Un nazi hongrois meurt à Budapest. Il a 98 ans. Il avait été arrêté dans la capitale hongroise en 2012. Et entre la fin de la guerre (1945) et cette date, que s’était-il passé ? Rien ou presque.
La leçon de cette sale histoire serait donc de se demander comment et pourquoi les vainqueurs de 1945, Union soviétique, États-Unis, Grande-Bretagne et France n’ont pas voulu savoir la vérité complexe, détaillée, accablante aussi, sur l’invention et le fonctionnement humain de la machine exterminatrice des juifs.
Cette vérité est si insoutenable qu’on a attendu longtemps (l’action des Klarsfeld, le film de Claude Lanzmann, « Shoah ») pour découvrir la banalité et la monstruosité mêlées.
De l'Humanité à la Météo et Sud Radio via TMC, a connu un parcours contrasté qui passe aussi par des essais sur Jeanne d'Arc et ses procès, Georges Bizet, Cyrano de Bergerac (le vrai), la Gascogne et le fleuve Adour. Il collabore actuellement à France Bleu Bordeaux-Gironde.
Un nazi hongrois meurt à Budapest. Il a 98 ans. Il avait été arrêté dans la capitale hongroise en 2012. Et entre la fin de la guerre (1945) et cette date, que s’était-il passé ? Rien ou presque.
Après avoir eu un rôle actif et brutal au ghetto de Košice (Slovaquie, alors sous administration de la Hongrie, alliée des nazis) d’où 15.700 juifs furent déportés vers les camps d’extermination, Csatáry a vécu au Canada sous une fausse identité, exerçant la profession de marchand d’art. Il avait été condamné à mort par contumace en 1948 à Košice. En 1995, le Canada découvre son identité véritable et Csatáry retourne en Hongrie où il a vécu tranquille jusqu’en 2012. Mais il est retrouvé par les enquêteurs spécialisés du Centre Simon-Wiesenthal. Il est alors arrêté et un procès s’annonce en Slovaquie. Le procès n’aura pas lieu, l’accusé est mort à 98 ans.
Cette histoire parfaitement immorale est aussi une leçon.
Il ne faut pas seulement connaître et apprendre à connaître les crimes nazis, l’extermination programmée des juifs d’Europe ; il convient aussi de savoir qu’après 1945, et sauf quelques têtes d’affiches rassurantes et symboliques, les responsables de ces crimes contre l’humanité n’ont pas été jugés, ou si peu. Les vainqueurs de 1945 (et d’autres pays) en ont même protégé ou gardé sous le coude pour des raisons diverses (espionnage, chantage, savoir-faire répressif, etc.). Il a fallu l’obstination et le courage de Beate et Serge Klarsfeld et de quelques autres pour en débusquer et juger (dont Eichmann à Jérusalem, puis Touvier et Barbie en France, et enfin Maurice Papon).
Mais aujourd’hui ? Serge Klarsfeld fait remarquer à juste titre qu’il est désormais difficile de juger de grands vieillards, d’autant qu’il n’y a plus de témoins des crimes qui leur sont reprochés. Csatáry, le présumé bourreau de Košice, avait 26 ans en 1941. À cet âge, ce n’est pas un « Lacombe Lucien » embarqué par gloriole imbécile dans les crimes d’une milice qui lui fournit un pétard, alcool et beaux costards.
La leçon de cette sale histoire serait donc de se demander comment et pourquoi les vainqueurs de 1945, Union soviétique, États-Unis, Grande-Bretagne et France n’ont pas voulu savoir la vérité complexe, détaillée, accablante aussi, sur l’invention et le fonctionnement humain de la machine exterminatrice des juifs.
Cette vérité est si insoutenable qu’on a attendu longtemps (l’action des Klarsfeld, le film de Claude Lanzmann, « Shoah ») pour découvrir la banalité et la monstruosité mêlées.
Le destin d’un László Csatáry n’est que le misérable révélateur de cette vérité insoutenable.
Source : Michel Cardoze, Boulevard Voltaire, 14.8.2013

L’auteur invite à se demander pourquoi les vainqueurs de 1945… n’ont pas voulu savoir la vérité complexe, détaillée et accablante? Il mentionne, dans le camp des vainqueurs, l’Union Soviétique! Donc Staline! À l’actif duquel figurent, déjà, quelques millions de victimes! Ne savait-on pas?
Ils n’ont pas voulu savoir? Il y a tout de même eu le procès de Nuremberg!
Mais pas le procès de Moscou! Pas davantage que celui de Yalta, où le sort de millions de gens fut aussi tranché pour le pire.
Oui, un dissident interrogeait! Pourquoi diable pourchasser des vieillards nazis aux quatre coins du monde et laisser en paix des responsables soviétiques en pleine santé? En 1989!
Pas de Klarsfeld pour les koulaks!
Alors? La vérité complexe et insoutenable? Je suis né juste après la Bombe, après laquelle “plus rien ne sert à rien” (Charles de Gaulle), à Genève! Que serait-je devenu, né à Munich, Perm,Cambridge ou quarante ans plus tôt? Je ne sais pas.
La vérité est, au fond, que l’on sait toujours après! … Si j’avais su que j’étais séduit je n’aurais pas mangé le fruit de l’arbre de la connaissance… Et le péché ne serait pas entré dans le monde, et le fils de Dieu n’aurait pas été crucifié. Et ainsi de suite.
Celui qui se dit vérité est bousillé, c’est effectivement insoutenable. Comprenne qui pourra.