Journal du Jeudi 1er septembre 2016
Politique / Tafta : la suspension gagnante
On nous a vanté les mérites du TAFTA pendant des mois et finalement… plus rien. En début de semaine, nous apprenions que la France avait suspendu les négociations. Bonne nouvelle ou tour de passe-passe électoral ? La réponse avec Floriane Jeannin.
Il devait faciliter les échanges commerciaux entre l’Union Européenne et les Etats-Unis, tout le monde serait gagnant ! Finalement le Traité Transatlantique serait au point mort et ce, parce que les conditions n’étaient pas réunies pour s’accorder, mais cette suspension apparaît bien brouillonne. D’un côté, le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, annonçait que le traité était bel et bien “enterré” faute de fléchissement américain. De l’autre côté, Margaritis Schinas, le porte-parole de la commission européenne, affirme que les accords sont en bonne voie. Alors qui dit vrai ? La réalité, c’est que les 2 personnalités ne poursuivent pas les mêmes objectifs…
Si la Commission œuvre clairement pour trouver un accord, les Allemands sont quant à eux suspendus aux élections législatives de l’an prochain et les débats autour du TAFTA se durcissent depuis plusieurs mois. Les différents côtés de l’échiquier politique faisant office de figure de proue de la contestation. En France, François Hollande, s’il espère une réélection, ne peut supporter un sujet si clivant pour ne pas se couper de son extrême-gauche. Apparaître ainsi comme le président qui s’affirme face aux puissants pour faire cesser les négociations est donc tout bénéfice pour lui. Du côté américain, Donald Trump, fervent opposant au TAFTA dérangeait la candidate des multinationales, Hillary Clinton, ouvertement favorable aux accords… En effet, cette position déplaît à l’aile gauche du parti démocrate, qui soutenait Bernie Sanders… La suspension arrange donc tout le monde en éludant ce douloureux sujet des débats.
Mais la démonstration ne s’arrête pas là. Car le principe même de suspension est à modérer. En sous-main, les discussions sont loin d’être suspendues. En effet, la Commission européenne, dont les représentants ont le pouvoir de décider des accords ont toujours les mains libres et poursuivent leurs discussions dans l’ombre de Bruxelles.
Plus fort encore, le CETA, l’accord entre l’Union Européenne et le Canada, lui, fait son petit bonhomme de chemin. Moins connu par les citoyens, il est également moins redouté, notamment en France. La proximité du Canada par sa langue et son histoire, facilitera sans doute le passage d’accords avec ce pays qui effraie bien moins que le géant américain… Une fois scellé, le CETA sera toutefois un argument de poids pour faire revenir en grande pompe le TAFTA, arguant que son petit frère a prouvé qu’il était une avancée positive. Pourtant, le CETA n’apparaît pas plus positif si l’on s’attarde. S’il ne reprend pas la possibilité pour les multinationales de saisir des tribunaux privés si elles s’estiment lésées, il permet toutefois un système d’arbitrage SEMI-public… conservant toujours le problème d’indépendance des juges et de déséquilibre puisque seules les entreprises pourront saisir la justice.
Finalement donc, tout se déroule comme prévu, avec une bonne dose d’électoralisme !
Société / L’hôpital au bord de la crise de nerf
Un acte de violence toutes les 30 minutes dans les hôpitaux en 2014 ! Voilà le tableau dressé par l’Observatoire national des violences en santé. Devant la recrudescence des suicides parmi les personnels de santé, le ministre de la santé, Marisol Touraine, reste impassible aux appels à l’aide. Pierre Bergerault
Plus de 14 500 signalements de violences dans le milieu médical en 2014. Le phénomène est en hausse de 17 % par rapport à l’année précédente tout comme les classements sans suite. Le non remplacement de certains postes et la course à la rentabilité ne constituent que la partie émergée du problème. En effet, l’Ile-de-France, la région qui accueille le plus de population d’origine immigrée est aussi la plus touchée par les violences. On y enregistre 30 % des signalements pour seulement 61 établissements sur les 337 concernés dans le rapport. Les patients sont à l’origine de 70 % des agressions mais les visiteurs ne sont pas en reste. Le rapport pointe également une hausse des faits les plus graves avec 10 viols, 5 séquestrations et 1 prise d’otage. Leurs auteurs n’hésitent pas à se servir d’armes à feu, de couteaux et de bombes lacrymogènes. Dans une grande majorité des cas, les problèmes surviennent pendant l’attente de la prise en charge dont l’alcool et les stupéfiants seraient souvent à l’origine.
