Le projet islamiste pour la campagne présidentielle

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Entretien avec Lina Murr Nehmé.

Lina Murr Nehmé vient de signer un livre essentiel, Tariq Ramadan, Tareq Oubrou, Dalil Boubakeur : ce qu’ils cachent. Ces trois personnalités du monde musulman, qui nous sont présentées comme « modérées », ne cherchent-elles pas à jouer un rôle dans les élections qui vont se dérouler en France ? L’une des grandes qualités de Lina Murr Nehmé est que ses livres parlent à toutes les générations et qu’elle fournit et commente, grâce à sa connaissance de la langue arabe, des traductions d’extraits d’ouvrages proposés aux musulmans qui vivent en Europe et qui, faites par d’autres, sont édulcorées.

— Pourquoi avez-vous choisi de faire paraître votre livre précisément début 2017 ?

— Tariq Ramadan a annoncé qu’il voulait la nationalité française. J’en ai conclu qu’il allait se mêler de politique française. Déjà, il avait fait cela lors des précédentes élections présidentielles, ce citoyen suisse s’étant permis de donner des consignes électorales en France. J’ai décidé de démasquer son projet et celui des autres islamistes pour la France durant la campagne présidentielle 2017, où il était clair qu’ils allaient tenter d’obtenir le plus d’avantages possible.

— Pourquoi parler avant tout de Hassan Al-Banna ?

— Il est la clé de voûte de l’édifice islamiste aujourd’hui. Tous les islamistes se réclament de ses idées, même quand ils ne l’admettent pas. Il suffit de vous dire qu’en France, les disciples les plus actifs de Hassan Al-Banna sont Tareq Oubrou, ainsi que les Frères musulmans et l’UOIF.

— Le poli Tariq Ramadan, le gentil Tareq Oubrou et le charmant Dalil Boubakeur ne nous sont-ils pas présentés comme « modérés » ?

— Est-ce que le cyanure tue moins s’il est avalé avec plaisir dans un gâteau à la crème que s’il se présente de façon repoussante ? Commençons par Tariq Ramadan. Il dit que la « pensée critique sur le droit, la politique, la société et le pluralisme » de son grand-père Hassan Al-Banna est pour lui une référence de cœur et d’intelligence. Il sait pourtant que, sur le plan du droit et de la politique, Al-Banna ne voulait que la charia. Il parlait franchement d’un règne de la hache et du fouet. Si Tariq Ramadan nie cela, il ment. Hassan Al-Banna est également le mentor de plusieurs des auteurs au programme de l’Institut pour imams et aumôniers de prison de la Mosquée de Paris, que préside Dalil Boubakeur. On n’ose penser à l’enseignement que des étudiants formés à cette école pourraient dispenser dans les mosquées et les prisons de France, de Belgique, de Suisse, du Canada.

— Vous insistez sur un point qui vous semble essentiel, celui des « versets abrogés ». Pouvez-vous nous expliquer ?

— Il existe dans le Coran des versets qui en contredisent d’autres. Dans ce cas, le verset le plus récent abroge le plus ancien. En fait, tous les versets parlant d’amour universel ou de pardon ont été abrogés. Pour vous en assurer, lisez la sourate 9. Elle est l’avant-dernière dans l’ordre chronologique, et ses versets abrogent les précédents. Pour reconnaître les versets abrogés, on peut lire Le Coran par ordre chronologique, traduit et annoté par Sami Aldeeb.

Toutes les écoles de théologie musulmane du monde – y compris l’institut de Boubakeur – enseignent le principe de l’abrogation, parce qu’il se trouve dans tous les textes sacrés de l’islam, notamment le Coran et les traditions orales ou Hadith. A noter que Tariq Ramadan, Tareq Oubrou et Dalil Boubakeur nous citent régulièrement des versets abrogés sans nous dire qu’ils le sont.

— Pour ces trois personnages, en quoi consiste le djihad ? Tel qu’ils savent le présenter aux Occidentaux, ou tel que l’islam le définit ?

— Dalil Boubakeur est modéré, mais il préside une école d’imams dont le cursus est basé sur des livres extrémistes, où la notion de djihad ne diffère pas de celle de Daesh. Le programme est imposé par l’Algérie.

Tareq Oubrou a dit en 1999 qu’il fallait faire le djihad pour rétablir l’Etat islamique ou califat. Et en 2015, il a dit qu’il fallait faire le « djihad physique » contre les « mécréants ». Pour permettre de reconnaître ces mécréants, il a cité un verset du Coran qui parle des chrétiens et des juifs.

Et Tariq Ramadan justifie le massacre de 700 juifs en prétendant qu’ils ont trahi Mahomet. Mais transposez la situation de nos jours. Mahomet était un immigré dans la ville de ces juifs. Ces juifs faisaient ce que nous appellerions aujourd’hui de la résistance. D’après nos valeurs, leur décapitation est injustifiable.

