« Managers et politiciens : tristes constats de Roger Koeppel

Claude Haenggli
rédacteur/traducteur, Berne, Suisse

« Managers et politiciens : tristes constats de Roger Koeppel

 

Les deux derniers éditoriaux de la Weltwoche traitent de deux sujets plutôt tristes, qui nous font voir les faiblesses de ceux qui tiennent les rênes de l’économie et de la politique dans notre pays. D’une part, il y a deux dirigeants grassement payés du Credit suisse (sans accent aigu, s.v.p.), qui se conduisent comme des gamins, ce qui confirme la disparition des directeurs d’antan, qui étaient de vrais entrepreneurs et non de simples « managers ». D’autre part, on doit malheureusement constater que ce qui plaît beaucoup, dans l’accord cadre avec l’Union européenne, à ceux qui nous gouvernent et à ceux qui dirigent nos grandes entreprises, c’est la possibilité de museler la démocratie directe et de ne plus devoir tenir compte de l’avis du peuple. Nous publions ci-dessous ces deux éditoriaux, le premier en traduction française, l’autre dans sa version allemande, seule disponible pour l’instant.

 

Plus de créativité

Éditorial de Roger Koeppel du 3 octobre 2019

Du conflit de voisinage au séisme bancaire.

Disons-le d’emblée, je suis favorable à la place financière suisse. J’ai toujours défendu les grandes banques contre les accusations mensongères et exagérées. L’habitude de nombreux journalistes de dénigrer les banques m’énerve.

Dans aucun autre pays que la Suisse, on pourrait imaginer que l’industrie financière, jadis fierté de la Confédération suisse et, qui plus est, source importante de prospérité, soit calomniée avec un tel masochisme et mise en pièces par ses propres citoyens, politiciens et milieux médiatiques avec un tel enthousiasme apocalyptique.

Bien sûr, les bonnes raisons d’émettre des critiques ne manquent pas, aujourd’hui comme hier, mais le résultat est désormais désastreux. Sous prétexte que quelques gestionnaires ont failli, c’est tout un secteur à qui l’on tient la bride haute. La gauche a triomphé, soutenue par beaucoup de personnes qui ne sont pas de gauche.

De fait, aujourd’hui, ce sont l’État et ses organes de contrôle qui dirigent la place financière suisse. Juristes et responsables de la conformité, bureaucrates et fonctionnaires sont aux manettes. Pas un banquier ne peut se permettre de quitter l’établissement sans avocat. Tout le secteur est prisonnier du carcan tutélaire de l’État.

Et je suis sûr que la récente affaire autour de la grande banque Credit Suisse est de l’eau apportée au moulin de ceux qui n’auront de cesse tant que toutes les banques ne seront pas sous joug total de l’État. C’est ce qui est attristant dans cette nouvelle affaire de défaillance multiple du management. Elle tourne une fois de plus en ridicule une branche dont on pouvait s’enorgueillir. Les bénéficiaires ne sont sans doute pas les bons.

Que s’est-il passé au juste? Sidérés, amusés ou fâchés, essayons de comprendre comment un banal conflit de voisinage entre deux cadres supérieurs a pu dégénérer en un séisme bancaire national au sein de la fameuse grande banque suisse Credit Suisse.

L’élément déclencheur, même s’il n’en était pas la cause, était un différend entre Iqbal Khan, alors directeur de la gestion de fortune internationale de CS, et son directeur général Tidjane Thiam. Le hasard ou le destin avait fait d’eux des voisins dans la belle commune zurichoise d’Herrliberg. Thiam était arrivé le premier. Quelques mois plus tard, Khan s’installait sur la propriété directement adjacente.

Le patron à côté de son meilleur employé, le directeur général à côté de l’étoile montante que les médias donnaient déjà comme potentiel successeur de son voisin, de quoi aussi malmener des esprits moins subtils. Pour Thiam, très intelligent, très ambitieux et très sensible, la proximité était probablement bien trop grande.

On peut dans une certaine mesure le comprendre: la villa de Khan trône comme un chef, légèrement surélevée au-dessus de l’unique petite rue qui permet d’accéder à la propriété de Thiam. Pour rendre visite au directeur du CS, il faut passer devant un mur de béton sous les imposantes fenêtres du salon de Khan.

Pis encore, on a de la propriété de Khan une vue imprenable sur une large partie de celle de Thiam. Pas besoin d’être paranoïaque pour percevoir le vaste bâtiment en brique de Khan, qui ressemble à une forteresse et s’avance jusqu’à la limite de la propriété de Thiam, en quelque sorte intrusif, voire envahissant.

Thiam décida donc avec sa partenaire de récupérer un peu d’intimité en plantant deux arbres. L’installation de cette barrière végétale pour se protéger des regards fut à l’origine de la scène colportée dans le monde entier lors du cocktail du Nouvel An des Thiam à Herrliberg lorsque Khan et le maître de maison eurent une altercation. Apparemment, Khan a pressé la partenaire de Thiam de retirer ces «deux monstruosités», obligeant ce dernier à intervenir pour tenter, en vain, de concilier les points de vue.

