intérieur Carlos Vielmann, l’ancien directeur de l’établissement pénitentiaire Alejandro Giammattei (aujourd’hui ancien président du Guatemala) et l’ancien directeur adjoint de la police Javier Figueroa.
Tous trois ont été définitivement acquittés dans leur pays d’origine ou par des tribunaux européens. Leurs plaintes pénales ont été déposées en août 2024 et janvier 2025.
Le recours au TF est pendant
Erwin Sperisen, bientôt 55 ans, est binational suisse et guatémaltèque. Il s’est réfugié en Suisse avec sa famille en 2007. Il a été arrêté à Genève en 2012. Depuis, il a été jugé à quatre reprises par la justice genevoise qui l’a condamné à chaque fois.
Erwin Sperisen, qui a été privé de liberté pendant plus de onze ans, entre la durée passée en détention préventive, les peines de prison et l’assignation à résidence, est ressorti libre du Palais de justice lors de son dernier procès en septembre dernier. Il a recouru au TF contre sa condamnation à 14 ans pour complicité d’assassinat. La procédure est toujours pendante, note Me Nellen.
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