— Qu’appelez-vous « djihad médiatique » ?

— C’est une idée de Qaradawi, président de l’association d’oulémas à laquelle appartient Tariq Ramadan. Qaradawi affirme que l’Occident sera conquis par les réseaux sociaux, internet, la vidéo, etc., et que ces instruments sont ceux du djihad d’aujourd’hui. Ses disciples sont nombreux à utiliser nos pages Facebook comme chaires pour insinuer leurs idées, et ils sont de véritables pots de colle.

— Qu’est-ce que « la charia de minorité » ?

— C’est une idée de Tareq Oubrou. Pour empêcher les musulmans de disparaître dans la société française laïque, il les appelle à renoncer à certains traits de la charia, comme le port du voile – et, bien sûr, la lapidation, l’amputation, le fouet, l’esclavage, etc. Mais si la charia de minorité est pratiquée parce que les musulmans sont minoritaires en France, cela implique le passage à la charia de majorité quand ils seront majoritaires. On les pousse donc à procréer, cependant que les bébés des Français de souche finissent nombreux dans les poubelles des cliniques d’avortement.

— Qui est Farag Foda ?

— Cet homme courageux, un intellectuel égyptien musulman, a défendu les chrétiens et dénoncé les islamistes. Ils l’ont tué. Cet assassinat a provoqué une importante controverse entre les défenseurs de la charia et ceux des droits de l’homme. Son meurtre et celui de tout musulman considéré comme apostat ont été défendus par Qaradawi. Par son influence, ce dernier est responsable de la mort d’un très grand nombre de personnes. Il a appris aux terroristes à voir comme des apostats les musulmans qui servent dans l’armée française, se détendent dans un lieu où l’on peut boire de l’alcool ou célèbrent la fête nationale française avec les non-musulmans à Nice en sachant qu’ils manqueront l’heure de la prière (10 h 36).

— Une partie de votre livre est consacrée à la guerre d’Algérie, telle que son histoire est enseignée aux jeunes Algériens. Mais vous apportez également des éléments moins connus sur le comportement en Algérie de généraux français issus des armées napoléoniennes…

— En fait, l’histoire des massacres commis par les Arabes à l’encontre des Maghrébins n’est pas enseignée aux jeunes, car elle provoquerait une révolte. J’ai justement traduit pour le lecteur ces textes peu connus.

On n’insiste pas non plus en Algérie sur les textes où le célèbre sociologue Ibn Khaldoun accuse les Arabes d’avoir ruiné les sciences, les arts et la civilisation des nations vaincues. Et on ne dit pas aux Algériens que leurs ancêtres préféraient l’occupation française à celle des Turcs et à leurs exactions, et que c’est pourquoi ils n’avaient pas résisté. L’émir oranais Abdel-Kader avait appelé les Algériens au djihad, en vain. Ce sont les crimes des généraux Clauzel, Pierre le Cruel et surtout Rovigo qui ont éveillé le démon de la guerre. A signaler que ces généraux violaient les ordres reçus et que plusieurs Français tentaient de les neutraliser pour défendre les Algériens.

Du côté algérien, par contre, il n’y avait personne pour s’opposer, sans risquer la mort, aux massacres d’Algériens par Abdel-Kader. Si Abdel-Kader avait été populaire, il n’aurait pas eu besoin de tuer des Algériens.

Propos recueillis par Anne Le Pape

  • Lina Murr Nehmé, Tariq Ramadan, Tareq Oubrou, Dalil Boubakeur : ce qu’ils cachent, éd. Salvator, 254 pages, 22 euros.

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2 commentaires

  1. Posté par miranda le

    TOUJOURS DES PERSONNES COURAGEUSES QUI RISQUENT LEUR VIE POUR NOUS.
    La seule chose à faire : ACHETER LEURS LIVRES et créer des bibliothèques tournantes (petite valise pleine de leurs livres et aller de groupe de lecture en groupe de lecture – familiaux ou amicaux- proposer un petit débat – et ensuite passer aux prêts de livres) SRATEGIE GAGNANTE POUR ETRE INFORMES. Cette “formation” est indispensable si un jour le besoin de REAGIR se fait sentir. Tout dépendra des évènements. MAIS L’IMPORTANT EST DE FAIRE SAVOIR. Car le nombre de gens qui ne vont pas sur les sites de réinformation est IMMENSE.

  2. Posté par Azty le

    Pour ceux qui douteraient du système d’abrogation des versets (nasikh et mansukh) je vous invite à prendre votre coran de chevet et de lire la sourate 2 au verset 106.
    Pour info, la 2ème sourate (al baraqa/la vache) est en réalité la 87ème sur 114 et donc post-hégirienne).
    Il va sans dire à la lumière de ces renseignements que le coran doit impérativement être lu dans sa vraie chronologie et non pas selon la tradition d’Uthman.

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