La diffusion d’une vidéo du mariage luxueux de la fille d’Ali Shamkhani a provoqué une vague d’indignation en Iran. Entre robe sans voile, faste ostentatoire et élite protégée, la cérémonie heurte une population soumise à une stricte morale islamique.
Fais ce que je dis, ne fais pas ce que je fais. Le mariage fastueux de la fille d’Ali Shamkhani, ex-secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranien et proche conseiller du guide suprême Ali Khamenei, continue de provoquer un tollé en Iran et dans la région. Une vidéo de la cérémonie, organisée dans l’un des hôtels les plus luxueux de Téhéran, l’Espinas Parsian, a fuité sur les réseaux sociaux le 18 octobre 2025. Elle montre une fête grandiose, des décorations inspirées du style occidental et, surtout, une absence frappante du voile islamique obligatoire pour les femmes. Sur les images, le bras droit de l’ayatollah accompagne sa fille habillée d’une robe blanche sans bretelle, cheveux coiffés et détachés. L’événement est perçu par une partie de la population comme un symbole de la duplicité et de l’hypocrisie morale de la classe dirigeante iranienne.
De surcroît, le coût estimé de la cérémonie, 1,4 milliard de tomans (environ 25 000 euros) dans un pays ou l’économie est exsangue, a provoqué une immense indignation. Les réseaux sociaux iraniens ont explosé de commentaires moqueurs, furieux, souvent accompagnés de captures d’écran de la vidéo. Des hashtags comme « mariage aux milliards » en farsi ont rapidement gagné en popularité. Certains internautes ont écrit : « Ils tuent nos filles pour une mèche de cheveux et marient les leurs sans voile, dans un palais » ou encore « la charia pour le peuple, les soirées VIP pour les dirigeants ».
L’utilisation de la reconnaissance faciale
Dans un pays où les autorités religieuses et politiques ont érigé la modestie et la conformité religieuse en piliers de leur légitimité, une telle démonstration de luxe et d’insouciance est perçue comme une véritable provocation. Le contraste est d’autant plus choquant que, dans le même temps, les autorités redoublent d’efforts pour faire respecter strictement le port du voile islamique chez les femmes ordinaires, multipliant les arrestations, les amendes, les interdictions d’accès aux espaces publics et les humiliations.
Depuis la mort de Mahsa Amini en septembre 2022, une jeune Kurde iranienne de 22 ans décédée après son arrestation par la police des mœurs pour un « mauvais port du voile », l’Iran est plongé dans une crise morale et politique profonde. Sa mort avait déclenché une vague de manifestations d’une ampleur inédite à travers le pays, rassemblant une jeunesse assoiffée de liberté, des femmes réclamant la fin de la tutelle patriarcale, mais aussi des hommes, des artistes, des étudiants, des minorités ethniques et religieuses. Le slogan « Femme, Vie, Liberté » est devenu le cri de ralliement de cette contestation, qui a été brutalement réprimée par le pouvoir. Des centaines de morts, des milliers d’arrestations, des procès expéditifs, des exécutions : la réponse de l’État a été d’une extrême violence.
Loin de relâcher la pression, le régime a depuis renforcé sa politique de contrôle social, notamment sur les femmes. De nouvelles mesures ont été mises en place, comme l’installation de caméras de surveillance dans les rues et les transports publics, l’utilisation de la reconnaissance faciale, le développement d’applications de signalement citoyen et le retour actif de la police des mœurs. En juillet 2025, un rapport de l’ONU dénonçait la « surveillance numérique de masse » exercée contre les femmes iraniennes, qualifiant la situation de « persécution d’État basée sur le genre ». Les autorités, elles, parlent de « défendre la morale islamique » et justifient ces dispositifs comme un devoir religieux. Malgré les pressions internationales, la police de la morale « Gasht-e Ershad» continue de sillonner les villes pour faire respecter la loi. D’ailleurs, une mesure datant de décembre 2024 autorise désormais l’imposition de la peine de mort contre les personnes manifestant contre les lois gouvernementales, permettant aux autorités de mater les dernières bribes du mouvement contestataire iranien.
Une élite iranienne offshore
Ce n’est pas la première fois que les privilèges de l’élite iranienne font scandale. Depuis des années, des affaires éclatent régulièrement concernant des enfants de responsables religieux ou militaires vivant à l’étranger, étudiant dans des universités occidentales ou menant des vies très éloignées des valeurs qu’ils prônent pour leur peuple. Mais cette affaire a une résonance particulière, à cause de sa visibilité, de son timing, et de la figure de Shamkhani lui-même, perçu comme l’un des piliers de l’appareil sécuritaire de la République islamique. L’absence de toute réaction officielle, le silence des autorités religieuses, et la tentative de certains médias pro-gouvernementaux de minimiser l’incident n’ont fait qu’envenimer les choses.
Cette cérémonie n’est pas un simple fait divers. Elle agit comme un révélateur d’un système de pouvoir à deux vitesses, où la classe dirigeante impose des lois strictes à la population tout en s’en exemptant discrètement. Elle met à nu l’hypocrisie d’un régime qui se veut gardien de la vertu publique, mais qui tolère, voire organise, pour ses propres membres des écarts spectaculaires aux règles qu’il prétend intransigeantes. Elle cristallise une colère populaire déjà immense, nourrie par des années d’humiliations, de répression, de corruption et de crise économique.
Pour rappel peu après la révolution islamique en 1979, l’ayatollah Khomeiny impose le port obligatoire du hijab dans les lieux publics pour toutes les femmes iraniennes. Ce foulard islamique, qui couvre les cheveux tout en laissant le visage apparent, devient rapidement un symbole de contrôle étatique. Cette décision provoque des manifestations de femmes dans tout le pays, violemment réprimées. Très vite, le voile s’impose sous la contrainte.
En 1983, une loi officialise cette obligation : toute fille de plus de 7 ans doit porter le hijab en public. Celles qui y contreviennent sont passibles de sanctions en vertu de l’article 638 du Code pénal iranien, qui punit les actes jugés « haram » (péché), incluant le non-respect du voile. Cela peut entraîner des amendes, des peines de prison, voire des coups de fouet. Le Comité de soutien aux Droits de l’homme en Iran rappelle d’ailleurs qu’une femme apparaissant sans voile en public peut légalement être arrêtée, jugée et punie… sauf si elle est fille d’un responsable.
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