Elu président le 18 juin, l’ultraconservateur Ebrahim Raissi a fait toute sa carrière dans la justice, jusqu’au sommet : en mars 2019, le Guide suprême, Ali Khamenei, l’a nommé chef de ce pouvoir traditionnellement acquis aux plus durs du régime. Ses derniers postes lui ont permis de faire valoir, pendant la campagne ce printemps, sa lutte acharnée contre la corruption. Mais une autre ligne de son CV intrigue les opposants à l’intérieur et à l’extérieur du pays. En 1988, alors qu’il avait 27 ans, Ebrahim Raissi a participé au comité qui, à Téhéran, décidait quels prisonniers devaient être exécutés, et ils devaient presque tous l’être aux yeux de cette instance surnommée la «commission de la mort».
Selon l’épais rapport rédigé en 2011 par l’avocat britannique Geoffrey Robertson, Ebrahim Raissi occupait à cette époque le poste de procureur adjoint de Téhéran. Son supérieur, Morteza Eshraqi, était membre permanent du comité, aux côtés d’un juge religieux et d’un représentant du ministère des Renseignements. Raissi «a remplacé à l’occasion» le procureur Eshraqi, relève l’enquête réalisée à partir de témoignages de survivants.
Dans une étude parue en 2017, Amnesty International rappelle deux épisodes confirmant son implication. Mi-août 1988, alors que la vague d’exécutions a commencé depuis environ trois semaines, un très haut responsable politico-religieux envoie un courrier pour protester. L’ayatollah Montazeri, compagnon de route et successeur putatif du fondateur de la République islamique, rappelle en dix points les critiques contre la vague d’exécutions qu’il a formulées oralement et par écrit auprès de l’ayatollah Khomeiny, le Guide suprême. Ebrahim Raissi est l’un des quatre destinataires, avec les autres membres du comité. Dans ses mémoires parus en 2000, l’ayatollah Montazeri raconte avoir exprimé son opposition lors de réunions avec les protagonistes, dont Ebrahim Raissi.
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