On dit que le succès a de nombreux pères. Cela vaut aussi pour le succès supposé qu’est la sortie du nucléaire. La stratégie énergétique 2050, alors portée par la conseillère fédérale PDC Doris Leuthard et encensée par les médias, a spectaculairement échoué à peine dix ans après la votation populaire. Le Conseil des États fera donc, lors de la prochaine session de printemps, le premier pas officiel vers un retour à l’énergie nucléaire.
Le moment est bien choisi pour Eric Nussbaumer de quitter le Conseil national après près de vingt ans. Le socialiste, avec son camarade de parti et chef de groupe de longue date Roger Nordmann, a rédigé le texte de la motion sur la sortie du nucléaire. Pour rendre l’initiative acceptable par une majorité, les deux socialistes avaient besoin d’un « idiot utile » au sein du groupe PDC, qu’ils ont trouvé en la personne de Roberto Schmidt.
Schmidt a entre-temps mis fin à sa carrière politique en démissionnant, excédé, du gouvernement cantonal valaisan. Roger Nordmann a quitté le Conseil national en 2025, après vingt ans comme Nussbaumer, non moins frustré que Schmidt. Nordmann voulait présider la CEP-CS ainsi que devenir conseiller fédéral – ce que ses propres camarades lui ont refusé.
Entre-temps, il s’est maintenu à flot grâce à un mandat bien rémunéré (1700 francs par jour) octroyé par sa camarade de parti, la conseillère fédérale socialiste Elisabeth Baume-Schneider. Il brigue désormais un siège au gouvernement vaudois. L’élection aura lieu le 8 mars. Nussbaumer, lui, n’a réussi – malgré plusieurs tentatives – ni à entrer au gouvernement bâlois-campagnard ni au Conseil des États. Ce qui n’a rien de surprenant.
Nussbaumer a montré, durant son année comme président du Conseil national, qu’il ne rassemble pas le pays et ses institutions, mais les divise. Il a systématiquement détourné la fonction du « plus haut Suisse » au service de son objectif politique à long terme: l’adhésion à l’UE. Ainsi, il a installé le drapeau de l’UE dans le bureau du président du Conseil national. Lors de son discours de clôture, il a fait de la publicité politique pour les accords avec l’UE.
Il a voulu se mettre en scène en invitant Ruslan Stefanchuk, le président du Parlement ukrainien, au Palais fédéral pendant la session d’été 2024 en cours. Stefanchuk n’est pas seulement un membre de haut rang du gouvernement corrompu de Zelensky. Cet invité très exposé nécessitait un dispositif de sécurité massif, dont les mesures ont parfois empêché certains parlementaires de voter à temps.
La séance photo commune avec Stefanchuk devant les Trois Confédérés au Palais fédéral, à laquelle la présidente du Conseil des États de l’époque, la socialiste Eva Herzog, a renoncé, a finalement conduit à un éclat entre les parlementaires UDC Thomas Aeschi et Michael Graber et un policier fédéral. Par la suite, la commission juridique compétente a notamment tenu Nussbaumer pour responsable de l’incident.
Le président du Conseil national n’avait pas suffisamment informé les membres du Parlement des mesures de sécurité. De plus, le travail parlementaire pendant une session prime sur une séance photo, avait alors rappelé le président de la commission, le conseiller aux États socialiste Daniel Jositsch. Ce reproche n’a toutefois guère été repris par les médias dominants. Nussbaumer a toujours pu compter sur eux, d’autant plus qu’ils partagent la plupart de ses positions, notamment sur les accords avec l’UE.
Nussbaumer avait tout tenté pour imposer la votation avant les élections de 2027. Il semble désormais que le Conseil des États freine le processus et que cela pourrait prendre plus de temps. Le succès de sa longue carrière ne pourra finalement se mesurer qu’à l’aune de l’acceptation ou non des accords avec l’UE par le peuple et les cantons. Un oui serait une bonne nouvelle pour Nussbaumer, une mauvaise pour la Suisse.

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