Karl Marx, le faux prophète du capitalisme

Le capitalisme n’existe pas et n’a jamais existé. Ce n’est qu’un mythe dans la longue liste des légendes inventées par Marx, dont on célèbre l’anniversaire ce mois-ci.

Par Olivier Maurice

Karl Marx est né il y a 200 ans, le 5 mai 1818. À 49 ans, le 14 septembre 1867, il  donne naissance au capitalisme. Avant, on parlait d’économie, de commerce, de monnaie de transformation et d’exploitation des ressources. On parlait aussi de politique, mais c’était autre chose.

Le 14 septembre 1867 paraît Das Kapital et l’économie devient politique, la politique devient économique.

Le terme capitalisme existait, mais dans un tout autre sens. Ce sont Marx puis Engels qui donnèrent corps à ce mot en parlant de « système de production capitaliste », système que Marx décrivit en détail dans ce qu’il considérait comme l’œuvre de sa vie : la vision dialectique et matérialiste du monde et de son avenir.

Comme quasiment tous les athées de cette époque, Marx se prenait pour un prophète qui pensait réinventer le monde par la raison pure, nettoyée de tout précepte moral ou religieux.

Das Kapital se veut scientifique, expurgé du fétichisme qui selon Marx permet à la classe bourgeoise de maintenir son emprise sur le Peuple. En fait, le modèle économique décrit par Marx et qui a grandement influencé le XX° siècle est tout aussi symbolique que les travers qu’il dénonce. Il est entièrement fondé sur des dogmes qu’il est facile de confondre avec des vérités scientifiques, car ils font parfaitement écho avec les mythes occidentaux provenant de la tradition judéo-chrétienne.

Afin de couper court aux critiques et de revendiquer l’entière paternité de son modèle, Marx et ses successeurs n’ont eu de cesse de brandir, en parfaits inquisiteurs, la pureté de leur athéisme et le rationalisme, afin de discréditer par tous les moyens la religion et surtout la morale qu’ils ne cessent de manier.

Le mythe du capital et de la valeur marchande

La notion de capital se réfère à la propriété d’une chose permettant de produire de la marchandise et qui est donc une source de richesse. Typiquement, un champ ou un atelier est un capital, car il permet de produire quelque chose qui a une valeur marchande. Pour Marx, toute marchandise, tout produit du capital, a intrinsèquement une valeur parce qu’il est le fruit du travail et qu’il a une utilité.

Le petit souci vient du « intrinsèquement » : rien n’a de valeur intrinsèque. Déplacez votre champ ou votre atelier sur une île déserte au milieu du Pacifique et la valeur produite disparaît : votre capital ne produira jamais aucune valeur marchande, quel que soit le travail fourni et l’utilité que sa production puisse avoir.

En fait, la valeur marchande n’existe pas : la valeur est le fruit d’un dialogue qui s’opère lors d’un échange et qui permet aux deux parties de se mettre d’accord. Les seules valeurs qui existent « intrinsèquement » sont les valeurs morales : un meurtre est un meurtre, quelles que soient les circonstances ou les raisons. Ne pas croire que cela est un meurtre n’y changera rien. Alors que la valeur marchande n’a de vérité que lors de l’échange et de la croyance en la justesse de la transaction. En dehors de celle-ci, la valeur n’est qu’une estimation, un vœu, une spéculation

Lorsque vous regardez un champ de blé, vous pouvez croire qu’il s’agit d’un capital qui vous permettra de produire quelque chose de valeur : du blé. Or, cette vision n’est qu’un mirage : vous projetez dans le futur les profits possibles que les récoltes vous permettront de faire. La réalisation marchande dépend en fait de tout un ensemble de choses : de la météo, du travail de la terre, de la qualité des semences, etc… mais surtout de votre capacité à échanger le blé, que ce soit en le troquant ou en le vendant. Ce n’est que lors de l’échange que se concrétisera la valeur marchande. Si vous ne l’échangez pas, votre blé pourrira dans des silos.

La religion marxiste

Toute la logique de Marx est fondée sur cette confusion entre valeur marchande et valeur morale et les exemples sont foison.

Ainsi, pour distinguer la monnaie des autres marchandises, Marx lui associe le fétichisme, la croyance entretenue par la classe bourgeoise d’une nature particulière associée à la monnaie qui différencierait l’or-monnaie de l’or-matériau. Marx reprend ici le mythe du veau d’or, ce qui lui permet de discréditer moralement l’argent, de le rendre impie, sale… Il est clair que d’un point de vue matériel, rien n’indique qu’une pièce d’or ait une valeur monétaire intrinsèque. Mais rien n’indique non plus qu’une pierre ne soit une arme ou un outil, et donc un capital.

Il en est de même pour le travail humain qui est pour Marx la source de toute valeur marchande. Sauf que concrètement, rien ne distingue le travail humain du travail opéré par une machine ou un animal. L’eau puisée manuellement est en tout point identique à l’eau puisée par une éolienne ou un manège de chevaux. En reprenant la tradition juive de l’Exode, de la libération de l’esclavage, Marx construit un autre mythe, celui de la rétribution légitime du travail sur lequel il construit tout son édifice de justice sociale envers les prolétaires, les travailleurs humains.

