Sondage exclusif : l’immigration n’est pas une chance pour la France

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Qui osera encore parler, comme le fit Bernard Stasi en 1984, de l’immigration “chance pour la France” ? Notre sondage exclusif réalisé par l’Ifop ne laisse aucune place au doute : pour une large majorité de Français, l’immigration est aujourd’hui perçue de manière négative. Ils sont ainsi 86 % à penser qu’“il faut passer d’une immigration subie à une immigration choisie”, au lieu de 62 % en avril 2006. Pis : la proportion de sympathisants de gauche à partager cette opinion s’élève à… 82 % (avec la plus forte progression : 33 points en sept ans), quand ceux de l’UMP sont 96 %, et ceux du Front national, 92 % !

Racisme ? Xénophobie ? On entend déjà les beaux esprits fustiger une société française “radicalisée” et une “parole qui se libère”. Qu’ils analysent les résultats de notre sondage : les sympathisants du NPA à 83 %, ceux du Front de gauche (75 %), du PS (85 %), d’Europe Écologie-Les Verts (77 %), du MoDem (90 %) et de l’UDI (96 %) la partagent eux aussi !

« On observe, sur la question de l’immigration, un durcissement très net de la société française, commente Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop. Ce durcissement s’est même accéléré ces dernières années, et ce, sur toutes les questions que soulève ce débat. »

En effet, 67 % des sondés affirment qu’“on en fait plus pour les immigrés que pour les Français”. En avril 2006, ils n’étaient que 40 % à le penser. Cette hausse flagrante n’épargne pas la gauche (38 % des électeurs de Mélenchon et 41 % de ceux de Hollande partagent ce constat !) mais touche particulièrement la droite, où elle atteint 41 points dans l’électorat UMP et 27 dans celui du FN.

Plus révélateur encore, c’est dans les catégories supérieures(61 % à partager l’affirmation) que le rejet de l’immigration est le moins prononcé. Dans les classes populaires, en revanche, 73 % des employés et 80 % des ouvriers ressentent cette “préférence immigrée”. On observe, de même, un crescendo de l’exaspération selon que les sondés vivent ou non éloignés des beaux quartiers parisiens d’où viennent les leçons de morale de la gauche bien-pensante. Ainsi, 76 % des habitants des communes rurales répondent oui à cette question, tout comme 66 % de ceux des villes de province. Les habitants de l’agglomération parisienne ne sont en revanche “que” 59 % à partager cette opinion.

« Tous les indicateurs vont dans le même sens », poursuit Jérôme Fourquet. À la question “Trouvez-vous que les pouvoirs publics luttent efficacement contre l’immigration clandestine ? ”, les Français apportent un cinglant désaveu à la caste médiatico-politique, qui jette un voile pudique sur la question.

En février 2007, ils étaient 45 % — sous un gouvernement de droite — à penser que la réponse du gouvernement était adaptée. En octobre 2013, ils ne sont plus que 24 % ! Au PS, seuls 50 % des sympathisants jugent satisfaisante la politique menée en la matière par “leur” gouvernement, quand, à l’UMP, seuls 8 % se disent satisfaits, et 6 % au Front national ! Là encore, confirmant les thèses du géographe Christophe Guilluy, théoricien de cette “France des invisibles”, périurbaine et rurale, « beaucoup moins habituée au métissage et au multiculturalisme, sujette à un réflexe très marqué », selon Fourquet, 18 % seulement des Français des catégories populaires se disent satisfaits.

Cinglant démenti, enfin, à l’affirmation de Bernard Stasi. Repris dans une question de notre sondage, le titre de son livre, l’Immigration, une chance pour la France, fait aujourd’hui la quasi-unanimité contre lui. Les Français ne sont plus que 37 % à partager sa conviction — ils étaient encore 49 % en février 2007. Un discrédit généralisé envers la doxa politiquement correcte de nos gouvernants actuels.

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9 commentaires

  1. Posté par Jacky Brouze le

    @Michel de Rougemont : la corrélation que vous tirez entre la croissance en Suisse et l’augmentation de la population est pour le moins hasardeuse. La Suisse n’a-t-elle donc rien à faire valoir que sa luxuriante immigration pour expliquer son succès ?
    Alors si c’est le cas, d’accord avec Monsieur Derek Doppler : vivement les 30 millions d’habitants !

