Situation de la presse en Hongrie : une impitoyable guerre de tranchées

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Hongrie – Depuis le retour de Viktor Orbán au pouvoir en Hongrie en 2010, ce petit pays d’Europe centrale est tombé de la 23e place au classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières à la 87e place. Plusieurs organes de l’Union européenne critiquent la situation de la presse en Hongrie, et s’inquiètent d’une dérive en faveur du gouvernement chrétien-conservateur du très clivant Viktor Orbán, homme fort de Budapest.

Article originellement publié en français sur l’OJIM. Publié en trois parties, nous les avons rassemblées en un article.

Les médias occidentaux font écho également de cette soit-disant mainmise du gouvernement sur la presse. Les documentaires, reportages et articles accablant la politique « autoritaire » et « anti-démocratique » foisonnent depuis des années, en France notamment. Début décembre 2019, une mission internationale a publié un rapport s’alarmant de l’état de la liberté de la presse en Hongrie, enjoignant les autorités de l’UE à intervenir. Autour de Viktor Orbán, on clame en revanche chercher à mettre en place un statu quo pour en finir avec une presse très majoritairement hostile au gouvernement et au conservatisme, et on rappelle la domination des médias libéraux de gauche depuis le changement de régime il y a trente ans.

Qu’en est-il vraiment de la situation des médias en Hongrie ? Comment en est-on arrivé à cette situation ? Quelle est la place des fameux « oligarques » dans l’évolution de la situation de la presse en Hongrie ? Rappel historique et tour d’horizon pour comprendre la situation de la presse en Hongrie.

Un vieux pays, une jeune démocratie, et une guerre des médias permanente

La Hongrie est un des plus vieux États d’Europe. Devenue puissance mineure à la fin du Moyen-Âge avec l’invasion ottomane, la Hongrie a été sous la coupe des Habsbourg jusqu’à la fin de la première Guerre mondiale. Au XIXe siècle, sous l’impulsion des intellectuels, des libéraux et de la franc-maçonnerie, la presse, comme ailleurs en Europe, s’érige petit à petit en nouveau pouvoir, servant notamment de porte-voix aux idées progressistes, révolutionnaires et hostiles au pouvoir monarchique.

À l’issue de la 1e Guerre mondiale, la Hongrie est détachée des Habsbourg, perd les deux-tiers de son territoire et plus de la moitié de sa population avec le traité de Trianon (1920) et devient une monarchie parlementaire indépendante, sous la régence de l’amiral Horthy. Durant cette période, la presse est, comme ailleurs en Europe, surveillée et contrôlée. Toutefois, la liberté d’expression est relativement importante quand il s’agit de critiquer le gouvernement.

Suite à la 2e Guerre mondiale, les soviétiques font main basse sur le pays. À partir de 1948, un régime à parti unique est imposé, et jusqu’à 1956, la presse sera totalement aux ordres du Parti communiste. Après la révolte d’octobre 1956, la déstalinisation de la Hongrie et la négociation des élites locales avec Moscou permettent la mise en place par János Kádár du « socialisme du gulyás », faisant de la Hongrie « la baraque la plus gaie du camp ». Petit à petit, la parole se libère et de plus en plus de publications interdites sont de facto tolérées, tandis que certains artistes servent de soupape pour l’opinion publique en pratiquant un humour corrosif vis-à-vis du pouvoir, sur scène, à la télévision ou encore dans des films. La presse – papier, télévisée et radiophonique – reste toutefois sous contrôle de l’appareil d’État et est alignée sur la ligne du Parti.

Du communisme à une presse de propriété privée

Au changement de régime, d’un système de contrôle complet de la presse dominante, la Hongrie passe alors à une presse organisée autour de propriétaires. Cependant, le changement de régime se fait progressivement. Au début des années 1990, le premier gouvernement démocratique de Hongrie, le gouvernement de centre-droit de József Antall, mène la « première guerre des médias ». Le bras de fer entre la presse et le gouvernement fait son entrée dans la vie politique hongroise, et Antall essaye de s’assurer le soutien de certains médias en les faisant bénéficier d’annonces gouvernementales sponsorisées – notamment en s’investissant dans la privatisation de Új Magyarország, Pesti Hírlap, et du grand quotidien de référence Magyar Nemzet. Mais Antall essaye surtout de reprendre le contrôle des médias de service public. La loi de 1974 étant toujours en vigueur – permettant au gouvernement de contrôler le service public –, et le moratoire du dernier gouvernement communiste sur l’autorisation de créer de nouveaux médias commerciaux (en fait, d’attribuer de nouvelles fréquences) étant en vigueur jusqu’à ce que les deux tiers du parlement ne votent une loi pour changer la règlementation. Mais il faudra attendre 1995 pour qu’enfin les députés arrivent à s’entendre sur une loi sur les médias. Entre temps, le gouvernement Antall aura eu à faire face à une désobéissance et un chaos dans le service public qu’il n’aura pas réussi à contrôler du fait de l’opposition des libéraux. En 1996, une loi prévoit que les médias publics soient dirigés par un collège composé de représentants des partis parlementaires, mettant à égalité partis de gouvernement et opposition.