Mais les arbres n’étaient que l’élément déclencheur, pas la cause. Derrière les querelles de voisinage couvait sans doute une rivalité. Le patron du CS, Thiam, a peut-être parfois perçu Khan, populaire et couronné de succès, comme trop ambitieux, trop pressant, trop résolu. Khan, quant à lui, a été de plus en  plus enclin à penser que son chef voulait l’empêcher de se réaliser et d’avancer. Nous ne saurons jamais ce qui s’est réellement passé entre eux.

Le président du conseil d’administration, Urs Rohner, était intervenu depuis longtemps dans le conflit. Sans parvenir, lui non plus, à réconcilier les deux parties querelleuses. Khan donna sa démission. Peu de temps après, il annonçait vouloir passer à la concurrence chez UBS. C’est alors que le plus proche collaborateur de Thiam eut l’idée de faire filer Khan, décision désastreuse qui s’est soldée par un fiasco et le suicide tragique d’un détective. Thiam prétend n’en avoir rien su, ce qu’attestent les enquêtes, mais ce que personne ne croit à la banque.

Finalement, on voit que les managers ne sont que des êtres humains, ce qui n’est pas une trop mauvaise nouvelle. Même les millionnaires dirigeants d’entreprise rondement payés n’échappent pas aux bassesses de la nature humaine. D’un autre côté, il est très dérangeant de constater que trois dirigeants, sans conteste brillants et intelligents, ne parviennent pas à régler à l’amiable un différend. Quiconque veut diriger un grand groupe devrait être capable résoudre un conflit entre voisins. La direction de CS ne s’est pas montrée à la hauteur dans la gestion de cette crise.

L’affaire est surtout embarrassante pour toutes les parties concernées. Espérons qu’elle ne présage pas de problèmes plus profonds au CS. Vu de l’extérieur, on a l’impression que la relation entre le président et le directeur général n’est plus si harmonieuse. Peut-être n’est-ce qu’une illusion d’optique. Il est grand temps que les grandes banques suisses ne fassent plus la une des journaux à cause d’amendes de plusieurs milliards ou de querelles internes, mais, comme autrefois, à cause de leur succès et de leur créativité entrepreneuriale.

 

Anstrengendste Staatsform

Editorial von Roger Köppel (10.10.2019)

Warum eigentlich sind so viele Politiker für das EU-Abkommen?

An einer meiner Veranstaltungen hat mich ein Zuschauer gefragt, warum so viele Parteien und Politiker für das institutionelle Rahmenabkommen mit der EU seien. Der Zuschauer teilte im Übrigen meine Meinung: Die Schweiz dürfe diesen Kolonialvertrag keinesfalls unterschreiben. Das Rahmenabkommen sei die Zerstörung der bilateralen, gleichberechtigten Beziehungen und würde die direkte Demokratie, die Volksrechte in weiten Teilen unserer Gesetzgebung ausser Kraft setzen.

Mit diesem Vertrag wäre die Schweiz ein Untertanengebiet, eine Art Passivmitglied der Europäischen Union. Wir müssten zwar die Regeln der EU übernehmen, könnten aber bei ihrer Gestaltung nicht mitentscheiden. Wie könne man als Schweizer Politiker nur für so einen schlechten Vertrag sein?

Die Erklärung ist einfach: Mehr EU bedeutet mehr Macht für die Politiker, weniger Macht fürs Volk. Die EU ist eine Institution, in der die Politiker viel und die Bürgerinnen und Bürger wenig zu sagen haben. Darum sind so viele Politiker für die EU.

Die Schweiz ist das Gegenteil der EU: Bei uns sind die Bürgerinnen und Bürger oberster Verfassungsgeber, sind sie der Chef. Kein Gesetz, kein Verfassungsartikel, kein Zehntelprozent einer Mehrwertsteuererhebung kann ohne die Zustimmung des Volks beschlossen werden.

Die direkte Demokratie ist für Politiker die anstrengendste bekannte Staatsform, weil sie die Freiheit des Politikers begrenzt, um stattdessen die Freiheit, die Macht und den Einfluss der Bürgerinnen und Bürger zu erweitern.

Die Schweiz gilt als freiheitlicher, als liberaler Staat. Das ist richtig, aber man muss fragen: Freiheit für wen? Nordkorea ist aus Sicht seines Diktators auch ein freier Staat, allerdings ist dort nur einer frei: der Diktator. In der Schweiz ist es umgekehrt: Nicht die Mächtigen, die Politiker sind frei, sondern die Freiheit der Bürgerinnen und Bürger steht zuoberst. Die Direktbetroffenen entscheiden über alles, was sie direkt betrifft. Für diese einzigartigen Volksrechte wird die Schweiz weltweit bewundert.

