Ce 30 janvier 2026 à Béziers, une petite poignée de journalistes locaux fait face aux représentants de l’Appel des 100. Un collectif qui avait appelé, plusieurs mois auparavant, à la constitution, pour les municipales, d’une liste unique contre le maire sortant, Robert Ménard. À deux mois des élections… Les “100” dont « personne ne connaissait l’existence à Béziers », s’amuse-t-on dans l’entourage du maire, viennent de jeter l’éponge. « Débrouillez-vous pour virer Ménard ! », s’exclame, dépité, l’un des organisateurs. Ce dimanche 15 mars, les résultats tombent : Robert Ménard est réélu au premier tour avec plus de 65 % des voix. Un plébiscite pour celui qui fut élu, en 2014, grâce au soutien du Front national, devenu le Rassemblement national (RN). La détérioration de sa relation avec le parti à la flamme n’a rien changé à la donne. En 2020 puis en 2026, les Biterrois continuent de lui faire confiance et le voilà prêt, à 72 ans, à commencer un troisième mandat.
Attractivité, fiscalité, sécurité : les trois piliers du système Ménard
Pour comprendre le succès de Robert Ménard, il faut remonter à ce qu’était Béziers avant son arrivée. La sous-préfecture de l’Hérault était l’une des villes les plus pauvres de France avec un taux de chômage de l’ordre de 20 %, bien supérieur à la moyenne nationale. Le centre-ville ? Une ruine, pris dans ce qu’on appelle une “spirale de dévitalisation” des villes moyennes au profit des métropoles et des centres commerciaux en périphérie. À peine élu, le maire défraie la chronique. « Béziers souffrait, à l’époque, de trois problèmes structurels : la pauvreté, l’absence d’attractivité et l’insécurité. Robert y a répondu simultanément », raconte un Biterrois de longue date. Trois causes, trois réactions.
« Par arrêté municipal du 19 mai 2014, il a été décidé d’interdire d’étendre du linge aux balcons, fenêtres et façades des immeubles visibles des voies publiques. » C’est l’une des premières décisions de Robert Ménard. Une mesure qui lui a valu les foudres de la gauche, dénonçant une forme de “prolophobie”. Cette interdiction a sans doute été la première d’une longue série de polémiques. L’édile la justifie alors pour des raisons esthétiques et touristiques. Action, réaction. Et tant pis si cela a fait râler. « On a assisté à une véritable transformation de la ville », s’enthousiasme Jean Muller. Ancien éditeur, il dirige depuis 2021 l’office du tourisme. Le respect par le maire de sa promesse de faire baisser les impôts locaux a, il est vrai, aidé à faire passer la pilule. Depuis douze ans, la ville échappe à la flambée de la taxe foncière. Cette baisse, du moins cette stabilisation, a été un moyen de répondre symboliquement à la pauvreté galopante qui sévit à Béziers.
Contre l’insécurité, Ménard procède à une campagne d’affichage provocante dès février 2015 : des pistolets partout sur les panneaux publics avec cette mention : « La police municipale a un nouvel ami. » Au grand dam des bien-pensants qui hurlent depuis Paris au retour des heures sombres. Ménard s’en moque, l’objectif est atteint. Dans les faits, si certains quartiers sont gangrenés par le narcotrafic, la délinquance du quotidien, elle, se stabilise d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur.
Ses collaborateurs, anciens comme actuels, dressent le portrait d’un édile fourmillant d’idées. « C’est un activiste. Il prend tout au sérieux. Une petite problématique de local poubelle est traitée avec le même sérieux qu’une importante réunion en lien avec unprojet majeur », affirme Jean Muller. Un rythme endiablé qui épuise et essore, aussi. En témoigne le turn-over au sein des effectifs du cabinet du maire. « Qui n’a jamais pris un appel tôt le matin ou tard le soir pour se faire copieusement enguirlander ? », se rappelle un ancien, qui tempère toutefois : « Robert est dur, c’est vrai, mais il est aussi assez juste. Il sait t’engueuler, mais il sait aussi te remercier. »
Avec son épouse, Emmanuelle, aujourd’hui l’une de ses adjointes à la mairie, Robert Ménard aura parfaitement réussi son enracinement. Le natif d’Oran, en Algérie, a connu quelques déconvenues. Son idylle avec le Front national a été tout en dents de scie jusqu’à la rupture définitive. En 2024, lors des législatives, le Rassemblement national envoie un candidat face à Emmanuelle Ménard. La députée sortante, pourtant élue en 2017 avec le soutien du Front national, n’a rien pu faire pour résister à la vague censée déposer Jordan Bardella à Matignon. Deux ans plus tard, le député RN Julien Gabarron a même présenté une liste contre lui aux élections municipales. Sans succès, puisqu’il s’est effondré sous la barre des 9 % au premier tour. À rebours des prises de position nationales de Robert Ménard, souvent divergentes de celles de son propre camp, coupable selon lui de « se gargariser avec Gramsci », sa politique locale semble plébiscitée.
Sans le soutien du RN, il a pu compter sur celui du président des Républicains, Bruno Retailleau. Même à la mairie socialiste de Montpellier, on s’abstient de critiquer l’action du voisin de droite. « Évidemment que l’on regarde avec attention ce qu’il fait à Béziers », soufflet-on dans l’entourage de Michaël Delafosse. Une position que Ménard ne renierait pas : « Si un mec de gauche te dit un truc intelligent, tu le prends en compte. Si c’est un mec de droite, pareil », a-t-il coutume de répéter. Tout en étant capable de trancher et de reconnaître des erreurs. Les avantages du macronisme sans les inconvénients…
L’article Municipales 2026 : Le sacre de la méthode Ménard est apparu en premier sur Valeurs actuelles.
Extrait de: Source et auteur

Et vous, qu'en pensez vous ?