Suite à la nouvelle loi de 1995, des appels d’offre sont lancés. Comme dans d’autres secteurs, les investisseurs étrangers raflent la mise. En 1997 sont lancées d’une part RTL Klub, et d’autre part, TV2, qui outre les nombreuses émissions de téléréalité, les films et autres émissions de divertissement, proposent chaque soir un journal télévisé avec une orientation politique libérale de gauche. Les deux chaînes deviennent rapidement les plus regardées de Hongrie, en particulier leurs journaux qui dominent depuis une vingtaine d’années leurs concurrents. RTL Klub appartient à 80% à la branche Europe centrale et orientale du groupe allemand RTL (RTL Group Central & Eastern Europe GmbH) et à 20% par KOS Beteiligungs- und Verwaltungs GmbH. TV2 est également à son lancement entre des mains allemandes, étant la propriété de ProSiebenSat.1 Media SE.

L’entrée en scène de Viktor Orbán

En parallèle, un jeune homme politique s’impose de plus en plus sur la scène nationale : M. Viktor Orbán se fait connaître sous le communisme, réclamant en juin 1989 le départ des troupes soviétiques de Hongrie devant 200 000 personnes et en direct à la télévision. Il est alors un jeune libéral mu par l’anti-communisme. De ce fait, il bénéficie du soutien des réseaux américains, notamment en obtenant une bourse liée à M. George Soros. Il abandonnera cette bourse et son semestre à Oxford pour cause de changement de régime dans son pays et se lancera ensuite en politique.

Mais M. Viktor Orbán rompt avec les réseaux Soros en 1992, n’acceptant pas certaines ingérences dans la politique nationale du fameux milliardaire américain originaire de Hongrie. Dès lors, il n’est plus l’enfant prodige de la politique hongroise, mais devient un conservateur dont il faut se méfier : la presse internationale commence à changer de discours sur le personnage.

En 1998, M. Viktor Orbán devient Premier ministre après que son parti, le Fidesz, gagne les élections. Il est alors confronté à un durcissement des médias à l’égard de son gouvernement conservateur et décide de favoriser des médias de droite pour chercher l’équilibre des forces dans les médias très majoritairement de gauche et libéraux. « Le changement de rapport de force dans les médias va commencer. […] Il faut des changements qui garantissent l’accès à une information fiable et équilibrée dans ce nouveau monde. […] Il faut créer les conditions pour que les deux conceptions du monde puissent être représentées équitablement dans la presse, » déclare M. Viktor Orbán le 27 septembre 1998, quelques mois après être devenu le plus jeune dirigeant européen. Des journalistes et des auteurs sympathisants bénéficient d’une meilleure publicité, mais c’est suite à l’incapacité de l’opposition de s’entendre pour nommer ses représentants au collège directeur des médias de service public que le Fidesz fait de facto main basse sur la direction de ces derniers. Durant l’année 1999 le collège est donc privé de membres de l’opposition. Un peu plus tard la même année, le même scénario se répètera pour la chaîne Duna TV (chaîne du service public pour les Hongrois de l’étranger) et pour la radio.

L’affaire arrive devant la cour constitutionnelle qui statue que cette situation est un moindre mal par rapport à l’absence totale de collège directeur. À la fin de l’année 1999, les médias de service public parlent très majoritairement, et de manière positive, des actions du gouvernement.

Mais le gouvernement Orbán I essaye aussi de rééquilibrer la donne au niveau des quotidiens, marquant ainsi le début de la « deuxième guerre des médias ». C’est notamment la tentative de rachat du très libéral Magyar Hírlap en 1998 qui permet aux éditorialistes de droite de pointer du doigt la collusion entre les socialistes, les libéraux et la presse écrite, alors que les représentants du MSZP (socialistes) et du SZDSZ (libéraux) montent au créneau de façon ostensible pour empêcher l’opération.

Le gouvernement pousse alors le Magyar Nemzet à fusionner avec des journaux non politiques pour augmenter son lectorat, tandis qu’une fondation bénéficie de subventions publiques importantes pour financer le Heti Válasz, hebdomadaire libéral-conservateur, destiné à servir de réponse au magazine également hebdomadaire et libéral de gauche HVG.

