La grande peur du pluralisme médiatique

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La concurrence, c’est bon… pour les autres. Y compris dans le champ
médiatique.

La loi suisse limite plus sévèrement les cartels formels depuis
1995; contre des cartels informels, comme celui des idées, le combat est plus 
ardu. Les médias qui sont attentifs à la première dimension sont pourtant peu 
portés à l’auto-analyse pour la seconde. Pire: non seulement les journalistes ne
réfléchissent pas à leur conformisme idéologique et à ses effets délétères, mais
ils émettent des gloussements de vierges effarouchées face à l’intrusion de tout
 corps étranger, vite stigmatisé voire démonisé. Une double erreur funeste !

L’erreur est d’abord quantitative. A offrir à tous le même menu, on lasse.
Surtout s’il est végétarien ou de centre-gauche, comme la majorité des journalistes, et que le lecteur est carnivore, de centre-droit, comme la majorité des citoyens. Qui finissent par ne lire plus qu’un seul journal. Si possible gratuit. D’où un effet sur les recettes. D’autant qu’est ainsi favorisé le développement d’autres habitudes. Au lieu d’aller au restaurant, les gens se résignent dans un premier temps à manger à la maison ; ils finissent par s’en féliciter, surtout en
zappant dans l’offre médiatique mondiale et sans redevance – pour le moment.
L’erreur est aussi qualitative. A rejeter la confrontation des idées, on appauvrit
sa propre argumentation. L’esprit critique de l’émetteur en souffre. Sa force de
conviction s’en ressent. L’intérêt du destinataire s’étiole. La démocratie en
devient la victime, elle dont la dynamique exige au minimum un duopole 
idéologique.

Trois exemples d’allergie médiatique

La création d’un comité éditorial par le nouveau propriétaire du «Nouvelliste», le quotidien valaisan, rend « lecteurs et rédacteurs inquiets », selon «Le Temps» du 16 août 2010. Même «l’establishment (serait) un peu préoccupé». En tout cas plus que le lecteur de base, car le quotidien genevois ne s’est pas risqué au genre du micro-trottoir… Le fantasme de la censure, l’hydre de la réaction, le cancer du conservatisme planent donc à cause de «cet étonnant
comité à cinq têtes comme on n’en connaît pas ailleurs dans les médias romands».

Le rachat par le financier Tito Tettamenti de la majorité des actions du groupe 
(1200 collaborateurs, plus de 200 millions de chiffres d’affaires) qui édite la
« Basler Zeitung » (près de 90 000 exemplaires), au début de 2010, a été vu,
 outre Sarine, comme une extension de l’empire idéologique blocherien. Car cet 
achat a permis à un avocat bâlois, déjà proche de ce journal, d’en devenir
 l’éditeur. Un avocat qui est déjà président du conseil d’administration de la
 «Weltwoche». 
La "Weltwoche, précisément". Cet hebdomadaire zurichois (près de 400' 000 
lecteurs) est lui aussi aux mains d’un autre proche de l’ex-conseiller fédéral.
 Qui, aux critiques, répond tout simplement: «Mainstream, non merci!». 
Changements climatiques, pit-pulls, Union européenne, voilà autant de sujets sur 
lesquels son interprétation diffère de celle de la quasi-totalité des médias
 helvétiques. Et explique l’hostilité dont cette publication souffre de la part de ses
 concurrents.
 Le gros mot est lancé. Et pourtant c’est grâce à la concurrence des idées que les
 mythes s’effondrent, que l’irrationalité régresse, que la démocratie s’incarne.
 Car elles tirent leur force non de l’absence d’opposition, mais de la
démonstration de sa faiblesse.

La fin du bloc soviétique a rendu abstraite l’inhumanité de l’«homme
 nouveau» communiste ; la présence d’un courant conservateur puissant en
 Suisse, y compris dans les médias, devrait plutôt être saluée par ses adversaires.
 Car elle ne peut que les aider dans leur reconquête de l’opinion publique.

* Article paru dans Entreprise romande le 3.09.2010

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Le commentaire d'Uli Windisch

Cet article n’est pas tout récent mais il est reste d’actualité! On peut illustrer la pertinence toujours actuelle de l’article de Pierre Weiss par un fait d’actualité. La Télévision suisse alémanique SF1 a consacré un sujet à notre plateforme Lesobservateurs.ch au TJ de nuit du 25 février 2012, préparé 10 jours avant. A la fin du sujet, a été intégrée une intervention, non prévue à l’origine, d’Alain Jeannet, rédacteur en chef de l’Hebdo, prié de se prononcer sur notre site. Son commentaire? Un média d’opinion et de droite n’a aucune chance de durer en Suisse romande! Qui vivra verra!
Tenter de nous stigmatiser ne suffira pas. Ce que nous voulons c’est simplement dire la réalité, les réalités, que d’autres n’osent pas aborder ou alors seulement par le biais du filtre justement de la bien-pensance ambiante. Si c’est cela être de droite, de quel niveau est celui de ceux qui le prétendent?
Aussi modeste que soit notre site, il fallait que le réd-en-chef en personne du seul hebdomadaire romand vienne tenter de neutraliser, voire de dénigrer, cette initiative romande en Suisse alémanique!
Une question: que deviendrait « L’Hebdo » s’il était concurrencé par un ou plusieurs autres hebdomadaires en Suisse romande? La réponse se trouverait-elle déjà dans la question? Il faut rappeler que ce journal a deux grandes obsessions depuis des décennies et qui reviennent en boucle presque toutes les semaines: une opposition dénigrante et systématique de l’UDC et un entêtement tout aussi marqué à vouloir faire entrer la Suisse dans l’UE (un peu moins aujourd’hui!).
A propos de l’UDC, on peut remarquer, plus généralement, que le simple fait de ne pas parler constamment négativement de cette dernière est déjà considéré comme très suspect par certains ou, pire, la preuve qu’on en est membre (ce que nous ne sommes pas, mais le répéter ne suffit pas). Un peu simple et trop facile, non? surtout de la part de personnes qui se prétendent exigeantes.
Nous, ce qui nous intéresse, c’est d’analyser et de chercher à mieux comprendre, et cela sans le corset du politiquement correct, quel que soit le phénomène ou acteur concerné. Tant pis pour ceux qui ne veulent pas le voir. Ils oublient que le public peut aussi se lasser de discours trop partiels et partiaux.