Entre agressions physiques et injures, le personnel hospitalier est en première ligne, notamment les infirmiers. Au printemps et cet été, au moins 6 suicides ont été constatés liés à la dégradation des conditions de travail. Face à cette banalisation du phénomène, le silence du ministre de la santé, Marisol Touraine, fait scandale au sein du Syndicat national des professionnels infirmiers. Son secrétaire général, Thierry Amouroux, ironise sur le fait qu’elle s’était montrée bien plus réactive quand des vitres de l’hôpital Necker de Paris avaient été endommagées lors de manifestations contre la loi travail. Et quand Marisol Touraine communique sur son compte twitter le 10 juin dernier, c’est pour encourager la victoire des bleus face à l’équipe d’Albanie, déplore Karim Mameri, secrétaire général de l’ordre infirmier. La tolérance de Marisol Touraine à l’égard de la délinquance s’explique peut-être par le fait que son fils avait été condamné en 2013 à 3 ans de prison ferme pour extorsion et séquestration d’une femme de 59 ans.
International / Le Kosovo sous haute tension ethnique
17 ans après les bombardements de l’OTAN pendant la guerre du Kosovo, les Balkans demeurent une poudrière et la Serbie est toujours menacée par son voisin albanais qui multiplie les provocations. Dimanche, 150 Serbes qui se rendaient à un pèlerinage marial sur leur propre territoire ont été bloqués aux abords du sanctuaire par des Albanais du Kosovo. Dans le même temps, l’Albanie musulmane poursuit sa logique d’expansion sur le territoire serbe. Floriane Jeannin
Regain de tension dans les Balkans ! Environ 150 serbes ont été bloqués dimanche aux abords du village de Musutiste située en Métochie à l’ouest du Kosovo. En cause, des affrontements provoqués par des Albanais du Kosovo contre la police serbe. Les manifestants se réclamaient de l’UCK, l’armée de libération du Kosovo que le ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner avait invité à Paris. Cette organisation mafieuse est coupable de crimes contre l’humanité mais aussi mise en cause dans de nombreux trafics notamment d’organes. Ces derniers avaient pour but de bloquer la route menant des cars de pèlerins serbes à l’église de la Sainte Vierge pour la fête de l’Assomption.
Il faut dire que le lieu est riche en symbole puisqu’il s’y trouvait plusieurs édifices de l’église orthodoxe de Serbie parmi lesquels l’église de la Mère-de-Dieu datant du 14ème siècle et inscrite à la liste des monuments culturels d’importance exceptionnelle de la République de Serbie détruite en juin 1999 après l’arrivée des troupes de la K-FOR, l’armée de l’OTAN au Kosovo. Officiellement et même selon l’ONU, le village de Musutiste est toujours considéré comme une partie du territoire de la Serbie. Pour Nikola Mirkovic, auteur du « Martyr du Kosovo », cet événement n’a rien d’anecdotique.
AUDIO 1
L’accrochage de dimanche est en réalité le reflet de la situation depuis l’intervention de l’OTAN contre le peuple serbe en 1999. Nombreux sont les Serbes qui aujourd’hui ne peuvent pas sortir des enclaves du sud du pays, occupé par les Albanais du Kosovo.
AUDIO 2
Une sortie de crise semble être possible avec l’intégration de la Serbie dans l’Union Européenne, mais cette solution impliquerait de facto pour Belgrade de renoncer à retrouver son intégrité territoriale. C’est en tout cas la condition imposée par Bruxelles et Washington.
AUDIO 3
Jeudi la signature de la reconnaissance des frontières communes entre le Kosovo et le Monténégro par l’Albanie pourrait un peu plus alimenter le désordre qui règne déjà dans les Balkans.
Et cet après-midi, le vote pour la ratification d’un accord portant sur les frontières entre le Monténégro et le Kosovo a été annulé après que les nationalistes kosovars ont lancé des bombes lacrymogènes dans l’hémicycle. La séance a donc été suspendue pour la journée.
