Une droitisation de l’Europe occidentale, vraiment?

Daniel Pipes, 19 juillet 2021

▪ Une enquête à grande échelle et largement citée, «La conversion des Européens aux valeurs de droite», suggère que l’Europe occidentale est dans une tendance conservatrice. Mais un examen attentif des données de l’enquête montre qu’il n’en est rien.

▪ En d’autres termes, les «valeurs de la droite» dont parle l’enquête de Fondapol ne représentent qu’une version atténuée de ce qu’un véritable conservateur entend par cette expression. L’enquête se concentre sur l’économie, plus précisément sur l’étendue et le rôle de l’État. Elle fait à peine mention des valeurs traditionnelles, de l’éducation, de la responsabilité individuelle, de l’indépendance nationale, des marchés libres, d’une loi unique pour tous, de la famille nucléaire, des sanctions pénales et de la liberté d’expression et de religion; et encore moins de questions liées à la guerre culturelle telles que le racisme, la discrimination positive, l’inégalité des revenus, le changement climatique, la cancel culture, l’avortement, le mariage homosexuel ou la transsexualité.

▪ Ce n’est que parmi les partis politiques d’Europe occidentale jugés «d’extrême droite» que l’on trouve ne serait-ce qu’un semblant de véritable conservatisme, au sens évoqué ci-dessus. Or ces partis sont délégitimés et insultés, ce qui limite leur attrait tout en attirant vers eux des éléments marginaux.

▪ Dans cette perspective plus large, les Européens de l’Ouest ne se tournent nullement vers les «valeurs de la droite», mais au contraire ils s’en éloignent de plus en plus. Fondapol a tout faux: sauf en économie, les valeurs de la gauche sont prépondérantes et en progression, exactement comme cela nous semble à l’extérieur.

 

Une enquête à grande échelle et largement citée, «La conversion des Européens aux valeurs de droite», suggère que l’Europe occidentale est dans une tendance conservatrice. Mais un examen attentif des données de l’enquête montre qu’il n’en est rien.

La Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), qui se présente comme un «think tank libéral, progressiste et européen», a interrogé 7 603 personnes en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et en Italie entre le 20 janvier et le 10 février 2021. Dans un contraste frappant avec les tendances historiques, elle a constaté que les jeunes étaient plus conservateurs que les seniors, ce qui suggère un mouvement vers le conservatisme.

Pour être précis, 41% des jeunes (définis comme les 18-34 ans) s’associent à la droite, ainsi que 38% des personnes âgées (50 ans et plus). De même, 24% des jeunes s’associent à la gauche, et 30% des personnes âgées. Il convient de noter que les sondeurs ne définissent pas ces termes, mais laissent les répondants le faire. Les différences statistiques ne sont pas importantes, mais étant donné que les jeunes deviennent généralement plus conservateurs avec l’âge et, en supposant que ces quatre pays sont typiques de l’Europe occidentale dans son ensemble, ces données suggèrent que la droite en Europe occidentale va probablement continuer à accroître son avance sur la gauche.

L’auteur de l’enquête Fondapol, Victor Delage, explique ce virage à droite par trois des questions les plus brûlantes en Europe occidentale: «l’hostilité à l’immigration, la méfiance envers l’islam et l’attachement au libéralisme économique.»

Un examen minutieux des données de Fondapol sur les deux premières questions contredit toutefois de manière frappante l’explication de Delage. Tout d’abord, les jeunes acceptent beaucoup plus les immigrés que leurs aînés: seuls 46% de la cohorte des 18-24 ans sont d’accord pour dire qu’»il y a trop d’immigrés» dans leur pays, alors que 60% en moyenne des plus âgés sont d’accord avec cette affirmation. Deuxièmement, Fondapol constate que 44% des jeunes en France (la question n’a été posée que dans ce pays) sont d’accord pour dire que «l’islam représente une menace pour le pays», alors que 72% des personnes âgées sont d’accord avec cette affirmation - une différence considérable.