L’hebdomadaire Magyar Narancs, devenu critique du gouvernement, voit ses dotations de la part du Fidesz arrêtées – le média avait pourtant été créé par le Fidesz en 1989.

En 2002, l’IPI pointe du doigt la Hongrie d’Orbán en déclarant que la liberté de la presse s’y est dégradée fortement.

2002 les libéraux-socialistes gagnent les élections

La même année, menant une campagne axée sur un bilan positif, le Fidesz perd les élections face aux libéraux-socialistes qui ont mené, notamment dans les médias, une campagne de « black PR », autrement dit, de dénigrement. M. Orbán et le Fidesz pensaient gagner et le renvoi inattendu dans l’opposition secoue le parti. M. Orbán perd la confiance d’une partie importante de son électorat, et certains annoncent même sa mort politique. Pendant ce temps, les libéraux-socialistes revenus au pouvoir remplacent tous les dirigeants de médias publics par des personnes qui leur sont favorables. Le Premier ministre socialiste M. Péter Medgyessy met en place un changement du financement des médias de service public, les rendant plus dépendant du gouvernement. Cette réforme ne fait de bruit ni en Hongrie ni à l’étranger.

En 2004 et 2005, plusieurs dossiers sortent, prouvant que le conseiller de campagne du MSZP, un américain, discute avec les dirigeants de la télévision publique et de l’agence de presse nationale MTI du fait que les messages du gouvernement « ne passent pas assez bien auprès de la population ».

C’est dans ce contexte que M. Viktor Orbán déclare qu’il aimerait que la télévision publique hongroise soit similaire à celle d’Italie, c’est-à-dire qu’il y ait « une télévision de droite et une de gauche ». Ce projet n’ayant pas pu voir le jour, c’est ainsi que le trésorier et ami de longue date de M. Viktor Orbán, M. Lajos Simicska, homme d’affaires accompli, est poussé à créer une chaîne d’information continue acquise au Fidesz, s’inspirant de CNN et de la BBC, dans le but d’obtenir enfin un média ami et un soutien lors des campagnes à venir. C’est le lancement de Hír TV en 2003. Puis suivent la Magyar Katolikus Rádió en 2005 (dont le lancement prévu en 1996 a été retardé par les gouvernements socialistes) et la radio Lánchíd Rádió en 2007. Plus important encore, c’est la réussite après des années de lutte du rachat du Magyar Hírlap en 2006, ainsi que d’Echo TV, chaîne secondaire du câble.

Pendant 8 années, M. Orbán et le Fidesz sont dans l’opposition et tentent de consolider leurs outils de communication pour contrer la domination écrasante de la gauche libérale. Les événements de l’automne 2006 – émeutes suite à la diffusion de propos polémiques du Premier ministre libéral-socialiste Ferenc Gyurcsány – servent de tremplin au Fidesz qui gagnera toutes les élections générales jusqu’à ce jour (début 2020).

2010 retour au pouvoir d’Orbán

En 2010, le Fidesz revient au pouvoir triomphalement, obtenant même la majorité constitutionnelle au parlement. La société hongroise est traumatisée par la gestion désastreuse du pays de la part des gouvernements libéraux-socialistes qui ont poussé le pays au bord de la faillite en 2006 et en 2008, imposant des politiques d’austérité très dures et une inflation importante. Chez les électeurs du Fidesz et des nationalistes durs du Jobbik, le mot d’ordre est « plus jamais la gauche ».

Petit à petit les cadres post-communistes, socialistes et libéraux, sont écartés en grande partie des organismes gouvernementaux. Mais surtout, c’est le début d’une nouvelle offensive dans le monde des médias. Si certains débattent encore pour savoir s’il s’agit de la poursuite de la « deuxième guerre des médias » ou s’il s’agit bel et bien de la troisième du nom, le fait est que depuis 2010, l’homme fort de Budapest s’implique bien plus efficacement dans sa lutte médiatique.

La construction d’un mythe : « La liberté de la presse n’existe plus en Hongrie »

En 2010, le gouvernement conservateur lance une réforme du service public audiovisuel, et en écho aux dirigeants libéraux-socialistes de la période 2002-2010, remplacent à son tour la direction des médias publics par des personnes favorables à sa ligne. Le Fidesz fait passer une loi sur les médias, pour le moins controversée en Hongrie et à l’étranger. Chantier prioritaire du gouvernement Orbán II, cette loi sur les médias impose aux journalistes de révéler leurs sources aux autorités en cas de question de sécurité nationale, et les menace d’amendes colossales en cas de désinformation – ce qui est assez flou et donc permet une interprétation très libre de ce que cela signifie. Toutefois, cet aspect de la loi n’a pas été utilisé hormis pour des erreurs factuelles reconnues par la justice. La loi prévoit la création d’une Autorité nationale des médias (NMHH) – équivalent du CSA français – doté de membres pro-Fidesz et nommés pour neuf ans, régule la publicité, mais surtout, réorganise en profondeur le service public d’information.

