Bénédiction des couples homosexuels : des évêques contre Rome, Valeurs Actuelles, 22.01.2024

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Bénédiction des couples homosexuels : des évêques contre Rome

L'autorisation par le Vatican de la bénédiction des couples homosexuels et en situation irrégulière suscite, dans le monde entier, une fronde sans précédent dans l'histoire de l'Église. Un échec majeur pour le pape François et un moment de crise inédit pour l'Église.
Le cardinal argentin Victor Manuel Fernandez, signataire du texte qui a créé un vaste malaise dans l'Eglise. Photo © Natacha Pisarenko/AP/SIPA

Si le choix de publier Fiducia supplicans, le texte autorisant la bénédiction par l’Église des couples homosexuels et en situation irrégulière (notamment les divorcés-remariés), un 18 décembre – c’est-à-dire alors que les querelles de toute sorte sont censées céder le pas à la trêve de Noël – était d’éviter les réactions sur cette question ô combien sensible, le moins que l’on puisse dire est que c’est complètement raté. La période n’a pas empêché une immédiate levée de boucliers. Fait inédit : ce ne sont pas seulement des évêques isolés mais des conférences épiscopales dans leur entier qui ont déclaré qu’elles n’appliqueraient pas cette décision. Ainsi, en Afrique, celles du Togo, du Nigeria, du Gabon, d’Afrique du Sud, du Congo, de Côte d’Ivoire, du Niger ou du Cameroun… Le 11 janvier, le cardinal Ambongo, au nom du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar, en a tiré la conclusion : les bénédictions demandées par Fiducia supplicans « ne pourront pas se faire en Afrique ».

Bénédiction des couples homosexuels : le Vatican révise son applicationMais cette fronde ne se limite pas à une opposition Afrique/reste du monde : les évêques de Pologne, de Hongrie et d’Ukraine ont réagi comme leurs confrères africains, ainsi que des évêques du Kazakhstan, d’Espagne, d’Uruguay, des États-Unis, des Pays-Bas, du Brésil, du Pérou… Ils ont reçu deux soutiens de poids : le cardinal Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a déclaré que ces bénédictions demandées étaient « blasphématoires ». Quant au cardinal Sarah, il a été jusqu’à dire qu’il ne fallait pas entrer en discussion avec Fiducia supplicans comme il ne fallait pas entrer en discussion avec le diable…

​Le communiqué peu claire de l’Eglise de France

En France même – pays où la majorité des évêques nous a habitués à faire passer la prudence avant le souci de vérité -, la réception du texte a été globalement négative. D’une manière, certes, moins ferme que les neuf évêques de la province ecclésiastique de Rennes, qui ont rappelé que la bénédiction n’était due qu’aux personnes « qui demandent la bénédiction de Dieu avec humilité et dans le désir de se conformer de plus en plus à sa sainte volonté », la Conférence des évêques de France a pris ses distances avec le texte de Rome.

Évitant le mot “couple”, prenant le contre-pied de Fiducia supplicans tout en se réclamant de lui pour rappeler que le mariage reste une « union exclusive, stable et indissoluble, entre un homme et une femme, naturellement ouverte à la génération d’enfants », son communiqué, qui semblait surtout vouloir ne fâcher personne, a mécontenté tout le monde, et s’est avéré suffisamment peu clair pour que Libération et la Croix comprennent le contraire de ce qu’il disait… à savoir qu’il convenait de ne bénir que les personnes, individuellement, et non les couples irréguliers.

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Une victoire pour le “lobby gay”

​La première partie de ce texte romain, signé du seul cardinal Fernández, récemment nommé à la Congrégation pour la doctrine de la foi par le pape François dont il est proche, et qui précise en préambule qu’il a reçu l’approbation du pape, ne pose problème à personne : elle rappelle la doctrine catholique du mariage, et souligne que la bénédiction peut être donnée à toute personne, quel que soit son état de vie. Sur cela, tout le monde se montre d’accord.

L’affaire se gâte quand le texte prétend apporter une « contribution spécifique et innovante » en justifiant la bénédiction des couples homosexuels et en situation irrégulière, en contradiction avec ce que la même Congrégation avait déclaré le 15 mars 2021 : « Il n’est pas licite de donner une bénédiction aux unions de personnes du même sexe », écrivait alors le cardinal Luis Francisco Ladaria Ferrer. Revirement justifié par de seules citations du pape François, sans lien avec la Tradition de l’Église…

Très irrité par le texte du cardinal Fernández, un évêque français le juge « inopportun par son calendrier, par son absence totale de concertation, par son contenu » . Le calendrier, c’est le choix de la période de Noël. L’absence de concertation : il a été publié deux mois après la réunion du “synode sur l’avenir de l’Église”, qui avait écarté la bénédiction des couples homosexuels ; il est étonnant de voir le pape qui promeut une décentralisation de l’Église non seulement s’asseoir ostensiblement sur l’avis des évêques venus du monde entier, mais en plus à propos d’un sujet que les évêques d’Afrique dénoncent depuis longtemps comme une manifestation de la « colonisation idéologique » occidentale, une colonisation idéologique que le pape François est pourtant prompt à dénoncer…

​Ce texte a été perçu comme une légitimation des unions homosexuelles

Le contenu, enfin : Fiducia supplicans a beau prendre toutes sortes de précautions oratoires pour que la bénédiction accordée aux couples irréguliers n’entre pas en collision avec la doctrine catholique du mariage, la contradiction paraît évidente. Dans le monde entier, ce texte, qui évacue toute référence au péché, a été perçu comme une légitimation des unions homosexuelles ; légitimation qui entre en conflit direct avec la position du Catéchisme de l’Église catholique, qui continue à affirmer que « les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés » et « contraires à la loi naturelle »… Le père Danziec notait pour sa part, dans une émission du Club des hommes en noir, que le texte n’a pas un mot pour les divorcés ou les personnes homosexuelles qui s’efforcent, eux, de vivre leur situation en conformité avec l’enseignement de l’Église…

Devant le tollé mondial, le cardinal Fernández, le 4 janvier, a publié un communiqué autorisant les évêques à ne pas appliquer Fiducia supplicans « selon les contextes locaux ». Dès lors, beaucoup dénoncent le risque d’une Église à plusieurs vitesses, y compris sur le plan doctrinal : selon un observateur avisé, ces oppositions ne traduisent pas seulement des différences de “sensibilité pastorale”, mais de vraies divergences de fond sur la question de l’homosexualité et du mariage. Ainsi le père James Martin, jésuite américain en qui beaucoup voient le principal promoteur du “lobby gay” dans l’Église, et qui ne se cache pas son désir de modifier la doctrine catholique sur ces sujets, a-t-il célébré Fiducia supplicans comme une grande victoire.

D’autres, enfin, voient dans cette affaire le signe d’un effondrement théologique. La polémique a ravivé les critiques contre la nomination à la Doctrine de la foi du cardinal Fernández, qui n’a d’autre titre à ce poste que sa proximité avec François. À l’occasion de cette crise, certains ont d’ailleurs exhumé un de ses livres de 1998, la Passion mystique, spiritualité et sensualité, dans lequel le futur “gardien de la doctrine” s’abandonnait à d’effarants délires érotico-mystiques qui ne sont pas sans rappeler ceux qui ont conduit aux pires abus sexuels dans des communautés nouvelles…

 

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