L’actualité en bref
BFM TV toujours au top de l’info… ou de l’intox. La chaîne de Nextradio rapporte fièrement une étude prétendument psychologique des candidats à la Maison Blanche dans laquelle Donald Trump dépasserait Hitler sur l’échelle de la folie ! Le psychologue de l’Université d’Oxford, Kevin Dutton, aurait utilisé un questionnaire de personnalité pour arriver à ce résultat. Seul problème, le candidat républicain à la Maison Blanche n’a jamais été soumis au test. La chaîne dépasse donc en beauté la propagande du quotidien Le Monde pour qui l’été a permis de ressasser chaque jour que le candidat républicain voudrait tuer son adversaire… Une information sortie de nulle part, contrairement au nombre incroyable de décès suspects parmi les proches d’Hillary Clinton dont les media français ne rendent pas compte
Réélection d’Ali Bongo à la présidence du Gabon ! C’est en tout cas ce que la Commission électorale a annoncé mercredi en fin d’après midi donc 5 jours après le vote. Ali Bongo récolte 49,80 % des suffrages contre 48,23 % pour son adversaire Jean Ping. Problème, monsieur Ping avait annoncé sa victoire dimanche soir… Dans la capitale Libreville, le QG de l’opposant a été attaqué après la publication des résultats. Les partisans de Jean Ping ont affirmé que l’élection a été “volée” et le vice-président de la commission électorale a démissionné. La province du Haut-Ogooué, fief du président sortant aurait par exemple voté à 95 % pour Ali Bongo avec à peine 50 abstentionnistes pour 71 000 électeurs et plus de 99 % de participation… L’Assemblée Nationale a été brûlée et des affrontements entre opposants à Ali Bongo et forces de l’ordre ont éclaté. Les habitants de Libreville restent enfermés chez eux de peur des violences. Cette élection ratée pourrait bien être le début d’une guerre civile.
Opération de police à Villiers-sur-Marne en Île de France ! Mercredi matin, la mosquée Al-Islah et ses occupants ont vu débarquer les forces de l’ordre pour une perquisition administrative. L’opération a permis de constater l’existence d’une école coranique dans le lieu de culte. Pour le directeur du cabinet du maire, la présence de cette école dans la mosquée était un “secret de polichinelle”. Cette opération faisait suite à l’arrestation d’un habitué de la mosquée en juillet. L’individu de 41 ans était fiché S. En avril, 12 islamistes fréquentant les lieux avaient été condamnés à cause de leur implication dans une filière d’acheminement de terroristes vers la Syrie. La perquisition a donné lieu à plusieurs interpellations de personnes en situation irrégulière.
La déradicalisation démasquée ! En 2014, la Maison de la prévention et de la famille, un centre pour jeunes djihadistes en Seine-Saint-Denis, faisait la fierté du ministère de l’intérieur qui la subventionnait. Elle est aujourd’hui visée par une enquête judiciaire. Julien Revial, un ancien employé, publie un livre à charge, “Chronique d’une désillusion”, dénonçant les pratiques de sa directrice, Sonia Imloul. L’individu qui s’improvisait juriste, psychologue et policière selon le besoin, affirmait suivre une trentaine de familles. L’auteur déclare qu’au total, seules 3 démarches de prévention de radicalisation ont été réalisées. Sonia Imloul a par ailleurs sous-loué 2 pièces de son local à des étudiantes alors que l’adresse devait rester secrète.
C’est la fin de notre édition ! Dans un instant, notre “Zoom” du jour. Consultant pour TV Libertés, conférencier et homme d’affaires vivant à Moscou, Xavier Moreau a fait escale à Paris et a rejoint les studios de TV Libertés pour évoquer une actualité particulièrement riche : la rencontre Hollande-Merkel-Poutine au sommet du G20 les 4 et 5 septembre, les élections législatives russes, le conflit ukrainien mais aussi le rapprochement de la Russie avec la Turquie. Xavier Moreau revient également sur les attaques et les critiques sur l’action politique et économique du chef d’Etat russe.
Extrait de: Source et auteur
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