Les préjugés empruntent parfois des chemins surprenants. Lorsqu’un agent immobilier a raconté pour la première fois cette anecdote à Etienne Allais, dirigeant de la société Entre-Autres, qui dispense des formations à la non-discrimination dans les entreprises, il a cru à une blague : « Un propriétaire qui cherchait à louer son bien avait formulé la demande suivante : “Pas de blonde, ça attire les Noirs.” Je me suis dit que cet agent était tombé sur le champion olympique des a priori absurdes, mais non. Au cours de mes formations suivantes, plusieurs agents ont témoigné de demandes similaires en avançant les mêmes arguments. » Le tout, sans aucune précaution de langage.
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Au-delà de la persistance des préjugés que ces opérations de testing mettent en lumière, en coulisses, les agents immobiliers révèlent une autre réalité : la façon de plus en plus décomplexée avec laquelle s’expriment les discours stigmatisant les personnes d’origine maghrébine ou subsaharienne. Nombre d’entre eux dressent en effet le même constat : la parole raciste s’est sensiblement libérée.
« Il y a quelques années, les propriétaires tournaient encore autour du pot avec des formules pleines de sous-entendus du type “Vous voyez ce que je veux dire”, “Des gens comme vous et moi”, “Quelqu’un de normal, vous voyez…”, “Des personnes qui nous ressemblent”, “Pas n’importe qui”, raconte Mathilde (le prénom a été modifié), 37 ans, qui officie dans une agence du Sud-Est depuis neuf ans. Aujourd’hui, ces clients ne prennent plus de pincettes. Ils n’ont plus peur et nous demandent carrément : “Pas de Noirs, pas d’Arabes”. » Quelques variantes : « Je ne veux pas de barbus », « Je ne veux pas de personnes d’origine étrangère », « Je veux des personnes françaises ou des Européens ».
« C’est désormais une demande parmi d’autres dans la liste des exigences, abonde Hanane Zineddaine, directrice d’une agence au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) depuis plus de dix ans. Ces personnes, y compris des racisées, nous disent : “Je ne veux pas de fumeurs, pas d’Arabe, pas de chien, pas de Noir”, comme si de rien n’était. Parfois c’est tellement gros qu’on se demande même si ce n’est pas un testing. »
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