En supposant que les chiffres français s’appliquent aux trois autres pays, à savoir la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie, ces chiffres mettent en évidence une contradiction apparente: alors qu’une majorité de jeunes s’identifient à la droite, ils sont également moins préoccupés par l’immigration et par l’islam, deux attitudes largement associées à la droite. Comment peuvent-ils être plus à droite que leurs aînés tout en étant moins préoccupés par les questions prioritaires que sont l’immigration et l’islam?

L’examen des partis et des dirigeants associés à la droite en Europe occidentale résout l’énigme. Emmenés par Angela Merkel en Allemagne, la voix dominante de la droite respectable, ses épigones au Royaume-Uni (tel David Cameron), aux Pays-Bas (Mark Rutte), en France (Nicolas Sarkozy), en Espagne (Mariano Rajoy), en Suède (Fredrik Reinfeldt) et ailleurs se soucient peu du nombre d’immigrants actuel ou de la compatibilité de l’islam avec les valeurs autochtones.

Pour en revenir à Merkel, elle a promu l’idée de Willkommenskultur, ou culture de l’accueil des migrants, sous-entendant ainsi que les étrangers, quels que soient leur origine ou leur statut juridique, ont une place légitime en Allemagne. En réponse à son ministre de l’intérieur, Horst Seehofer, qui avait déclaré que «l’islam n’appartient pas à l’Allemagne», Merkel a soutenu que «l’islam appartient à l’Allemagne». D’autres personnalités conservatrices ont fait des déclarations similaires.

Ce n’est que parmi les partis politiques d’Europe occidentale jugés «d’extrême droite» que l’on trouve ne serait-ce qu’un semblant de véritable conservatisme, comme ceux mentionnés ci-dessus. Or ces partis sont délégitimés et insultés, ce qui limite leur attrait tout en attirant des éléments marginaux.

Dans cette perspective plus large, les Européens de l’Ouest ne se tournent nullement vers les «valeurs de la droite», mais au contraire ils s’en éloignent de plus en plus. Fondapol a tout faux: sauf en économie, les valeurs de la gauche sont prépondérantes et croissantes, exactement comme cela nous semble à l’extérieur.

Daniel Pipes est président du Middle East Forum et senior visiting fellow au Mathias Corvinus Collegium de Budapest.

© 2021 par Daniel Pipes. Tous droits réservés.

Source : Is Western Europe Really Turning to the Right? - Gatestone Institute

Traduction Albert Coroz pour LesObservateurs.ch

 

2 commentaires

  1. Posté par toni le

    Antoine, veuillez m’excuser, je me permettre de vous répondre, Je crois que l’explication à ce phénomène ne viens pas de l’école mais du fait que les 72% de personnes âgés sont pour la plupart des européens de souche, ils sont encore nombreux, alors que chez les jeunes une importante partie des 44% sont déjà des musulmans, il y a peu de musulmans âgés, mais vu l’énorme nombre de naissances par couple cela engendre beaucoup de jeunes, et pire encore, ce sont des jeunes qui ont droit de vote.

  2. Posté par antoine le

    Problème, vous avez dit problème ?
     »Fondapol constate que 44% des jeunes en France (la question n’a été posée que dans ce pays) sont d’accord pour dire que «l’islam représente une menace pour le pays», alors que 72% des personnes âgées sont d’accord avec cette affirmation – une différence considérable. »
    Par quels phénomènes les plus jeunes générations sont incapables de voir que l’islam est LE problème majeur vu son incompatibilité avec nos lois et coutumes et ne respecte pas nos démocraties et Constitution ?
    Les jeunes sont passés par la lobotomisation de l’école socialiste et ont bénéficier de cours pour soit-disant  »vivre ensemble » !!
    Tout cela est à lire entre les lignes de ce sondage !!

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