Les quatre médias liés au service public (Magyar Rádió – radio hongroise –, MTV – télévision publique nationale –, Duna Televízió – télévision publique pour les Hongrois de l’étranger – et MTI, l’agence de presse nationale) sont restructurés, environ un millier d’employés sont licenciés et une nouvelle direction proche du gouvernement est nommée. Un fond public à but non lucratif est créé pour gérer le service public médiatique, MTVAMédiaszolgáltatás-támogató és Vagyonkezelő Alap, Fond de gestion de biens et de soutien au service audiovisuel –, avec à sa tête Csaba Fazekas, ancien directeur de Hír TV.

L’opposition de gauche libérale et les médias de même tendance organisent une grande opération de communication contre cette réforme d’Orbán qui fait basculer les médias publics du côté conservateur. Le quotidien de gauche radicale Népszabadság, début 2011, publie une « Une » choc : « La liberté de la presse n’existe plus en Hongrie », peut-on y lire dans toutes les langues officielles de l’Union européenne. Hillary Clinton appelle ses « amis hongrois » à réviser la Constitution, Guy Verhofstadt juge inacceptable cette nouvelle loi tandis que Daniel Cohn-Bendit estime qu’il s’agit « d’une mise sous tutelle de la presse intolérable pour un pays membre de l’UE. Cette nouvelle loi, clairement répressive, est en contradiction totale avec le traité européen, la Charte des droits fondamentaux et la Convention européenne des droits de l’Homme ».

L’OSCE, l’Allemagne, et d’autres organismes font état de leur inquiétude. Toutefois, après enquête, la Commission européenne ne trouve rien à redire.

Orbán gagne du terrain, l’opposition et les médias de gauche se radicalisent

En 2016, M. Viktor Orbán annonce publiquement sa vision : « Il y a quatre secteurs où il est nécessaire que le capital national dépasse le capital international. Il s’agit des médias, des banques, de l’énergie et du commerce de détail ». En tête de liste, les médias. Pour le Premier ministre conservateur, il faut limiter l’influence étrangère dans les médias.

La presse hongroise n’étant pas subventionnée, elle est soumise aux aléas des lois du marché. Et c’est ce que va exploiter le gouvernement hongrois à partir de 2010 pour renforcer son soutien dans la presse.

Comme Antall juste après le changement de régime, M. Orbán va commencer par utiliser les achats d’espaces publicitaires dans les médias pour financer indirectement certains médias. Ainsi, en 2018, le quotidien pro-Fidesz Magyar Idők obtenait 85% de ses fonds à travers les annonces gouvernementales – communications officielles du gouvernement sur les programmes gouvernementaux ou campagnes de consultations nationales. Une manne qui toutefois profite aussi à des médias hostiles tel que le quotidien politique de gauche libérale Népszava qui estime que malgré un financement assuré à majorité par son lectorat, ce soutien gouvernemental indirect pousse à l’auto-censure. Pendant ce temps, de grandes figures du journalisme conservateur, István Lovas en tête – dissident du communisme, ancien collaborateur à Radio Free Europe, diplômé de Sciences Po Paris et spécialiste des questions internationales – publient tribune sur tribune pour dénoncer l’auto-censure des conservateurs, soumis aux tabous libéraux et au politiquement correct de gauche.

Quant à la presse papier, son déclin n’est pas propre à la Hongrie en ce début de siècle. Une occasion saisie par le Fidesz pour dominer ce marché encore stratégique pour atteindre certaines couches de la population : le gouvernement hongrois met en place petit à petit une stratégie visant à contrôler toute la PQR hongroise, mais également de nombreux médias locaux gratuits. Dans son viseur, les retraités et le monde rural.

6 février 2015, le « Jour G »

Mais vient le 6 février 2015, le « jour G ». M. Lajos Simicska, fidèle soutien oligarchique de M. Viktor Orbán, déclare la guerre par voie de presse à son ami de jeunesse et actuel Premier ministre. Le conflit a des origines obscures qui remontent à 2014 : la théorie la plus réaliste estime qu’une modification de loi voulue par le gouvernement sur les taux d’imposition des publicités serait la cause du conflit. Suite à cela, M. Lajos Simicska, d’habitude très discret, donne une série d’entretiens aux médias d’opposition, disant partout une phrase clef d’une vulgarité marquante – et qui donnera le ton pour les années suivantes. « Orbán Viktor egy geci », déclare partout M. Simicska, « geci » signifiant littéralement « foutre » en français, mais une traduction adéquate lui préfèrerait le non moins vulgaire « enculé ». C’est le « jour G » – G pour geci – qui marque un nouveau tournant dans la politique et l’histoire médiatique hongroise.