                                                                                                        U. W.

4 commentaires

  1. Posté par Julien Bernasconi le

    J’adhère pas trop à ces théories pour deux raisons:
    1) il y a des instituts qui examinent la position de la presse suisse. On y découvre des journaux de centre droit (Le Temps, le Nouvelliste, 24 Heures), des journaux de centre gauche (Le Matin), des journaux de gauche (La Liberté). Bref, j’ai pas l’impression d’un monopole de gauche.
    2) C’est une analyse biaisée. Ce n’est pas que l’opinion de la droite n’est pas représentée, c’est que l’opinion de la droite conservatrice ou « populiste n’est pas représentée ». Comme en France, le clivage est entre UMPS et Front national. Le Nouvelliste a plus que vigoureusement pris position contre l’initiative Weber, le Temps contre l’initiative pour 20% d’imposition minimale. Par contre, peu de journaux défendent la laïcité, les dangers d’une immigration trop importante, l’UE, etc. Mais en l’occurrence, le PDC, les Radicaux et le PS ont une position plus ou moins semblables sur ces questions. Pour l’UE, certes le PDC et le PRD ne le disent pas trop fort.

  2. Posté par Olivier Pitteloud le

    Et félicitations à vous François pour votre commentaire plein de bon sens !

  3. Posté par François Etienne le

    Dans l’immense fatras actuel – dite de communication -, heureusement qu’il subsiste encore une denrée exceptionnellement précieuse, certes assez menacée par la Pensée unique … Ce « produit » s’appelle Libre pensée, libre arbitre. Il maintient l’esprit en alerte, contre le formatage institutionnel et médiatique, renforce les neurones et peut-être fait barrière à la maladie d’Altzheimer.

    La citation de l' »hebdo » est une excellent exemple pour démontrer l’intoxication médiatique. L' »Hebdo » se caractérise d’abord par ses dossiers ciblés par canton, manoeuvre juste bonne à doper ses ventes, alors que dits dossiers sont non seulement creux et insignifiants, mais inutiles et bo-bo. A ce propos, il suffit de lire les annonces matrimoniales de ce périodique pour comprendre l’extrême détresse d’une populace universitaire et de classe qui a peine à trouver l’Amour … Mais le summum est atteint quand son grand chef, M. Pilet, s’efforce à humilier l’UDC et à encore soutenir la candidature suisse à la bientôt feue UE. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Le politiquement correct à la mode « Hebdo », voilà la bouillie pour les chats et encore, Minet sait ce qu’il veut !

    Je ne suis pas membre UDC, ni sympathisant. Mais quand une certaine presse dirigée, aux ordres et aux abois pour vendre leur papier s’en prend systématiquement à ce mouvement majoritaire en Suisse, je vire encore plus vers la droite de la droite. Dites … la démocratie, c’est quoi ? Prenons comme simple exemple l’immigration : l’UDC a dénoncé la problématique, certes avec parfois de la maladresse. Mais devant les faits, les socialistes et autres valets commencent à se remuer l’arrière-train pour dénoncer le dumping salarial et tutti quanti. Pauvres élu(e)s de pacotille !

    Quant à la magnificence de l’UE – la fameuse journée noire d’un Pascal Delamuraz en 1992 – la duisse n’a pas attendu M. Pilet et sa rhétorique vaseuse pour adopter la bonne voie : vingt ans plus tard, la Suisse est une nation prospère dans un océan périphérique de misère croissante. Le centralisme bruxellois, à la mode communiste inversée, ne touche heureusement pas notre nation.

    L’Hebdo est un vrai cas d’école de l’information élitaire, celle du Seigneur dans son château envers la masse grégaire.

    Ni Twitter, ni Facebook et Cie ne peuvent altérer cette libre pensée de l’individu libre. Considérons que la « droitisation » du moment n’est que le réflexe normal et nécessaire pour contrer le gauchisme tout confort élitaire qui vit aux crochets d’une population petit à petit canalisée vers l’assistanat sociétal. Sur ce point, la France est l’exemple idéal du socialisme caviar en marche.

    Lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, votre tête est le meilleur outil anti-intoxication.

    Félicitations aux Observateurs.ch qui abordent librement des thèmes censurés par la Pensée unique !

  4. Posté par Hugues Galileo le

    … et alors, qu’attendez-vous pour vous y mettre ? La théorie, cela va un moment, les procès d’intention aussi. Passez à la pratique maintenant. Un concurrent Suisse romand pour l’Hebdo, pourquoi pas ! On se réjouit de vous lire.

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