Il n’y a pas et il n’y a jamais eu de plan Kalergi

Par Christine Tasin

 

Je suis effarée de lire, trop souvent, que le remplacement de population serait l’application pure et simple d’un certain plan Kalergi, du nom de l’homme politique Richard Coudenhove-Kalergi qui, ayant eu le malheur – et la mauvaise idée-  de faire partie des traumatisés de la première guerre mondiale, a cru, comme beaucoup, qu’il fallait tout faire pour qu’il n’y ait « plus  jamais ça » et que le meilleure façon d’y parvenir serait de construire à l’échelle de l’Europe l’équivalence de la Suisse (qu’il admire, qu’il prend comme modèle) ou celle des Etats-Unis d’Amérique, une fédération créant entre nations des liens indéfectibles qui rendraient toute guerre impossible. On lui reproche d’avoir ainsi installé les prémices de la disparition des nations, nécessaire préalable à cette fédération européenne, sans chercher à comparer l’Europe dont il rêvait et celle qui a été faite, en violation complète de ses souhaits.

Mais on lui fait encore plus souvent un autre reproche, il aurait, dans son livre Praktischer Idealismus, publié en 1925, imaginé une race idéale métissée, négroïde... où certains voient l’aboutissement des campagnes actuelles pour la diversité et la société multiculturelle. 

Je vais essayer de faire la lumière sur le personnage et son oeuvre, afin de rendre à César ce qui appartient à César. Si Kalergi a rêvé d’une Europe sans guerre, d’une Europe avec des accords entre nations, il était bien loin de l’Europe que nous voyons, dont il aurait eu lui aussi horreur, comme le montrent les extraits de son oeuvre que je citerai. Ce sont d’autres qui, sans scrupules, ont fait du rêve européen de Kalergi un cauchemar. Par ailleurs les citations que d’aucuns font, hors contexte, et notamment en supprimant ce qui les précède, ne correspondent en rien à un projet de société de Kalergi, qui, au contraire, rêvait d’un monde non métissé…

Je commencerai par rappeler quelques étapes importantes de la vie, de la pensée et des écrits de Richard Coudenhove-Kalergi avant de montrer que la réputation qui lui est faite est un mauvais procès s’appuyant sur des citations  isolées, tronquées, qui dénaturent totalement le discours de l’homme politique.

[…]

On trouve, éparpillées dans son oeuvre et réunies dans la conférence qu’il a donnée en 1939 sur Le patriotisme européen ses grandes  idées sur l’Europe qu’il appelait de ses voeux.

  • C’est, d’abord, un amoureux de nos racines, grecques et chrétiennes et de notre histoire.  Il choisira comme emblème du mouvement paneuropéen qu’il a fondé la croix rouge des croisades sur le soleil d’or d’Apollon. Ainsi l’Europe de Kalergi , définie comme unie face à un ennemi commun et comme figure de l’esprit qui rayonne sur le monde doit être prête à envoyer ses chevaliers (le modèle est le chevalier médiéval qu’il admire) défendre son honneur.  Bref, une Europe chrétienne qui est portée par un idéal chevaleresque qui l’amène à prendre la tête de la planète. Il croit d’ailleurs au patriotisme européen.
  • C’est lui, également, qui,  le premier, a eu l’idée d’un accord entre charbon allemand et minerai français, dès 1923. Idée qui aboutira à la communauté européenne du charbon et de l’acier dans les années 50. En fait ce qu’il appelait fédération européenne et qu’il appelait de ses voeux était plus une confédération, un esprit que le système totalitaire reposant sur le profit que nous connaissons.
  • Toute sa vie il aura le sentiment d’avoir été trahi, l’Europe qui s’est construite le sera sans lui et, parce que ce n’est pas l’Europe dont il rêvait, il sera très vite tenu à l’écart des réunions et décisions. C’est lui qui a choisi l’Hymne à la joie comme hymne de l’Europe, ignorant ce que les élites américaines et européennes feraient de son rêve qu’ils ont piétiné et trahi. Il rêvait aussi d’un drapeau et d’un timbre-poste européen… il ne pouvait imaginer à quel point, presque un siècle plus tard les patriotes d’Europe conchieraient et l’un et l’autre… ne pouvant imaginer ce qu’ »ils » allaient faire de son rêve.
  • Il détestait Hitler qui le lui rendait bien et il a dû fuir l’Allemagne nazie. Il s’est battu toute sa vie contre les totalitarismes, expliquant que l’Europe devait demeurer un phare de l’intelligence, de la science, de la culture et donc du progrès, permettant l’égalité entre les hommes. Il refusait et le modèle raciste nazi,  le modèle communiste dictatorial et le modèle matérialiste menant au capitalisme démesuré qu’on appellerait aujourd’hui ultra-libéralisme.
  • Le modèle suisse dont il rêvait tient en quelques mots, égalité de tous les citoyens, sans distinction, et des nations, petites et grandes, dans les prises de décision ; indépendance, sécurité et intégrité de chacun des pays appartenant à la fédération, respect des libertés et des droits de l’homme ( les références à cette époque sont celles de la déclaration de 1789, bien différents de celle de 1948….) et bien sûr démocratie à la Suisse comme on la connaît.

