France. L’exécutif renonce à faire de l’immigration un thème à part du débat national

LE SCAN POLITIQUE - Contrairement à ce qui a été annoncé mercredi, l'immigration ne sera pas un thème à part du débat national lancé par Emmanuel Macron après la crise des «gilets jaunes». Elle sera intégrée à la thématique «démocratie et citoyenneté», après des critiques de la gauche et de certains élus LaREM.

Selon Emmanuel Macron, il faut mettre «d'accord la Nation avec elle-même, sur ce qu'est son identité profonde», et l'immigration est une question qu'il «faut affronter». Mais mezza voce? Présentée mercredi à l'issue du conseil des ministres comme l'un cinq sujets du débat national ouvert par le gouvernement du 15 décembre au 1er mars, l'immigration ne sera finalement pas un thème à part. «Une erreur de transcription» s'est glissée dans le compte rendu écrit du conseil des ministres, explique Matignon. La thématique rejoindra finalement la partie «démocratie et citoyenneté», l'un des quatre thèmes retenus - transition écologique, fiscalité, services publics, démocratie et citoyenneté.

Des députés LaREM divisés

Jusqu'à ce revirement, la décision de faire de l'immigration un sujet distinct dans le débat a divisé les députés La République en marche (LaREM). L'un des seuls à s'en être ému publiquement est l'élu Matthieu Orphelin, tenant d'une ligne sociale et écologiste dans la majorité. «Le grand débat (...) est une excellente idée», mais «la question autour de l'immigration n'y a pas sa place», a-t-il estimé.

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En coulisses, certains déplorent un «lobbying intense des bisounours qui censurent un thème pourtant au coeur des préoccupations des Français et des “gilets jaunes”». Jeudi, un tract du mouvement LaREM, qui comportait la notion «d'identité nationale», a même été modifié in extremis. Le député macroniste d'Eure-et-Loire Guillaume Kasbarian pense qu'il faut «arrêter de mettre le sujet de l'immigration sous le tapis». «Je prends la déclaration du président de la République à la lettre, il a dit qu'il fallait affronter ce débat. Et je constate que mercredi, le gouvernement a acté de cinq points», explique-t-il au Figaro. «Or, comment bien traiter cette problématique si elle est diluée avec d'autres notions comme la démocratie et la citoyenneté? Moi, je n'ai aucun problème à débattre des questions d'identité, d'immigration, et de laïcité. Ce ne sont pas des thèmes réservés aux partis extrémistes.»

Priorité à la «justice sociale», pour la gauche

Thème distinct ou pas, le sujet est inapproprié, jugent des élus de gauche. Dès lundi soir, après l'annonce par Emmanuel Macron d'intégrer cette question au débat, le chef de file de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, a exprimé sa «tristesse» d'entendre le chef de l'État «remettre sur la table la question de l'immigration, dans des termes aussi discutables.» Un choix également contesté par le fondateur de Génération.s, Benoît Hamon, qui y voit des «calculs à visée électorale». Inclure l'immigration dans les thèmes du débat, «c'est incompréhensible et dangereux, alors que l'enjeu est clairement la justice sociale!», a renchéri Laurent Berger, responsable du premier syndicat français, la CFDT.

«Puisque les riches ne doivent pas être inquiétés derrière leur bouclier, alors vous leur offrez comme boucs émissaires les Français d'origine étrangère», a lancé le député socialiste Olivier Faure au premier ministre, mercredi après-midi, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. «Il y a quelque chose de rassis dans cette façon de faire de la politique.»

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«Hypocrite» après le pacte de Marrakech, pour la droite

Pour des élus de droite et du Rassemblement national (RN), partisans d'une réduction des flux migratoires, débattre de cette thématique n'est pas malvenu. Mais son annonce lundi soir par Emmanuel Macron est inconséquente, le jour de l'approbation par le gouvernement du pacte de Marrakech sur les migrations - un texte fustigé par les droites. «Assez hypocrite», avance le député Les Républicains (LR) Éric Ciotti, toujours remonté contre ce pacte «approuvé par la France en catimini et sans la moindre consultation du Parlement». Son collègue Julien Aubert déplore l'«incroyable cynisme d'Emmanuel Macron».

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Le chef de l'État «se moque des Français!», selon le député RN Gilbert Collard. «Les bras m'en sont tombés», affirme Nicolas Dupont-Aignan. «Cette hypocrisie, ce double langage, ce cinéma, je ne le supporte plus.»

Après le renoncement du gouvernement, jeudi, à faire de l'immigration une thématique à part, la présidente du RN, Marine Le Pen, s'est indignée. «Comment les Français peuvent-ils encore avoir confiance dans la parole présidentielle?», s'est-elle insurgée.

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***** Que contient le pacte mondial sur les migrations soutenu par la France adopté ce lundi?