  2. Posté par Normandy le

    @Michel de Rougemont
    Rapportée à la population, la croissance du PIB par habitant n’est que de 0.9% par an, c.-à-d. plus ou moins l’inflation. Elle s’obtient aisément par l’augmentation « normale » de la productivité, et encore, à un bien faible niveau. Il est donc plus que raisonnable d’admettre que l’immigration n’y est pour rien. On peut même faire l’hypothèse inverse, l’apport d’une main d’œuvre étrangère théoriquement illimitée et effectivement moins coûteuse que l’indigène est plutôt une facilité permettant d’éviter des investissements technologiques et de maintenir un temps des activités vieillissantes. L’industrie automobile en Europe en est un exemple. Elle a engendré une migration importante jusque dans les années 1970. L’évolution technologique a ensuite rendu une telle main d’œuvre moins employable avec les conséquences économiques, sociales et politiques qu’on observe, d’autant que s’y est ajouté le regroupement familial.
    Quelques remarques encore :
    – Si les tendances que vous rapprochez présentent une corrélation, elles ne prouvent pas une causalité.
    – Plutôt que de parler de l’immigration, il faudrait parler DES immigrations. On constaterait qu’elles ont des implications positives ou négatives très différentes. Mais comme simplement évoquer une telle approche de la problématique relève mécaniquement du « racisme » selon le totalitarisme bien-pensant, les statistiques font l’impasse.
    – A l’argument bateau du « qui paiera nos retraites ? » et du « qui construit nos logements ? », il est facile de rétorquer par « qui paiera les leurs, de retraites ? » et ” qui construit leurs habitats ? ».
    Pour terminer, je vous recommande sur ce thème la lecture de la démographe française Michèle Tribalat et de l’expert allemand en économie Thilo Sarrazin, que leurs détracteurs vouent bien sûr aux gémonies mais ne parviennent pas à contredire.

  3. Posté par Derek Doppler le

    Quelle implacable logique. Alors vivement que l’on atteigne les 30 millions d’habitant en Suisse…

  4. Posté par Michel de Rougemont le

    @JeanDa
    Au cours des 10 dernières années le PIB suisse par habitant (étrangers compris) a crû de 1.9 % par an. Dans la même période la population totale a crû de 1.0% par an (ce qui est considérable et principalement causé par l’immigration).
    Si avoir plus de gens créant plus de richesses n’est pas un indicateur globalement positif alors il faut trouver de quoi se plaindre ailleurs.

  5. Posté par Michel de Rougemont le

    @Pierre
    Oui ce sont les statistiques qui le démontrent (flux migratoire net français en 2011:soit une “invasion” de 0,07% de la population totale) … au contraire des sentiments exprimés dans le médias publiés (les autres restent inconnus).
    Je répète: chez nos voisins le problème est dans la structure démographique, urbaine et sociale du pays, pas dans les flux d’entrées et de sorties. Et c’est plus difficile à corriger car 50-60 ans d’apartheid laissent des traces.

    Pour les problèmes en Suisse: oui ils existent, et ils ont des solutions.

  6. Posté par JeanDa le

    @Michel de Rougement: Bonjour,
    Vous écrivez “les flux […] contribuent positivement à la croissance économique sans aggravation du chômage.”
    Je souhaiterai avoir une étude complète sur ce que rapportent ces flux (et à qui), ainsi que ce que coûtent ces flux (et à qui), avant d’avoir un avis sur votre adverbe “positivement”.
    Malheureusement aussi bien d’un côté que de l’autre de l’équation, grosses sont les inconnues, tant est grande la volonté de nos autorités de ne pas rendre des chiffres transparents. Je m’imagine bien que les coûts (sociaux, hébergement, adaptation des infrastructures, surveillance, formation, intégration, etc, etc, etc) sont de l’ordre du pharamineux, mais je n’ai malheureusement aucun moyen de donner un chiffre, pas plus que vous en ce qui concerne la contribution positive à la croissance économique.
    Nous devons faire pression sur nos autorités pour nous informer.

  7. Posté par Pierre le

    A Monsieur de Rougemont : Quand vous dites “En France les grands flux migratoires ne sont plus là, cela se stabilise à un bas niveau”, sur quoi basez-vous cette affirmation? Des statistiques?
    Le ressenti de la population, en tout cas, est bien différent…
    ” Et la capacité d’absorption et d’intégration a été jusqu’ici remarquable.” Je vous trouve bien optimiste. Les infrastructures ne suivent pas : trains bondés, autoroutes surchargées, crise du logement agravée par l’immigration et j’en passe. A court terme, l’immigration est sans doute “bon pour la croissance”, mais ses effets pervers affectent grandement la qualité de vie des Suisses.

  8. Posté par Michel de Rougemont le

    B. Stasi en 1984 n’était pas dans le contexte actuel, il avait sans doute raison il y a trente ans. En France les grands flux migratoires ne sont plus là, cela se stabilise à un bas niveau. Bien sûr il a les clandestins, une sur-proportion de criminalité, etc…
    Mais le problème à résoudre là-bas c’est celui de l’apartheid de fait qui a été pratiqué depuis des décennies et qu’ils ne savent détricoter. Le débat porte sur les différences entre ceux “de souche” et les “rameaux greffés” qui à l’inverse des plantes ont de la peine à la symbiose.

    Et oui JeanDa, en Suisse c’est très différent : les flux sont importants et d’origines variées, surtout de l’UE; ils contribuent positivement à la croissance économique sans aggravation du chômage. Et la capacité d’absorption et d’intégration a été jusqu’ici remarquable.
    On peut craindre que cela ne puisse durer mais il faut évaluer cela en fonction de notre démographie et de notre économie. Cela a passé et passera vraisemblablement par des cycles, actuellement en récession, voir ce graphique: http://bit.ly/1duhhqv

  9. Posté par JeanDa le

    Qui du conseil fédéral va nous dire “oui, mais chez nous c’est différent” ?

Et vous, qu'en pensez vous ?

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