À quel moment l’art, la culture, l’intérêt pour la peinture, apparaissent dans votre vie?
L’art, la musique – surtout Mozart – m’ont toujours intéressé. Mais je n’ai pas toujours eu l’argent pour des œuvres originales. Quand je me suis marié, nous avions des posters à la maison. Après, quand j’ai eu plus d’argent, j’ai eu la possibilité d’acheter des tableaux. J’ai commencé deux fois une collection. D’abord, en tant que manager avec un bon salaire, j’ai acquis quelques Anker et Hodler très simples. Ensuite, pour acheter la compagnie Ems-Chemie AG en 1983, j’ai tout dû vendre. Notre maison, mes tableaux. Nous n’avions plus rien. Ensuite, j’ai recommencé, en achetant parfois des œuvres qui avaient été les miennes! [...]
Pour vous, issu d’un milieu modeste, ces valeurs étaient familiales?
Dans notre famille, la culture était très importante. J’ai par exemple trois frères et sept sœurs et tous ont joué d’un instrument de musique. Mon père était très intéressé par l’art et je crois que cela remonte donc à mon enfance. Il nous disait de regarder Anker et Hodler. Nous avions une belle salle pour les fêtes d’anniversaire avec un piano au-dessus duquel il y avait la copie d’un Hodler avec le Léman et les montagnes.
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À voir vos œuvres, on ne s’étonne pas des Anker, avec leur côté conservateur et l’image de la Suisse du passé qu’ils portent. Mais Hodler est très différent: c’est votre penchant moderniste?
Oui, c’est le début. Anker a, lui, longtemps hésité entre le style moderne et traditionnel, même s’il a connu de grands peintres de son temps comme Monet, Cézanne, Gauguin et Van Gogh. De son côté, Hodler a ouvert la voie du modernisme. [...]
Vous savez, ceux qui disent qu’Anker c’est quelque chose pour Blocher, c’est qu’ils ne comprennent pas Anker, et puis pas Hodler non plus. Troisièmement, ils ne connaissent pas Blocher!
Avez-vous constitué votre collection pour que cette partie du patrimoine demeure en Suisse?
Ce n’est pas si important, même si je suis heureux que ces tableaux soient ici. J’ai lu qu’un Chinois avait acheté une sculpture de Giacometti pour 150 millions de dollars et on lui a demandé pourquoi. Il a répondu que c’était la sculpture la plus chère du monde et que, à ce titre, il voulait la posséder. Si c’est ça la motivation, elle ne me plaît pas.
Avoir beaucoup acheté Anker et Hodler a dû faire monter leur cote?
Ce n’est pas seulement à cause de moi. Mais les prix des Hodler et des Anker ont beaucoup augmenté ces 30 dernières années. [...]
À quel usage destinez-vous votre collection?
Beaucoup de collectionneurs pensent faire un cadeau à l’État avec une fondation. Mais cela contraint souvent l’État à construire un musée qui coûte cher et à en assurer le fonctionnement, ce qui coûte encore très cher. Nous avons trop de musées en Suisse, car il n’y a pas beaucoup de visiteurs. Certain grand musée suisse a 15 visiteurs par jour en moyenne.
Quelle est votre solution alors?
Je préfère que mes tableaux restent chez moi et les prêter quand une exposition en a besoin comme cela a été le cas pour Anker au Japon ou pour Hodler à Vienne ou à Budapest.
Vous êtes très ouvert au prêt?
Oui, je ne demande aucun paiement, c’est gratuit. Je demande juste des assurances sur les questions de sécurité. Dernièrement, j’ai prêté mes tableaux à Genève, à Berne, à Winterthour[...]
Vous voyez, il y a chez vous un lien entre peinture et politique!
La politique et la vie civile, on ne peut pas les séparer. Pour moi, ça a toujours été la même chose. Et vous avez raison, je ne suis pas un socialiste. Car les socialistes disent que l’on peut régler toutes les choses et moi, je dis non, il y a beaucoup de choses que l’on ne peut pas régler et c’est même parfois mieux de ne pas régler. Anker montre des gens qui ne sont pas réglés, à l’inverse de Hodler, qui n’était quand même pas un socialiste.
Y a-t-il un Hodler que vous préférez? Celui des débuts, de la fin?
D’abord j’ai aimé celui des débuts, plus concret. Maintenant, je préfère celui des dernières années, plus mûr. C’est peut-être que je suis aussi plus âgé, que je partage les mêmes vues.
Hodler vous plaît aussi pour ses audaces?
Il a connu des attaques.[...]
Vous vous identifiez à Hodler?
Non, je ne peux pas le dire, mais les gens qui font bouger les choses me plaisent. Et quand vous voulez bouger les choses, il faut parfois provoquer un peu, parce qu’autrement personne ne vous écoute. Et j’ai fait ça plusieurs fois dans ma vie, en économie surtout, mais aussi en politique.

pour une fois, un reportage plutôt bienveillant sur Blocher que la presse romande depuis 20 ans a fait passer pour un gros lourdaud, rustre et inculte !
Je pense que ça serait une excellente idée pour la Suisse et les Suisses si Monsieur Blocher créait une fondation et un musée pour exposer ses Anker et ses Hodler ! Et des milliers de personnes visiteraient ce musée chaque année, venant de partout dans le monde !
Beaucoup de personnes qui font de la peinture, pas de la barbouille, sont admiratives de la technique époustouflante de Anker !