Dès lors, M. Simicska déclare une « guerre médiatique totale » à Viktor Orbán. Les collaborateurs pro-Fidesz de Hír TV sont licenciés sans sommation. M. Simicska fait également changer la ligne éditoriale d’autres médias importants de la droite depuis 2002 : Lánchíd Rádió, Heti Válasz et le prestigieux Magyar Nemzet deviennent sous peu très critiques du gouvernement. Il se rapproche enfin du parti de droite radicale en cours de dédiabolisation, le Jobbik, et leur offre une visibilité inédite dans la presse dans le but de vaincre le Fidesz en 2018.

Arrivée de Lőrinc Mészáros

Le Fidesz se retrouve dans une situation délicate, ayant perdu ses vaisseaux amiraux – à l’exception des médias publics. Cela va durcir l’application de la stratégie de M. Orbán. Il favorise – toujours légalement – le maire de son village, M. Lőrinc Mészáros, pour en faire un nouvel oligarque de confiance. Entrepreneur et réparateur de système de gaz, ce dernier connaît un enrichissement fulgurant en remportant des appels d’offres importants, dès 2010 mais en particulier à partir de 2017. Il devient en 2019 l’homme le plus riche de Hongrie – et le premier milliardaire (en euros) du pays. Forbes le classe alors en 2057e position des grandes fortunes mondiales.

En 2016, la société Mediaworks Kft., propriétaire du journal d’extrême-gauche en chute libre Népszabadság, est rachetée par Opimus Prime Zrt., a priori liée à M. Mészáros. Quoiqu’il en soit, le journal est liquidé – son lectorat avait chuté de 460 000 tirages quotidiens en 1989 à 37 000 en 2016 – et cela est considéré par l’opposition comme une mesure politique de la part du Fidesz contre « la presse indépendante ».

Lőrinc Mészáros va petit à petit reconstituer un soutien médiatique pour le Fidesz. L’aboutissement de cette stratégie prend corps avec la création d’une holding du nom de KESMA (Közép-Európai Sajtó és Média Alapítvány, Fondation Média et Presse d’Europe Centrale) à l’été 2018, pour une valeur estimée à 88 millions d’euros. Ce géant médiatique – à échelle hongroise – réunit aussi bien de la presse papier que des télévisions, des radios ou encore des sites internet pure-players, et se veut une réponse nationale (la fondation est déclarée d’intérêt stratégique par le gouvernement) aux groupes médiatiques tels que Bertelsmann (RTL) ou The Scott Trust Limited (The Guardian) ou encore FAZIT-Stifung Gemeinnützige Verlagsgesellschaft mbH. Outre la PQR et grand nombre de journaux gratuits, la KESMA rassemble également Hír TV ou encore origo.hu, racheté à Deutsche Telekom et transformé en média pro-gouvernemental en 2015. En 2015 également, Andi Vajna, producteur – notamment de Terminator – proche du Fidesz, rachète TV2. Les changements de ligne sont plus discrets, toutefois en 2017, 42% des téléspectateurs considèrent que la chaîne est favorable au Fidesz.

Durcissement de l’opposition de gauche

Durant cette période, poussés notamment par M. Simicska et encouragés dans leur démarche de front commun et de guerre totale contre le Fidesz par l’activiste serbe Srđa Popović – en visite à Budapest en 2017 –, l’opposition et les médias de gauche durcissent le ton et conformément au vœu de M. Lajos Simicska, mènent une guerre sans précédent au gouvernement. Le ton se durcit, et la loi hongroise étant permissive, les accusations infondées sont légion, ainsi que les campagnes diffamatoires – de part et d’autre. Les attaques ad hominem, les fake news et la diffusion de rumeurs parfois fumeuses et insultantes se multiplient aussi bien dans les médias d’opposition que dans ceux pro-Fidesz. Origo devient un des médias pro-Fidesz les plus souvent condamné en justice à effectuer des rectifications et payer des amendes, tandis qu’Index, HVG, 24.hu et 444 côté anti-gouvernement, sont les principaux condamnés.

