Emmanuel Todd : “Je suis agacé par le féminisme de ressentiment (…) Le patriarcat n’a jamais existé en Occident. On croit que plus on remonte le temps, plus les femmes étaient opprimées. Il n’en est rien”

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ENTRETIEN – La virulence néoféministe arrive au moment même où l’émancipation des femmes est achevée, constate Todd, qui fracasse la doxa victimaire et la théorie du genre et renouvelle notre regard sur le rapport entre les sexes.

LE FIGARO. – Dans votre livre, vous vous attaquez sévèrement au «féminisme de troisième vague» et à la théorie du genre, que vous accusez de vouloir créer une guerre des sexes et d’être une idéologie coupée du réel. Vous n’allez pas vous faire des amis à gauche… Qu’est-ce qui vous a poussé à l’écrire?

Emmanuel TODD. – C’est vrai, je confesse une forme d’agacement face au développement de ce que j’appelle le féminisme de troisième vague, antagoniste, de ressentiment. Comme un homme de ma génération sans doute. Dans ma génération et mon milieu, un féminisme absolu régnait. Ce qui me frappe, c’est l’irruption en France d’un féminisme antagoniste qui ressemble à celui du monde anglo-américain, un féminisme de conflit (américain) ou de séparation (anglais). Notre pays se distinguait et faisait l’admiration du monde par son modèle de camaraderie entre les sexes. (…)

“En 2019, en France, dans la tranche 24-34 ans, 52 % des femmes ont fait des études longues, pour 44 % des hommes. L’inversion du «sex-ratio» dans les études supérieures s’est faite à la génération de gens qui ont maintenant 50 ans.”

“Parler de patriarcat de façon indifférenciée pour évoquer la situation des femmes à Kaboul et dans la région parisienne n’a aucun sens du point de vue du chercheur en anthropologie. (…) On croit souvent que plus on remonte le temps, plus les femmes étaient opprimées. Il n’en est rien. Les Occidentaux avant même la révolution des soixante-dix dernières années, étaient très proches dans leurs mœurs des chasseurs-cueilleurs chez qui le statut de la femme est élevé.”

“L’émancipation des femmes, leur accès à l’éducation supérieure a accéléré la tertiarisation de l’économie, et donc la chute des activités industrielles. Résultat: vous avez certains pays féministes tertiarisés et consommateurs qui délocalisent leur production dans des pays où il y a encore une industrie, et une forme de patridominance, les pays de l’est de l’Europe et de l’Asie. (…) Les gens de l’Ouest sont totalement dépendants du travail des gens de l’Est tout en les insultant pour leurs attitudes culturelles rétrogrades: ils délocalisent leurs usines tout en voulant exporter leurs mœurs avancées. Il faut choisir!” (…)

“Le féminisme antagoniste est une idéologie au sens le plus fort du terme, au sens où elle n’est pas vécue: les classes qui promeuvent la lutte contre la domination de l’homme ne la subissent pas.” (…)

(…) Le Figaro

Merci à Tara King

 

Extrait de: Source et auteur

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Un commentaire

  1. Posté par miranda le

    On peut parler d’oppression des femmes quand les hommes subissent une oppression sociale violente ou oppressive en continue. Cela entrave évidement les relations entre eux. Cela dégrade les relations entre eux.
    Dans l’inconscient, la souffrance occasionnée par la mauvaise Mère/société est hélas très souvent transposée vers la femme/mère.

    L’homme n’étant pas habitué à exprimer de la plainte se mure bien souvent dans sans douleur et forcément, il y a un moment où il ne peut plus l’assumer. Et nombreux sont les hommes ayant l’impression de vivre une vie d’automate, ayant perdu du sens.

    On connait des femmes heureuses quand la société, l’entreprise commencent à respecter leur conjoint.
    On connait des hommes heureux aussi, quand la société, l’entreprise, commencent à respecter leur conjointe.

    C’est ce que j’ai pu constaté pendant ces cinquante années grâce à mon âge.

    Quand les hommes et les femmes vivent dans un environnement respectueux, ils deviennent complémentaires et savent se respecter chacun dans leur rôle.
    Sauf cas pathologiques qui sont du ressort de la psychiatrie.

    Mais comme les sociétés qui exigent trop, beaucoup trop des humains sont encore nombreuses, l’espoir de voir des relations harmonieuses généralisées entre hommes et femmes est encore lointain.

    Peut-être qu’il nous faudra nous réinventer, devenir autonomes et moins dépendants des puissances industrielles et financières qui ne nous perçoivent surtout comme des outils à leur disposition.
    Certains sont parvenus à se réinventer sans “tomber dans le moyen âge” : http://heol2.org/. Et cela peut se réaliser autant à la ville qu’à la campagne.

    Le 21ème siècle sera le siècle décisif. Parvenir à …AMOINDRIR… le pouvoir des puissances financières et industrielles qui souhaitent la gouvernance et l’esclavage des peuples, nous permettra de créer des sociétés plus harmonieuses et plus altruistes où l’homme et la femme pourront vivre pleinement leur complémentarité.

    Et on pourra enfin éveiller les jeunes à réfléchir sur leur futur rôle dans un couple et dans la société. Ce que le système éducatif n’a jamais abordé, alors qu’il prend sous son épaule, les jeunes, pratiquement 6 heures à 8 heurs par jour. Mais enseigner “la sexualité” semble un objectif plus important de nos jours.

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