Man muss sich allerdings von der Illusion lösen, dass die direkte Demokratie in der Schweiz eine Herzensangelegenheit der Politiker gewesen sei. Das Gegenteil ist der Fall. In der Regel waren die politischen Eliten gegen diese Staatsform, sie fürchteten und dämonisierten die direkte Demokratie.

Alfred Escher, der grosse Zürcher Unternehmer und Freisinnige, ein wichtiger Architekt der modernen Schweiz im 19. Jahrhundert, nannte die direkte Demokratie abschätzig «Pöbelherrschaft». Nie wäre es ihm in den Sinn gekommen, Volksentscheide zu befürworten, zuzulassen.

Es waren nicht die liberalen Gründer des Bundesstaats, die dem Volk gnädigerweise die direkte Demokratie von oben gewährten. Die Bürgerinnen und Bürger mussten sich ihre Volksrechte, mussten sich ihre direkte Demokratie gegen den Widerstand der Regierenden zäh erkämpfen. Winterthur war im Kanton Zürich das Zentrum dieses demokratischen Aufstands gegen die obrigkeitliche Arroganz der Parlamentskönige um Escher.

War die direkte Demokratie wenigstens nach ihrer Einführung unbestritten? Keinesfalls. Bundesrat und Parlament nutzten die erstbeste Gelegenheit, um die eigene Macht wieder auszubauen – auf Kosten des eigentlichen Souveräns. Anlass bot der Zweite Weltkrieg. Damals regierten Bundesrat und Bundesversammlung ohne direkte Demokratie im sogenannten Vollmachtenregime. Was in Kriegszeiten Sinn ergab, hätte nach Kriegsende sofort beendet werden sollen. Es geschah nicht.

Im Gegenteil. Die Mächtigen in Bern kamen durch den Weltkrieg so richtig auf den Geschmack. Sie wehrten sich gegen die Wiedereinführung der direkten Demokratie. Sogar die Bauern-, Gewerbe- und Bürgerpartei (BGB), Vorläuferpartei der SVP, machte bei der geplanten Volksausbremsung mit.

Es war Migros-Gründer Gottlieb Duttweiler, der eine Volksinitiative für die Wiederherstellung der vollen politischen Volksrechte lancierte. Er gewann die Volksabstimmung 1949, doch es sollte noch zwei Jahre dauern, bis die direkte Demokratie in alter Blüte installiert war.

Nichts ist weniger selbstverständlich als die einzigartigen Schweizer Volksrechte. Sie sind seit ihrer Institutionalisierung umstritten, bedroht. Manchmal aus dem Ausland, aber vor allem auch aus dem Inland durch unsere eigenen Politiker, die dem Volk die Macht abnehmen wollen.

In jüngerer Zeit sind die Angriffe auf die direkte Demokratie wieder krasser und aggressiver geworden. Parlament und Bundesrat haben sich Ende 2016 über den Volksentscheid gegen die Masseneinwanderung hinweggesetzt. Die Verliererparteien der Volksabstimmung beerdigten einen Volksentscheid, den sie während des Abstimmungsverfahrens erfolglos bekämpft hatten.

Auch Bundesrichter massen sich vermehrt an, Volksentscheide, Verfassungsartikel nur noch bei Bedarf ernst zu nehmen. Es hat sich eingebürgert, internationale Bestimmungen, internationales Recht, die Europäische Union dem Landesrecht vorzuziehen. Die Staatsgewalten, die sich an die Verfassungsbestimmungen des Volkes halten sollten, schwingen sich selber zu Verfassungsgebern auf.

Die stillen Despoten von Bern stehen zusehends auf der Seite der EU, nicht mehr auf der Seite des Schweizer Volks. Das institutionelle EU-Abkommen ist der neuste Versuch, die direkte Demokratie zurückzubinden, die politischen Volksrechte einzuschränken, die Macht des Bürgers abzubauen.

Davon profitieren automatisch die Politiker, regierende Kreise, Eliten, auch Konzernchefs, die sich geärgert haben, als ihnen das Stimmvolk mit der «Abzocker»-Initiative verboten hat, sich beliebig an den Kassen ihrer börsenkotierten Unternehmen zu bedienen.

Die Politiker, die das institutionelle EU-Abkommen wollen, sehen darin ein Instrument, ihre Macht auf Kosten des Volks auszudehnen. Darum sind sie dafür.

Die Geschichte lehrt, dass in der Schweiz die direkte Demokratie nur dann bewahrt werden konnte, wenn sich die Bürgerinnen und Bürger gewehrt haben. Verschlafen die Schweizer heute diesen Kampf, werden sie in der EU aufwachen. In Unfreiheit als Untertanen ihrer Politiker und einer fremden Macht.

 

 

 

 

 

 

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