Guerre au Moyen-Orient, en Ukraine, loi sur la fin de vie, violence et insécurité qui paraissent grandissantes… Notre planète semble plongée dans le chaos. Face à ce monde en crise, le cardinal Sarah propose dans 2050 des analyses critiques et matière à réflexion. Alors que l’unité de l’Église est fragile, sa doctrine affaiblie par les idéologies et son message abîmé par les secousses du monde, cet ouvrage d’entretiens avec l’éditeur et essayiste Nicolas Diat invite à renouer avec la mission, la contemplation, mais aussi la tradition et la liturgie. Le préfet émérite de la congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements nous rappelle aussi les conséquences de l’orgueil et du relativisme, et que l’unique espérance est le Christ. Un message d’actualité pour les chrétiens en ce temps pascal.
Valeurs actuelles.Votre Éminence, votre nouvel ouvrage s’intitule 2050. Pourquoi ce titre ? Cardinal Sarah. Cela peut surprendre. Certains pourraient penser qu’il s’agit d’un exercice de prospective ou d’une tentative de prédire l’avenir de l’Église. Ce n’est pas mon intention. Je ne suis ni prophète, au sens où l’on annoncerait des événements, ni analyste des tendances sociologiques. Si j’ai choisi ce titre, c’est parce que l’année 2050 correspondra à une année jubilaire dans l’Église catholique, comme l’ont été l’an 2000 et l’année 2025 que nous venons de vivre. Ces années saintes rappellent l’événement fondateur de notre foi : l’incarnation du Christ dans l’histoire humaine.
En évoquant cette date lointaine, je voulais inviter les chrétiens à regarder plus loin que l’immédiat. Notre époque vit dans l’urgence permanente, dans l’émotion du moment. Mais l’Église pense toujours en siècles. Elle sait qu’elle est appelée à transmettre un trésor qui la dépasse.
Lorsque j’étais enfant, dans mon village africain, nous apprenions à tirer à l’arc. Une flèche mal orientée au départ ne peut jamais atteindre sa cible. Si elle est bien dirigée, elle poursuit sa trajectoire avec justesse. L’Église se trouve aujourd’hui dans un moment décisif : les orientations spirituelles que nous choisissons aujourd’hui porteront leurs fruits dans plusieurs décennies. Parler de 2050 n’est donc pas prédire l’avenir. C’est rappeler que la fidélité d’aujourd’hui prépare l’Église de demain.
En 2026, l’Église doit rappeler avec force les réalités fondamentales de la foi : la présence de Dieu, la beauté de la liturgie, la nécessité de la prière, la grâce des sacrements, la conversion du cœur et l’espérance de la vie éternelle.
Vous regrettez que le discours dominant de l’Église semble porter surtout sur le climat, l’écologie, les migrations ou le dialogue interculturel. Pourquoi ? Ces questions sont importantes. Elles touchent la dignité humaine et la responsabilité de l’homme envers la Création. L’Église ne peut jamais être indifférente à la souffrance des peuples ni aux déséquilibres de notre monde. Mais le danger apparaît lorsque ces thèmes deviennent presque exclusifs. Si l’Église parle davantage d’écologie que de salut, davantage d’organisation sociale que de conversion, elle risque d’oublier sa mission essentielle. L’Église n’existe pas d’abord pour commenter l’actualité. Elle existe pour annoncer une vérité qui dépasse toutes les préoccupations politiques : Dieu s’est fait homme pour sauver l’humanité.
En 2026, l’Église doit rappeler avec force les réalités fondamentales de la foi : la présence de Dieu, la beauté de la liturgie, la nécessité de la prière, la grâce des sacrements, la conversion du cœur et l’espérance de la vie éternelle. Lorsque l’Église parle du monde sans parler de Dieu, elle devient une voix parmi d’autres. Mais lorsqu’elle parle de Dieu avec clarté, elle devient une lumière pour le monde.
Vous écrivez que, si nous oublions que l’Église est œuvre de Dieu, nous risquons d’aggraver la crise actuelle. De quelle crise s’agit-il ? La crise que nous traversons est avant tout une crise de foi. Elle ne concerne pas seulement les structures de l’Église ou son organisation. Elle touche le cœur même de la vie chrétienne. Lorsque l’on commence à penser l’Église comme une institution humaine que l’on peut adapter aux idéologies du moment, on perd la conscience de son origine divine. L’Église n’est pas née d’un projet sociologique. Elle est née du côté ouvert du Christ sur la Croix.
Pour les prêtres, cette crise est particulièrement douloureuse. Beaucoup portent aujourd’hui un poids immense : la solitude, l’incompréhension, parfois la suspicion générale. Pourtant leur vocation demeure splendide. Le prêtre est celui qui rend le Christ présent au milieu de son peuple. Il n’est pas un animateur de communauté. Il est configuré au Christ pour offrir le sacrifice eucharistique et conduire les âmes vers Dieu. Dans un monde troublé, les prêtres doivent redevenir avant tout des hommes de prière et de silence, profondément enracinés en Dieu.
Le prêtre demeure un signe du Christ au milieu de son peuple. Même lorsque la société le rejette ou le soupçonne, sa mission reste indispensable.
La société semble aujourd’hui se méfier des prêtres, notamment à cause des abus révélés dans l’Église… Les crimes commis par certains prêtres ont profondément blessé l’Église et scandalisé les fidèles. Ces actes sont graves et doivent être affrontés avec vérité et justice. Mais il serait profondément injuste de réduire le sacerdoce aux fautes de quelques-uns. Chaque jour, dans le silence des paroisses, des milliers de prêtres donnent leur vie avec fidélité : ils célèbrent les sacrements, accompagnent les mourants, soutiennent les familles, prient pour le monde. Le prêtre demeure un signe du Christ au milieu de son peuple. Même lorsque la société le rejette ou le soupçonne, sa mission reste indispensable. Le monde peut critiquer le prêtre. Mais le monde a profondément besoin du prêtre.