Marx manie habilement la confusion entre valeur marchande et valeur morale, créant toute une idéologie qui, sous couvert de neutralité scientifique et d’athéisme revendiqué, est en fait une règle morale qui définit ce qui est bien et légitime dans la société. Car c’est ce qu’est en définitive la vision de Marx : un jugement définitif et implacable qui détermine qui sont les gentils opprimés (les prolétaires) et les méchants oppresseurs (les bourgeois), les valeurs nobles (le travail) et les vices impies (l’argent, le profit, le capital).

Capitalisme et libéralisme économique

C’est pour cela qu’il est si épuisant de discuter avec un marxiste : celui-ci refusera par principe de reconnaître qu’il est en fait un fanatique religieux qui croit en des mythes qui pour lui sont des vérités universelles.

C’est aussi pour cela que la théorie de Marx est à l’origine des pires nihilismes criminels du 20° siècle, que ce soit le communisme ou le nazisme. La théorie de Marx a fourni une caution scientifique à des théories fumeuses qui n’ont de sens que sur le papier, tant elles sont éloignées de toute réalité. Les dizaines de millions de victimes resteront pour toujours le triste souvenir et la preuve de cette infamie.

D’une certaine façon, le système économique et politique actuel est lui aussi largement inspiré de la vision décrite dans Das Kapital, surtout pour la façon dont l’État considère l’économie : comme un espace marchand qui a un rôle néfaste mais indispensable, un mal nécessaire que l’État se doit par tous les moyens de contrôler et de réguler.

Le capitalisme n’existe pas et n’a jamais existé. Ce n’est qu’un mythe dans la longue liste des légendes inventées par Marx. Le monde est un mélange de capitalisme, de socialisme et de communisme que l’on retrouve à divers endroits. Une famille fonctionne à peu près comme un système communiste pour ce qui est des besoins courants : tout le monde se sert dans le réfrigérateur selon le « à chacun selon ses besoins ». Mais même dans une famille, les choses ne sont pas si tranchées, chacun a son espace de propriété, son indispensable jardin secret.

Le capitalisme n’existe pas, seule existe l’économie basée sur l’échange, l’économie de marché qui peut être plus ou moins régulée, administrée, codifiée, devenant un socialisme plus ou moins envahissant suivant la place que l’État s’arroge. L’économie de marché n’a pas forcément besoin de capital, seules certaines productions particulières ont besoin d’un investissement conséquent et cet investissement est loin d’être la condition suffisante : sans clients, sans marché, aucune activité ne peut subsister.

La vision de Marx est typique de la pensée de ce XIX° siècle fasciné par les machines. Marx a tenté de décrire l’économie comme une machine à produire et à consommer, refusant totalement de la considérer simplement comme ce qu’elle est : un ensemble en perpétuel mouvement d’humains connectés entre eux et qui échangent toutes sortes de choses : de la blague gratuite au joyau précieux. Chaque humain, dans toute société comme lorsqu’il se retrouve seul sur une île déserte, n’a de cesse de poursuivre le même but : conserver voire améliorer son niveau de vie actuel et à venir. Le niveau de vie n’est pas l’abondance matérielle, mais une foultitude de facteurs qui permettent aux gens d’envisager le plus sereinement possible le futur et de profiter du présent.

Milton Friedman a décrit en 1957 cette hypothèse dans la théorie du revenu permanent, hypothèse qui contrairement aux affirmations magistrales de Marx se voit confirmer par des études statistiques.

Les gens ne sont pas rationnels, ils ne font pas forcément les bons choix, soit parce qu’ils ne connaissent pas toutes les possibilités, soit simplement parce qu’il existe bien d’autres facteurs qui entrent pour eux en ligne de compte : la confiance, leur passé, leurs goûts, leurs coutumes… Mais ils sont conscients et quand on les laisse libres de leurs choix, ils vont tous dans la même direction : celle de l’auto-préservation et de l’amélioration de leurs conditions de vie.

La production de marchandise n’a de sens économique que parce qu’elle permet aux individus de réaliser leur liberté : elle leur permet de voyager, de se cultiver, de se divertir, d’avoir une vie sociale, de mettre en œuvre de grands projets, de créer, de construire, d’avoir des enfants…

Contrairement à Marx, les libéraux placent réellement l’individu, avec ses forces et ses faiblesses, sa rationalité et ses fantasmes, au centre de l’économie et refusent de voir le monde comme une machine sans âme et en perpétuel conflit.

L’économie est une science empirique qui ne vaut que si ses théories sont corroborées par des chiffres et par la réalité. Le modèle de Marx, capitalisme y compris, a beau être une jolie représentation symbolique qu’il est plaisant de croire, il n’est en fait qu’une suite de dogmes et d’illusions.

Source: https://www.contrepoints.org/2018/05/18/316336-316336

Un commentaire

  1. Posté par SD-Vintage le

    Finalement, le marxisme est une forme de la psychanalyse, autre croyance religieuse.
    Il me semble qu’au Moyen-Ages, l’église catholique avait une théorie du salaire juste qui devait permettre à quelqu’un de vivre dignement.

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