Par Edouard de Mareschal et AFP agence, 10/12/2018

VIDÉO - Respect des droits de l'homme, lutte contre les passeurs, promotion d'un discours «ouvert» sur l'immigration et sanctions contre les médias xénophobes : voici les principales propositions de ce texte de l'ONU, formellement approuvé ce lundi.

Le Pacte mondial sur les migrations des Nations unies a été formellement approuvé ce lundi à Marrakech (Maroc), après la proclamation orale et le traditionnel coup de marteau, devant quelque 150 pays réunis en conférence intergouvernementale. «Ce moment est le produit inspiré d'efforts», a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, à l'ouverture des débats. «Nous ne devons pas succomber à la peur ou aux faux narratifs» sur la migration, a-t-il dit. Il a dénoncé les «nombreux mensonges» propagés sur cet accord, qui doit désormais faire l'objet d'un ultime vote de ratification, le 19 décembre à l'Assemblée générale des Nations unies.

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Ce texte, qui n'est pas contraignant, a été validé en juillet dernier par l'ensemble des 193 pays membres de l'Onu sauf les États-Unis. Plusieurs pays, comme Israël, l'Australie, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie, la Bulgarie, l'Autriche et la Pologne ont refusé de le signer. Le pacte a par ailleurs provoqué ce week-end le départ des nationalistes flamands de la N-VA de la coalition au pouvoir en Belgique.

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Que contient vraiment ce pacte qui fracture une nouvelle fois les États européens et, au-delà, entre les partisans de l'ouverture et les tenants d'une politique de fermeté?

● Un texte non contraignant

Comme l'a souligné Emmanuel Macron à Bruxelles, le pacte pour les migrations n'est pas juridiquement contraignant. Structuré en 23 objectifs, il ne crée donc pas d'obligations nouvelles, mais énonce des principes généraux censés permettre «des migrations sûres, ordonnées et régulières».

● Un texte centré sur les migrants... et la souveraineté nationale

Dans le préambule, la «dimension humaine, inhérente à l'expérience migratoire» est invoquée comme un principe directeur. Mais la souveraineté nationale est aussi abordée par une phrase sans équivoque: «Le pacte mondial réaffirme le droit souverain des États à déterminer leur politique nationale en matière d'immigration, et leur prérogative de régir l'immigration au sein de sa sphère de compétence nationale(...).» Le pacte précise de façon tout aussi explicite qu'il concerne uniquement les migrants et pas les réfugiés, qui bénéficient d'un régime juridique spécifique.

● Un texte vague avec peu de mesures concrètes

Chacun des 23 objectifs est formulé en des termes assez généraux, censés trouver leur traduction dans les faits par une série de «mesures concrètes». Mais celles-ci restent pour la plupart tout aussi vagues. Il s'agit par exemple de collecter des données «précises et décomposées» sur les flux migratoires (objectif 1), de «minimiser les facteurs structurels qui poussent les personnes à quitter leur pays d'origine» (objectif 2), limiter les abus contre les travailleurs migrants (objectif 6) ou encore «prévenir, combattre et éradiquer le trafic d'êtres humains» (objectif 10). Le texte prévoit encore de renforcer l'accès à l'information sur les options légales, à «tous les stades de la migration».

● Mais un texte au ton général contesté par les partisans d'une ligne ferme...

Moins que les mesures proposées, c'est l'esprit général du texte qui crispe ses opposants. Ils lui reprochent une présentation univoque de l'immigration, présentée comme un phénomène inéluctable et nécessairement bénéfique, tant pour les pays de départ que les pays d'accueil. «Le pacte mondial sur les migrations offre à la communauté internationale l'occasion d'abandonner les approches défensives, d'envisager un avenir commun dans lequel les migrations sont sûres, ordonnées et régulières», peut-on lire dans le texte publié par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) sur le sujet.

● ... et une mesure particulièrement controversée visant la presse

Pour lutter contre le racisme, la xénophobie ou l'intolérance contre les migrants (objectif 17), le pacte emploie les grands moyens: il s'agit de «recadrer le discours sur la migration, pour qu'il cesse de véhiculer des idées trompeuses ou faussées et donne une image exacte de l'importance que revêt la migration et du rôle positif qu'elle peut jouer dans le monde actuel», peut-on lire dans le document explicatif de l'OIM.

La presse n'est pas épargnée ; Les États signataires sont invités à promouvoir «les reportages indépendants et objectifs», à «sensibiliser et éduquer les professionnels des médias» sur ces questions. Cela peut aller de directives sur la «terminologie» à employer, à la fixation de «standards éthiques» concernant les reportages... jusqu'à la coupure de fonds publics aux médias «qui font la promotion systématique de l'intolérance, de la xénophobie, du racisme et d'autres formes de discrimination envers les migrants».

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