Aussi prévisibles soient-ils, le récent appel du Saint-Père à « une prise de conscience » de la souffrance des migrants sud-américains et l’actuelle levée de boucliers des évêques mexicains contre l’accord provisoire conclu le 7 juin entre Mexico et Washington sur la suspension du flux migratoire sur le continent américain n’en restent pas moins quelque peu déroutants pour nombre de fidèles. Car, s’il est évident – comme l’a rappelé la Conférence épiscopale mexicaine – que des vies humaines ne peuvent être prises « comme monnaie d’échange » lors d’une négociation, nombreuses sont les références catholiques précisant que l’immigration peut être limitée dès lors que les gouvernements sont mus par des « motifs d’utilité publique ». Ce qui est en l’occurrence le cas des Etats-Unis comme du Mexique.
Des mesures sans précédent
Rappelons tout d’abord que cet accord n’est pas, comme le prétendent de façon mensongère nos grands médias, un accord « anti-migrants », mais il marque la ferme volonté du président Trump de reprendre le contrôle d’une frontière sud devenue au fil des années une véritable passoire et un point de passage majeur pour des dizaines de milliers de clandestins sud-américains vers les Etats-Unis. Ce qui, évidemment, n’est pas sans conséquences pour ce pays déjà miné par le communautarisme et risque, à terme, d’y susciter de graves troubles. Concrètement, le Mexique s’est engagé à prendre des « mesures sans précédent », notamment le déploiement de sa Garde nationale, ainsi que des actions contre les réseaux de passeurs, de transport et de financement de l’immigration clandestine. En contrepartie de quoi, celui-ci s’est vu épargner les tarifs commerciaux élevés que Washington comptait lui appliquer à partir de ce lundi.
Des raisons de sécurité intérieure
Un accord dont s’est bien sûr vivement félicité Donald Trump, mais qui a suscité l’indignation de la Conférence épiscopale mexicaine qui, dans un communiqué daté du 11 juin, a rappelé que « les migrants ne sont pas une monnaie d’échange ». Ainsi, a expliqué le cardinal Lopez, président de la Conférence épiscopale, « aucune négociation ne doit être placée au-dessus de ce que l’Eglise et la société civile défendent depuis des années : la non-criminalisation des migrants et des défenseurs des droits de l’homme […]. En tant que membres de la famille humaine, nous ne pouvons pas rester indifférents à la souffrance dans laquelle vivent beaucoup d’entre eux et qui exige notre aide humanitaire et le respect sans restriction de leurs droits fondamentaux ». Des propos qui rejoignent ceux récemment tenus par le Saint-Père, lors d’un entretien qu’il a accordé à la chaîne mexicaine Televisa. En effet, a déclaré le pape François, il faut en la matière « accompagner, promouvoir et intégrer », et pour cela, il faut « dialoguer pour se mettre d’accord entre gouvernements ». Et François de citer alors en exemple la Suède, qui à la fin des années 1970 a accueilli de nombreux Sud-Américains.
Reste que, si Washington a exercé une telle pression ces derniers mois sur Mexico, c’est d’abord, et avant tout, pour des raisons de sécurité intérieure. Or, comme le précisait Pie XII dans la Constitution apostolique Exsul familiade 1952, si l’immigration doit concerner « des étrangers nécessiteux et honnêtes », elle peut aussi être limitée pour des « motifs d’utilité publique ».
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Encore un coup monté par les curés ?