L’UE contre la désinformation ou pour le contrôle de l’information ?

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« L’UE doit intensifier son action de lutte contre la désinformation », estimait en juin dernier la Cour des comptes européennes dans un communiqué accompagnant la publication de son rapport spécial « La désinformation concernant l’UE : un phénomène sous surveillance mais pas sous contrôle ».

Résumé du communiqué

Pour ceux qui n’auraient pas envie ou pas le temps de se farcir ce rapport de 78 pages, le communiqué du 3 juin nous résumait ses conclusions dans les grandes lignes :

« La désinformation est un problème grave, qui prend de l’ampleur dans toute l’UE. En 2018, l’UE a publié un plan d’action pour lutter contre ce phénomène. S’il a été bien conçu au départ, ce plan s’avère incomplet. Sa mise en œuvre est globalement en bonne voie, mais il ne suffit pas à contrer les menaces émergentes. Telle est la conclusion d’un rapport spécial publié aujourd’hui par la Cour des comptes européenne. Les auditeurs ont constaté qu’une plus grande coordination est nécessaire au niveau de l’UE et que les États membres doivent s’impliquer davantage, par exemple dans le système d’alerte rapide. Il faut aussi améliorer le suivi des plateformes en ligne, renforcer leur obligation de rendre compte et inscrire la lutte contre la désinformation dans une stratégie européenne d’éducation aux médias qui soit cohérente, et qui fait actuellement défaut. »

[...] « face aux défis auxquels nos systèmes démocratiques sont confrontés du fait de la montée de l’extrémisme et de la distance perçue entre les citoyens et les responsables politiques ».
Le troisième volet de ce plan, c’est justement « la lutte contre la désinformation et les ingérences étrangères ».

La Russie visée

On s’en doute, quand il est question d’ingérences étrangères, c’est la mythique ingérence russe qui est visée, ce que nous confirme le rapport publié en juin par la Cour des comptes européenne. En effet, « l’UE a commencé à agir contre la désinformation en mars 2015, lorsque le Conseil européen a invité la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (ci-après la ‘haute représentante’) à élaborer, en coopération avec les États membres et les institutions de l’UE, ‘un plan d’action sur la communication stratégique’ pour ‘contrer les campagnes de désinformation menées par la Russie’. Cela a conduit à la création, au sein du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), de la division des communications stratégiques («StratCom») et de la première de ses task forces, ayant pour mission de lutter contre la désinformation provenant de l’extérieur de l’UE (Russie) et de concevoir et de diffuser dans le voisinage oriental de l’UE des communications stratégiques positives (à travers sa cellule d’information baptisée ‘task force East StratCom’). En 2017, deux task forces StratCom supplémentaires ont été créées, l’une pour le voisinage méridional et l’autre pour les Balkans occidentaux. »

On notera au passage que tandis que la Russie mène « des campagnes de désinformation » dans l’UE, l’UE se contente « de concevoir et de diffuser dans le voisinage oriental de l’UE des communications stratégiques positives » (du point de vue de l’UE).

Ainsi qu’on peut le lire dans le rapport de la Cour des comptes européenne, la task force East StratCom a « expressément pour mission de ‘contrer les campagnes de désinformation menées par la Russie’. Il s’agit donc de cibler un seul acteur extérieur mal intentionné plutôt que de protéger l’Europe contre la désinformation d’où qu’elle provienne. » Les deux autres task forces (sud et Balkans) n’avaient pas pour objectif de répondre aux campagnes de désinformations – réelles ou inventées – d’une puissance étrangère mais de « renforcer les activités de communication dans leurs régions respectives ». Au sud de l’Europe et dans les Balkans, c’est donc l’UE qui reconnaît porter les premiers coups dans la guerre de l’information.

Les États-Unis ménagés ou carrément ignorés

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Un objectif purement politique

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Et d’ailleurs le rapport de la Cour des comptes européenne le reconnaît ouvertement, « Les mandats des task forces StratCom sont de nature politique. Ils n’énoncent pas explicitement leurs objectifs stratégiques et ne reposent pas sur une base juridique solide. »

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Les réseaux sociaux aussi

Un autre sujet qui pourrait susciter l’inquiétude du citoyen moyen épris de liberté d’expression, mais pas des auteurs du rapport, c’est la pression mise sur les médias sociaux (Facebook, Twitter et consorts), pour qu’ils accentuent leur lutte contre la « désinformation ». Un code de bonnes pratiques présenté par la Commission européenne et signé par 16 plateformes en ligne prévoit des mesures qui « impliquent notamment d’assurer la transparence de la publicité à caractère politique, de fermer les faux comptes ou encore d’empêcher les pourvoyeurs de fausses informations de gagner de l’argent ». [...]

L’Observatoire du Journalisme a d’ailleurs déjà fait partie des victimes de cette censure de l’information exercée par un média social américain avec lequel la Commission collabore. Mais puisque la Cour des comptes européenne nous explique la main sur le cœur que « l’UE est le premier acteur sur la scène mondiale à tenter de trouver un subtil équilibre entre protection de la liberté d’expression et limitation de la propagation malveillante de fausses informations préjudiciables »…

[...]
La politique de désinformation de l’UE comporte aussi un volet « éducation aux médias » sur lequel on ne s’attardera pas ici puisqu’il « incombe aux États membres » et que « Le rôle de la Commission consiste à encourager la collaboration et à faciliter les progrès dans ce domaine ». Il est tout de même intéressant de voir que sur 320 événements organisés par les États membres pendant la Semaine européenne de l’éducation aux médias de 2019, 149, c’est-à-dire près de la moitié, l’ont été en France. Mais s’agit-il d’éducation ou de rééducation ?

article complet:  https://www.ojim.fr/ue-desinformation-controle-de-linformation/

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