En parallèle d’une narration construite autour de « la dictature », « la corruption » et « la fin de la liberté de la presse » – annoncée de nouveau en 2018 et en 2019 – les médias d’opposition se qualifient avec insistance de « médias indépendants », par opposition aux médias ostensiblement en faveur du gouvernement conservateur – créant sciemment un amalgame entre « indépendant » et « hostile au gouvernement ». Toutefois, alors que le Fidesz a pris le contrôle d’un certain nombre de médias et a organisé un petit empire médiatique – KESMA rassemble environ 500 titres de presse – les médias d’opposition perdent petit à petit de plus en plus tout semblant d’impartialité. Les hommes politiques, en particulier durant la campagne électorale qui dure presque un an et demi, boycottent presque systématiquement les médias « de l’autre bord ». Un boycott réciproque, amenant à mettre en place une guerre de tranchées avec deux bords politiques et deux armées médiatiques.

En avril 2018, le Fidesz gagne de nouveau les élections avec, pour la troisième fois consécutive, une majorité constitutionnelle. M. Lajos Simicska jette l’éponge, abandonne la plupart de ses affaires et de ses médias. Les cercles proches du Fidesz rachètent tout ce qu’ils peuvent : Hír TV est rachetée et absorbe Echo TV, et dans une volonté évidente de vengeance, une purge inverse a lieu dans le personnel de Hír TV. Magyar Nemzet s’arrête brusquement trois jours après les élections du fait de l’abandon par son propriétaire. Le 6 février (jour anniversaire du « jour G ») 2019, le Magyar Nemzet est relancé avec à sa tête l’ancien rédacteur en chef limogé pour raison politiques par M. Lajos Simicska en 2015. Le journal recycle le quotidien Magyar Idők en reprenant le nom du prestigieux quotidien historique. Lánchíd Rádió est arrêtée. Heti Válasz s’arrête également, deux mois après les élections. L’hystérie anti-Orbán propagée avec des méthodes d’agit-prop laisse place à une période de flottement pour l’opposition, alors que le Fidesz est grisé par une victoire qu’il n’espérait pas aussi importante.

La construction à l’étranger d’une narration unilatérale et hostile

La recherche d’appuis extérieurs pour les forces libérales de Hongrie n’est pas nouvelle. Dès 1992, Orbán, refusant des demandes de George Soros, devient suspect dans la presse internationale après en avoir été le chouchou.

Les rapports inquiets d’institutions, d’ONG et d’organismes liés à la galaxie Soros, à la CIA ou encore à l’Allemagne sont légion, surtout en matière de « liberté de la presse ». Face à l’habileté politique et au soutien populaire de M. Viktor Orbán, les réseaux libéraux tentent de faire pression de l’extérieur. Ils sont pour cela aidés par de nombreux relais étrangers : les presses allemande, française, britannique, américaine et autres se font les relais de quelques journalistes et activistes spécialisés dans la communication vers l’international.

Les différents correspondants et fixeurs présents en Hongrie sont peu nombreux et constamment sollicités, tout comme les experts et penseurs favoris de la presse occidentale, toute entière hostile au gouvernement de M. Viktor Orbán. En langue française, ce sont les journalistes radicalement de gauche libérale tels que Florence la Bruyère ou Joël Le Pavous qui sont les principaux contacts et sources d’information pour leurs collègues de métropole. Mais on peut encore citer le pure-player indépendant de gauche du Courrier d’Europe centrale, proche de Médiapart, dont les principaux auteurs sont également sollicités par leurs confrères francophones de même tendance politique.

La plupart des médias en langue étrangère traitant de la Hongrie sont ainsi hostiles au gouvernement. Côté Fidesz, la réaction est tardive et centralisée, très marquée par l’emprunte gouvernementale : About Hungary et Hungary Today sont deux médias gérés par le gouvernement hongrois. En langue française, seul le pure-player indépendant Visegrád Post, proche du groupe Libertés, peut être classé comme pro-gouvernemental.

État des lieux concret

Selon le site de l’ONG Mérték soutenue principalement par l’Open Society Foundations, la part des médias de service public, du KESMA et des autres médias pro-gouvernementaux représente 77,8% du capital médiatique, les médias « indépendants » – comprendre, d’opposition – représentant 22,2% du capital médiatique (en 2017). Des chiffres incertains qui interrogent sur le rapport de force médiatique en Hongrie.

Mais les données mises en avant par l’institut Nézőpont, proche quant à lui du gouvernement, permettent d’en relativiser l’importance. Nézőpont dévoile fin 2018 la portée, en termes d’audience absolue, des médias pro- et anti-gouvernement pour l’année 2018.