Nulle part il n’est question de droits spécifiques des minorités et encore moins d’encouragements à laisser des non européens envahir l’Europe et saccager son identité et son essence…

[…]

Le fameux passage sur la race du futur étant un constat (et non un souhait) de l’évolution du monde, de la société, de l’homme qui mène à un monde sans limites, un monde où l’on voyage, où les frontières sont abolies, où l’on mélange les peuples, les races… Description visionnaire, en 1925, de ce que nous vivons moins d’un siècle plus tard. Description… et non mode d’emploi pour parvenir à un monde qui ne correspond pas aux valeurs et désirs de Kalergi, puisque ses désirs à lui sont un point d’équilibre entre les deux types humains qu’il a identifiés.

Tout d’abord il faut saisir la différence fondamentale qu’il fait entre habitants de la ville et habitants de la campagne. Cette analyse est d’une clairvoyance et d’une intelligence incroyables et les conclusions qu’il en tire d’une actualité bouleversante. Naturellement il faut se rappeler que le livre a été écrit en 1925, quand la majorité des Européens étaient paysans (et non néo-ruraux venus de la ville). Bref, il oppose la noblesse de sang et la noblesse d’esprit, le campagnard (Junker) et le citadin (lettré), et montre notamment comment ils ont pu faire les guerres, les victoires ou les défaites et comment seule une alliance des deux peut constituer un aristocrate accompli, aristocrate de l’esprit et de la volonté, qui n’est ni Junker ni lettré. Le modèle du junker accompli est le gentleman représenté par l’Angleterre, celui du lettré est le bohémien, représenté par la France révolutionnaire. César était un gentleman, Socrate un bohémien…

[…]

Bref, Kalergi, dans son oeuvre, ne donne pas une recette, ne décrit pas la société idéale vers laquelle les élites mondialisées devraient tendre. Il décrit deux grands types humains, présents partout en Europe. Les urbains, « métis » (mélangés, et non mélange de deux couleurs différentes) car produits du mélange de familles, de villes, d’origines sociales différentes, qui, génération après génération se distinguent de leurs parents, jusqu’à la dégénérescence… et les rustiques, qui, à ne jurer que par l’entre-soi, qui, génération après génération, n’ont rien inventé, par peur de se distinguer de leurs parents, jusqu’à la consanguinité et ses dégénérescences. On peut être en désaccord avec les analyses de Kalergi, évidemment, mais l’honnêteté intellectuelle veut qu’on ne lui fasse pas un faux procès. Faux procès pratique d’ailleurs pour éviter de se poser les bonnes questions sur nos dirigeants et la mondialisation, tant il est simple et facile de trouver un bouc émissaire mort depuis longtemps…

[…]

 

Source:

http://resistancerepublicaine.eu/2016/03/31/il-n-y-a-pas-et-il-ny-a-jamais-eu-de-plan-kalergi-premiere-partie/

http://resistancerepublicaine.eu/2016/03/31/non-kalergi-na-jamais-voulu-une-race-future-negroido-eurasienne-deuxieme-partie/?