Quelle est aujourd’hui la plus grande menace pour la vie intérieure ? Le bruit. Notre civilisation est saturée d’images, de messages, de paroles. L’homme moderne vit dans une agitation permanente. Or Dieu parle dans le silence. Lorsque le silence disparaît, la prière devient difficile. Lorsque la prière disparaît, l’homme se retrouve seul avec lui-même. Et l’homme seul avec lui-même devient souvent prisonnier de ses angoisses. La grande urgence spirituelle de notre époque est donc de retrouver le silence. Le silence n’est pas une absence : il est un espace où Dieu peut parler au cœur de l’homme.
Vous dites que la famille est menacée. Comment ? La famille est aujourd’hui fragilisée parce que l’on cherche à redéfinir la nature même de l’homme. Lorsque l’on nie la complémentarité entre l’homme et la femme, lorsque l’on considère la maternité ou la paternité comme de simples constructions sociales, on affaiblit l’un des fondements les plus essentiels de la civilisation.
L’Église ne refuse pas certains modèles de famille par dureté ou par exclusion. Elle rappelle simplement une vérité inscrite dans la Création : l’amour conjugal est l’alliance d’un homme et d’une femme, ouverte à la vie. Dire cela n’est pas exclure qui que ce soit. C’est protéger une réalité qui dépasse les opinions du moment et qui concerne l’avenir même de l’humanité.
Vous êtes critique envers certains aspects du modèle démocratique… La démocratie peut être une forme de gouvernement légitime lorsqu’elle respecte la dignité humaine et la loi naturelle. Mais elle devient dangereuse lorsqu’elle prétend décider de la vérité. La majorité ne peut pas définir ce qui est bien ou mal. Si la loi se coupe de la vérité sur l’homme, elle risque de devenir simplement l’expression du rapport de force. La liberté politique ne peut être authentique que si elle demeure liée à la vérité morale.
La paix véritable ne peut exister sans conversion intérieure. Elle exige que les peuples reconnaissent qu’ils ne sont pas les maîtres ultimes de l’histoire.
Vous parlez d’un « orgueil planétaire » à propos des guerres actuelles… L’orgueil planétaire est la tentation permanente de l’homme de se croire maître absolu de l’histoire. Lorsque les nations oublient leur responsabilité devant Dieu, elles cherchent la puissance et la domination. Les guerres naissent souvent de cet orgueil : la volonté de s’imposer, le refus de reconnaître la dignité de l’autre, l’illusion que la force peut résoudre les conflits. La paix véritable ne peut exister sans conversion intérieure. Elle exige que les peuples reconnaissent qu’ils ne sont pas les maîtres ultimes de l’histoire.
L’unité de l’Église semble elle aussi fragilisée. Comment y faire face ? L’unité de l’Église ne peut pas être fondée sur des compromis doctrinaux. Elle repose sur la fidélité commune au Christ et à l’enseignement reçu des apôtres. Lorsque chacun prétend redéfinir la foi selon ses propres sensibilités culturelles ou idéologiques, la communion se fragilise. Mais lorsque tous acceptent humblement de recevoir la vérité qui nous précède, l’unité devient possible. L’unité de l’Église est un don de Dieu. Elle doit être protégée par la charité et par la fidélité à la vérité.
La foi n’est jamais une simple tradition culturelle. Elle est toujours une rencontre personnelle avec le Christ vivant.
En France, plus de 20 000 adultes et adolescents sont baptisés à Pâques cette année. Comment interprétez-vous ce phénomène ? C’est un signe d’espérance magnifique. Dans un monde qui semble parfois s’éloigner de Dieu, des hommes et des femmes découvrent à nouveau la beauté de la foi. Ces baptêmes rappellent une vérité profonde : le cœur humain demeure habité par une soif de sens et de vérité. L’homme ne peut pas vivre seulement de biens matériels. Il cherche Dieu.
À ces nouveaux baptisés, je voudrais dire : vous êtes un don pour l’Église. Votre ferveur et votre désir de vérité peuvent réveiller des communautés parfois fatiguées. La foi n’est jamais une simple tradition culturelle. Elle est toujours une rencontre personnelle avec le Christ vivant. Et cette rencontre peut transformer non seulement une vie mais aussi l’histoire d’un peuple.
2050, du cardinal Robert Sarah et Nicolas Diat, Fayard, 288 pages, 22,90 €.
Pour offrir les meilleures expériences, nous et nos partenaires utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations de l’appareil. Le consentement à ces technologies nous permettra, ainsi qu’à nos partenaires, de traiter des données personnelles telles que le comportement de navigation ou des ID uniques sur ce site et afficher des publicités (non-) personnalisées. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut nuire à certaines fonctionnalités et fonctions.
Cliquez ci-dessous pour accepter ce qui précède ou faites des choix détaillés. Vos choix seront appliqués uniquement à ce site. Vous pouvez modifier vos réglages à tout moment, y compris le retrait de votre consentement, en utilisant les boutons de la politique de cookies, ou en cliquant sur l’onglet de gestion du consentement en bas de l’écran.
Fonctionnel
Toujours activé
Le stockage ou l’accès technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire pour créer des profils d’utilisateurs afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
Et vous, qu'en pensez vous ?