Comparaison des capacités d’audience des médias :

  • Anti-gouvernementaux : 4 440 630
  • Pro-gouvernementaux : 3 092 527 (dont KESMA : 2 232 062)

Par catégorie de média :

  • TV : 54% anti, 46% pro
  • Radio : 53% anti, 47% pro
  • Papier : 28% anti, 72% pro
  • Internet : 71% anti, 29% pro

Au total, la répartition des audiences en général est la suivante : 59% d’audience pour les médias anti-gouvernementaux et 41% d’audience pour les médias pro-gouvernementaux fin 2018. Avec de possibles erreurs de calcul à la marge, des chiffres qui semblent proches d’un 50/50.

Tout cela s’accompagne d’une assez grande vitalité de la presse et nombreux sont les nouveaux médias à se lancer ces dernières années. Nous pourrions citer en guise d’exemple le nouveau journal papier hebdomadaire Magyar Hang, fondé par les libéraux orphelins du Magyar Nemzet arrêté en 2018 ; Azonnali, site libéral de gauche et indépendant qui cherche à se démarquer des autres sites libéraux par son travail de recherche, des reportages, et une plus grande impartialité ; Neo-Kohn, média pro-israélien, libéral de droite ; Válasz online, héritier indépendant du défunt Heti Válasz, site libéral centriste et hostile au gouvernement ; mais aussi Vadhajtások, média indépendant d’information dans un style décalé, populaire et souvent vulgaire, animé par des ultras de foot pro-Orbán, qui font du « trollage » vidéo dans des événements de gauche et qui participent à diffuser en Hongrie des informations du type « Fdesouche ».

Sur internet

En ligne, un tour d’horizon rapide donne une bonne idée des rapports de force. En novembre 2019, la répartition des principaux médias politiques en ligne parmi les 50 sites les plus consultés est la suivante :

Pro-gouvernement

Anti-gouvernement
Position Nom Visiteurs uniques par jour Position Nom Visiteurs uniques par jour
4e Origo.hu 710 000 1e Index.hu 843 849
24e Borsonline.hu * 195 253 2e Blikk.hu * 733 068
44e Tv2.hu * 99 829 3e 24.hu 727 751
      6e Hvg.hu 460 160
      10e 444.hu 368 135
      18e Napi.hu 238 646
      26e Atv.hu * 161 501
      41e Rtl.hu * 103 788
      50e Rtlmost.hu * 91 752

* Ces sites ne sont pas majoritairement concentrés sur la politique, mais traitent régulièrement de questions politiques.

Conclusion : méthodes lourdes côté Orbán, militantisme masqué de l’autre

Comme nous l’avons vu, la situation médiatique en Hongrie est plus complexe que ce qu’il nous est en général donné à croire. La liberté d’expression est réelle en Hongrie, et même moins contrainte qu’en France. Cependant le champ médiatique hongrois est polarisé par deux forces très hostiles l’une par rapport à l’autre et qui sont dans une lutte acharnée d’influence.

D’une part, le pôle dominant sans discontinu depuis trente ans, le pôle libéral de gauche, aligné sur les médias principaux des pays occidentaux, promoteur de la société ouverte et de l’économie néolibérale. Accusant une perte progressive de son influence à l’échelle nationale sous les gouvernements successifs du Premier ministre Viktor Orbán depuis 2010, subissant l’absence de soutient étatique localement, la presse libérale joue un rôle auto-attribué de contre-pouvoir à Viktor Orbán et à son « régime », pour reprendra la terminologie employée. Bénéficiant de nombreux soutiens dans les milieux politiques, culturels et académiques occidentaux, dans les institutions internationales et étant la source d’information et d’opinion des médias occidentaux, le camp des médias libéraux hongrois a comme points forts la télévision, la radio et surtout les médias en ligne où ils dominent sans conteste. Leur public cible : les élites de centre-ville mondialisées, les cadres et les urbains employés du tertiaire, les étudiants et une petite partie des classes défavorisées.

D’autre part, bien que se renforçant d’année en année, le bloc médiatique pro-gouvernement a du mal à rattraper son retard, malgré le suivi d’une stratégie âgée de plus de vingt ans et mise en place en continu depuis 2010. Profitant des changements profonds du marché de la presse écrite, le camp « illibéral » de M. Viktor Orbán a su s’imposer massivement dans la PQR, les médias gratuits et la presse papier en général, où il domine avec 72% du lectorat acquis. Son cœur de cible : les populations rurales, les artisans et indépendants, les retraités, et la classe moyenne, ainsi qu’une grande partie des classes défavorisées.