via Riposte Laïque 1 2

10 commentaires

  1. Posté par G. Vuilliomenet le

    Le site Minurne nous offre sa vision:

    http://www.minurne.org/?p=5094

    « Et il insiste : l’Europe doit être une Europe majoritairement blanche, chrétienne : tendance sociale et humanitaire chrétienne, foi chrétienne portée par un esprit héroïque et chevaleresque, afin qu’elle reprenne son rôle à la tête de la planète (L’Europe de demain, Conférence du 17 mai 1939 à l’hôtel Ambassadeur à Paris). Cette définition d’une Europe des Nations, réunissant les peuples européens, blancs, de civilisation chrétienne, excluant les pays communistes et musulmans, a mis les gauches européennes en fureur. Elles ont haï Coudenhove-Kalergi jusqu’au moment ou elles ont trouvé le moyen de récupérer son projet pour une faire un plan totalement détourné de l’original, un plan effroyablement raciste que l’on attribue à tort à Kalergi. Elles l’ont même accusé de nazisme, alors qu’il était marié à une juive, détesté de Hitler, et qu’il a fui le régime hitlérien en fin d’année 1939 en se réfugiant aux États-Unis jusqu’à son retour en France en fin d’année 1945. »

    « C’est peu après, en 1978, six ans après la mort de Coudenhove-Kalergi, qu’apparaît le Plan Kalergi que certains tentent de faire remonter à 1922, alors que le premier livre de Coudenhove-Kalergi, Paneuropa a été publié en 1923. On lui attribue le Plan Kalergi. Il porte son nom, mais il est permis de penser qu’il s’agit d’un faux et que les auteurs ont cherché à utiliser sa notoriété pour dissimuler leur projet néo-nazi. »

  2. Posté par pierre-Henri Reymond le

    Merci, Mme la Marquise, d’avoir offert le lien vers le livre de Kalergi en français! Et aux Observateurs d’en être le relais.

  3. Posté par Tommy le

    En lisant cela, je deviens Kalergique au gluten. Que faire, docteur?

  4. Posté par JeanDa le

    Ce que souligne Dominique Baettig ci-dessous (le 3 avril 2016 à 12h04) est important !
    Effectivement, le grand brassage des populations et sa finalité qui est leur ultime asservissement ne concerne que le petit peuple (vous et moi) !
    Ceux qui en tirent profit savent très bien s’en préserver ! Ils restent « entre gens de qualité » et ne se mélangeront jamais à la masse grouillante !
    … Circulez, il n’y a rien à voir.

  5. Posté par Baettig Dominique le

    Le métissage souhaité , voire promu par propagande, c’est pour la masse, les rustiques, les bouseux, les ouvriers, les autochtones. Les « élites » savent sauvegarder leur patrimoine, leurs ressources et leur identité depuis la nuit des temps….

  6. Posté par pierre-Henri Reymond le

    @ Le Taz: rien de nouveau… ils ornent les tombeaux des prophètes que leurs pères ont tués. Quand aux différentes « lectures », je m’offrirai bien la mienne, si je parlais l’allemand.

  7. Posté par Le Taz le

    S’il n’y a pas de plan Coudenhove-Kalergi, alors il faudrait nous expliquer la nature du prix international Coudenhove-Kalergi, distribué tous les deux ans dont les trois derniers lauréats sont : Angela Merkel, Herman von Rompuy et Jean-Claude Junker ??? Etonnant, non ?

  8. Posté par C. Donal le

    « au contraire, rêvait d’un monde non métissé »
    C’est essentiel et il faut le souligner.
    Autre sujet, cependant lié, Helena Blavatsky (1831-1891) et Alice A. Bailey, dont la doctrine a ratissé large, jusque dans l’ONU par la suite semble-t-il. Là encore, pas de métissage. Difficile de trouver des auteurs ayant abordé le sujet.

  9. Posté par Vautrin le

    Curieux… J’ai lu « Praktischer Idealismus » la plume à la main selon mon habitude, et je n’ai pas du tout de cet écrit la même vision que la sympathique Christine Tasin. Comme quoi un même message linguistique n’est pas saisi de la même manière par deux personnes. Il n’est d’ailleurs pas douteux que de leur côté les renégats de l’eurocratie aient tiré du rescrit de Kalergi le fiel qu’ils mettent dans leur politique infâme. Mais s’ils l’ont pu, c’est peut-être que quelques ingrédients se trouvaient à la source, non ?

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