A Genève, le Premier ministre russe plaide pour la semaine de travail de quatre jours

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«Le progrès technologique n’entraîne pas seulement la réduction du nombre d’emplois, mais aussi la réduction du temps de travail et la diversification de nos loisirs. Il est très probable que, à l’avenir, la semaine de travail de quatre jours deviendra le fondement des relations socioprofessionnelles», a estimé le 11 juin le premier ministre russe Dmitri Medvedev. Il prenait la parole à Genève dans le cadre de la 108e conférence de l’Organisation internationale du travail (OIT) à l’occasion du centenaire de l’organisation. 

Le Premier ministre a cité l’exemple de l’industriel américain Henry Ford, qui avait décidé il y a un siècle de ramener la semaine de travail de 48 à 40 heures, obtenant une augmentation de la productivité du travail.

Interrogé par l’agence presse russe Ria Novosti, Tatiana Golikova, vice-Premier ministre russe chargé de la Politique sociale, du Travail, de la Santé et des Retraites, a pour sa part estimé que pour réussir une éventuelle transition vers une semaine de travail de quatre jours, il faudrait opérer des changements majeurs, en particulier concernant le droit du travail et examiner la question des garanties sociales.

«Puisque nous discutons de ce sujet dans le cadre de l’Organisation internationale du Travail, en premier lieu de la transition vers la semaine de travail de quatre jours, la question qui se pose est celle des garanties sociales des citoyens et du salaire qu’ils recevront […] mais il ne fait aucun doute que tous les partenaires sociaux et toutes les organisations internationales conviennent que la population ne doit pas souffrir de pertes dans sa sécurité matérielle», a ajouté le vice-Premier ministre.

Vérité mondiale et réalités domestiques

Une des vocations de l’OIT est de contribuer à établir au niveau mondial des standards pour les conditions de travail, et le discours de Dmitri Medvedev a été prononcé dans ce contexte particulier. Mais en Russie, la proposition du Premier ministre a surpris parce que les principales questions liées au marché du travail sont la démographie ou le niveau de rémunération, plutôt que le chômage.

Par exemple, Vladimir Goutenev, vice-président de la commission pour la politique économique de la Douma, chambre basse du Parlement russe, cité par l’agence RIA Novosti, a estimé que les autorités russes devraient augmenter les salaires dans le pays plutôt que réduire la semaine de travail. Il a rappelé que depuis des années, sa commission plaidait la nécessité d’augmenter le nombre de travailleurs et exprimait sa volonté de faciliter l’immigration de travail en Russie.

Il a aussi évoqué le nombre de jours fériés et la nécessité d’augmenter les salaires en expliquant : «Je pense que, par rapport à d'autres pays, nous avons beaucoup de jours fériés, de jours de congé [...] Selon moi, les garanties sociales ne doivent pas être exercées par la réduction du temps de travail effectif, mais par l’augmentation du salaire minimum.»

En Russie, la priorité c'est les salaires

Pour l’économiste Natalia Potchinok, qui préside la Commission sur la politique sociale à la Chambre civile de Russie (équivalent du Conseil économique et social français), la réduction de la semaine de travail à quatre jours n’est pas la priorité.

«Vous savez que nous avons une semaine de travail de 40 heures et de cinq jours qui assure le développement économique et l’état actuel du marché du travail en Russie… Si, avec le temps, il devient évident que les pertes d'emplois et l’état de l'économie exigent la réduction de la semaine de travail à quatre jours, il sera nécessaire d’examiner cette option. Je suis sûre que ce n’est pas une question à laquelle il faut répondre immédiatement», a affirmé Natalia Potchinok.

En Russie, la journée de travail de huit heures est un acquis de la Révolution d’Octobre, mais à l’époque, la semaine de travail durait encore six jours. Cette norme a connu de nombreux changements pendant la période soviétique, essentiellement liées aux prémices, puis aux suites de la Seconde Guerre mondiale. La tendance à la réduction très progressive de la durée hebdomadaire du temps du travail s’est poursuivie jusqu’à la fin de l’Union soviétique, passant de 42 heures dans les années 1960 à 40 heures en 1991.

Plus récemment, en 2010, l’homme d’affaires russe Mikhaïl Prokhorov a proposé, alors qu’il dirigeait la commission du marché du travail du RSPP, le Medef russe, l’allongement à 60 heures de la durée légale de la semaine de travail, uniquement à la demande du salarié. Une proposition qui n'a pas abouti.

Lire aussi : «A l'orée d'un temps de guerre» : à l'OIT, Macron appelle à la refonte du système néolibéral

 

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2 commentaires

  1. Posté par Michel Vasionchi le

    Autre considération , par exemple , dans le/les domaines de l’agriculture ,(mais pas seulement) , bien souvent, le manque de mains d’oeuvre est évident , alors que le temps de travail augmente pour les agriculteurs , alors, pourquoi ne pas envoyer les chômeurs des villes à la rencontre des travailleurs des champs…..mais pas selon la méthode marxo/socialiste car en Chine se fut un désastre humain ….!

  2. Posté par Antoine le

    La semaine de 32H en France n’a pas eu le ”succès” escompté !
    Économie nationale a besoin de main d’œuvre qualifié et de qualité !
    La formation et l’éducation sont indissociables et doivent être développés conjointement.

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