La stratégie du Fidesz s’inscrit dans une logique de renforcement du vote populaire et rural, par opposition aux médias libéraux qui se focalisent sur les urbains et les jeunes, d’où leur surreprésentation sur internet, où les forces pro-gouvernementales n’ont pas su trouver la formule pour mettre à mal la domination écrasante des médias d’opposition. Autre différence de l’ordre de la philosophie politique et énoncé clairement en décembre 2019 par le chargé de communication internationale du gouvernement hongrois Zoltán Kovács : la presse n’a pas pour mission de contrôler le pouvoir, et les journalistes « indépendants » sont des activistes politiques.

Des médias étrangers hostiles

Autre élément important mais impossible à mesurer : l’influence de part et d’autre dans les médias étrangers. Ne bénéficiant d’aucun relais officiel type agence de presse (la tentative de monter une agence de presse internationale nommée V4NA – propriété de proches du gouvernement et de Mediaworks – ayant échoué à l’heure actuelle) et n’ayant pas d’influenceurs sous contrôle en dehors de la magyarophonie, le gouvernement hongrois est dans les médias occidentaux mainstream en situation de faiblesse et semble incapable d’inverser la tendance, vraisemblablement par manque de connaissance des mécanismes d’influence occidentaux.

Cette absence de connaissance de mécanismes d’influence et de communication contemporaines est par ailleurs une des principales failles du « système médiatique d’Orbán ». La verticalité et la rigidité du bloc médiatique orbanien, cristallisé par la taille modeste du pays – et donc carencé en éléments utiles et doués –, la crainte de nouvelles trahisons, et un complexe d’infériorité par rapport aux socio-libéraux poussent l’exécutif hongrois à vouloir tout surveiller et piloter. Le site pro-gouvernemental mais relativement indépendant Pesti Srácok qualifie de « commando perroquet », la propension des médias pro-gouvernementaux à répéter en boucle la même chose et appliquer fâcheusement le copié-collé. Une démarche qui évoque d’anciennes techniques de communication – d’une époque où on appelait cela de la propagande, avant que le terme ne revête une connotation péjorative.

La communication forcée, répétitive, en somme, le martelage de certains messages de communication (notamment sur les migrants, sur Bruxelles ou encore sur George Soros) ont épuisé le soutien d’une partie de l’intelligentsia de droite et ne permettent pas ou peu de gagner de nouveaux lecteurs/spectateurs/électeurs.

Un changement semble toutefois survenir dans cette guerre de tranchée initiée par l’ambition de Viktor Orbán de ne pas abandonner à jamais les médias aux libéraux. Suite aux élections municipales et régionales d’octobre 2019, à l’issue desquelles l’opposition a gagné 10 des 23 principales villes, mais surtout, la capitale, Budapest, le Fidesz s’est remis en cause. Et de façon publique, à travers ses influenceurs dans divers articles et émissions, reconnaissant avoir été maladroits et excessifs dans la forme. En parallèle, les nouveaux maires d’arrondissement ou de communes qui font partie de la coalition de l’opposition unie (contre le Fidesz) ont déjà pris des mesures restrictives ou menacé des journaux pro-gouvernement distribués localement. L’année 2020 commence d’ailleurs fort avec la réponse d’Orbán à un journaliste d’Index.hu durant la séance annuelle de questions-réponses sans filtre avec la presse. Alors que ce dernier l’interrogeait sur la domination de la presse pro-Orbán, le Premier ministre hongrois a fait remarquer que les médias opposés au gouvernement étaient une fois de plus très majoritaires : « si là, soudain, nous faisions un vote pour savoir si ce gouvernement doit poursuivre son travail ou pas, alors je perdrais l’élection à 20 contre 80% ».

Liberté d’expression réelle mais dégradation de la qualité

La situation de la presse en Hongrie n’est donc pas inquiétante du point de vue de la liberté d’expression ou de la liberté de la presse. Peu de pays peuvent se targuer d’avoir deux pôles opposés capable de s’affronter au sein d’un État de droit. Peu de pays peuvent aussi se vanter d’avoir une presse si vivace et aussi lue. En revanche, la dégradation progressive de la qualité – HVG en étant l’exemple le plus désolant – des médias est une vraie source d’inquiétude. Mais là aussi, il ne s’agit pas d’un mal purement hongrois : la presse, contaminée par le culte internet de l’immédiateté et l’obsession de tout traiter, accuse une dégradation de sa qualité générale, quel que soit le camp. Sensationnalisme, traitement superficiel et précipité, catastrophisme, exagérations, reprises d’éléments d’ingénierie sociale, attaques ad hominem, prolifération des papiers d’opinion et banalisation des insultes : voilà le vrai danger qui guette la presse hongroise.

Une situation à suivre bientôt d’encore plus près grâce à l’Observatoire hongrois du journalisme pour ceux qui maîtrisent la langue.

 

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