Est-ce utiliser Fukushima pour mieux faire passer un programme draconien de…
Quel est le rapport entre la réduction des émissions de CO2 à 95 grammes par kilomètre parcouru et la sortie du nucléaire? Aucun, semble-t-il. Dans sa conférence de presse du 17 avril, Mme Doris Leuthard a d'abord énoncé une prémisse: "La sortie est possible, je vais vous le démontrer". Ce qu'elle tenta de faire derechef en amalgamant étroitement dans son catalogue de mesures - une baisse massive d'un tiers de la consommation d'énergie totale (mazout, benzine), l'assainissement des bâtiments, le pompage-turbinage d'électricité, la taxation du CO2, le parc automobile des entreprises, etc. – pour finir en apothéose avec un appel pour une augmentation massive des prix de l'énergie afin d'accélérer la réalisation de tous ces objectifs ambitieux. Les PME et les commerçants apprécieront.
Le 17 avril, c'était un rapport intermédiaire sur la nouvelle politique énergétique du Conseil fédéral à l'horizon 2050. Beaucoup de chiffres, beaucoup de prévisions. Beaucoup d'espoir et vraisemblablement beaucoup d'illusions. L'assurance de Mme Leuthard et son charme n'ont pas tout à fait convaincu les journalistes présents qui ont immédiatement réagi avec scepticisme. Le lendemain, le Tagesanzeiger, grand porte-parole de la gauche zurichoise a même titré son commentaire "Beaucoup d'hypocrites et de prévisions scabreuses". En fait, les prévisions de Mme Leuthard étaient bien moins scabreuses que celles de la nouvelle économie énergétique cleantech et de ses lobbyistes. De toute manière, il est vain aujourd'hui d'en formuler d'autres, tant est grand l'imbroglio des idées et des concepts sur "l'énergie", "l'électricité", la "puissance" et les "coûts". En réalité, le vrai problème mis à jour par les déclarations de Mme Leuthard se situe à un niveau plus élevé, celui de la manipulation de l'opinion publique par des emballages trompeurs. On dira qu'il n'y a là rien de nouveau en politique, et que le domaine de l'énergie ne peut y échapper. Néanmoins.
Car, le plus surprenant dans ce débat, c'est la confusion manifestement voulue - entretenue par Mme Leuthard, l'Office fédéral de l'énergie et les médias - entre des contextes techniques différents et des objectifs politiques différents. Techniquement parlant, il y a d'une part l'énergie dans son ensemble, c'est-à-dire le mazout de chauffage, les carburants pour la mobilité, le gaz et l'électricité pour tout; d'autre part, l'électricité et ses sources de production et modes d'utilisation, un sous-chapitre de l'énergie, certes, mais avec ses propres contraintes. Politiquement parlant, le domaine de l'énergie est coiffé par un objectif politique omniprésent, la diminution de la production de gaz carbonique, alors que celui de l'électricité est maintenant coiffé en Suisse par la décision politique de sortir du nucléaire. Dans sa conférence de presse, Mme Leuthard n'a jamais jugé utile de distinguer entre ces deux objectifs politiques; elle les a entremêlés dans la même phrase, laissant presque entendre que des mesures d'assainissement des bâtiments avaient un lien étroit avec l'électricité, que diminuer la consommation d'essence à 3 litres par 100 km allait rendre possible l'abandon du nucléaire.
Pourquoi cet amalgame entre ces deux dossiers politique? Est-ce utiliser Fukushima pour mieux faire passer un programme draconien de réduction de gaz carbonique? Ou est-ce le contraire, ficeler le débat de sortie du nucléaire dans celui du CO2 - une cause nationale, une cause universelle, une cause sacrée pour certains - afin de mieux souder au parlement les troupes hétérogènes de la mouvance antinucléaire?
Ironie, le temps donnera peut-être un jour raison à Mme Leuthard, car pour le reste du monde, pour les pays moins hystériques ne parlant pas l'allemand, les dossiers du CO2 et du nucléaire sont reconnus comme effectivement très liés – mais pour un motif qu'elle ne veut plus avouer aujourd'hui. Puisque le nucléaire produit si peu de gaz carbonique par kilowattheure sur tout le cycle (50 fois moins que les centrales à gaz et 10 fois moins que les panneaux solaires), le nucléaire restera jusqu'en 2040, voire plus, un atout pour notre inventaire national de CO2, un atout essentielpour compenser ces indispensables centrales à gaz qui seront bientôt construites en Suisse ou en Allemagne pour nous ravitailler.
Le nouveau centre-gauche suisse, on le sait, refuse de choisir entre la peste du nucléaire et le choléra du gaz. Pour rester dans le ton, en lieu et place, il nous propose la famine: pas de centrales, pas d'importations, et des prix de courant surfaits pour les PME et des panneaux solaires chinois sur nos crêtes pour séduire les touristes japonais.

“choisir entre la peste du nucléaire et le choléra du gaz.”, n’est-ce pas un peu extrême ?
En parlant de coûts, les véritables coûts de démantèlement de nos centrales (et encore moins en cas de fusion du noyau, ce qui a déjà touché 1% des réacteurs nucléaires dans le monde, 5 sur 500 environ, sans compter Lucens) ne sont toujours pas pris en compte et encore moins facturés au consommateur, mais “empruntés” à crédit à nos enfants. Est-ce bien normal ?