« Je suis dans la résistance » : Face à la commission d’enquête, Vincent Bolloré ne cède rien

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« Tu t’es pas présentée aux municipales, toi ? ». « Ah, si ! ». Entre ces deux députés, les retrouvailles postérieures au élections municipales vont bon train, quelques minutes avant l’entrée de Vincent Bolloré dans cette petite salle du troisième sous-sol de l’Assemblée nationale. Le milliardaire breton, dont le nom charrie tant de fantasmes, se présente tel qu’en lui-même, souriant aux « Kenavo » que lui lancent les photographes, toujours facétieux et gouailleurs…

Pour Vincent Bolloré, l’exercice est connu, voilà la quatrième fois qu’il se présente devant une semblable commission. Si, dans la précédente commission sur la TNT, en mars 2024, sa présence était tout à fait justifiée, dans celle-ci, consacrée à l’audiovisuel public, elle semble franchement capillotractée.

« Je ne regarde pas beaucoup la télévision… Sauf Canal + »

Officiellement, Vincent Bolloré est auditionné en tant qu’actionnaire de Banijay, géant de l’audiovisuel qui produit notamment, sur le service public, des émissions comme « N’oubliez pas les paroles » ou « Fort Boyard ». Actionnaire ? Certes. Mais tout à fait minoritaire. « Nous avons 29 % de Vivendi, qui a 19 % de Banijay. » Si Vincent Bolloré loue les talents de Stéphane Courbit, à la tête de cet empire audiovisuel, il admet n’être pas l’homme le plus idoine pour en parler : « Malheureusement Banijay je ne vais pas pouvoir vous en dire grand chose […] Je ne regarde pas beaucoup la télévision… Sauf Canal + ». Autrement dit, Banijay n’est vraiment pas le premier souci du milliardaire lorsqu’il se réveille le matin…

Sans s’en formaliser davantage – il connaît le jeu politique – Vincent Bolloré prend l’exercice pour ce qu’il est, faisant fi des intitulés officiels. Cette audition est, pour la représentation nationale, l’occasion rêvée de poser au capitaine d’industrie les questions les plus brûlantes. Et, pourquoi pas, de s’offrir par ce moyen quelques savoureuses séquences.

Comme il a l’habitude de le faire, Vincent Bolloré brosse l’histoire de son groupe, cette fameuse papeterie d’Odet fondée en 1822 dans le Quimperlé. Décrivant par le menu une enfance bourgeoise où l’on recevait Pompidou à la table familiale, il se souvient des récits familiaux sur le débarquement de Normandie, auquel sa famille a directement pris part. Ce qui relativise de beaucoup les critiques de ceux qui, à gauche, l’accusent de réhabiliter on ne sait quel pétainisme, quand ce n’est pas le fascisme ou le nazisme.

L’exemple de redressement du groupe Canal +

Et d’évoquer ensuite son grand-œuvre. La reprise de cette société familiale en déliquescence au début des années 1980 qui constitue aujourd’hui un grand groupe français intervenant dans tant de secteurs. Dont évidemment les médias, qu’il qualifie, à rebours du cliché, d’activité « très rentable ». De fait, Vincent Bolloré est l’homme qui a placé Canal + sur les rails de la prospérité, bouchant le panier percé d’une entreprise où l’on dépensait à tout va… Vincent Bolloré se souvient de ce petit gratin de l’audiovisuel découvert en 2014, lorsqu’il prenait le contrôle financier du groupe : des « gens qui chantent et qui dansent », menant grand train, du festival de Cannes aux circuits de Formule 1. « C’était une vie absolument formidable, mais ça coûtait 400 millions. Maintenant Canal gagne 500 millions. »

Le problème du service public, c’est les quatre milliards de pertes. C’est beaucoup à un moment où la France est quand même en difficulté.

Du point de vue de ce redresseur hors de pair, la situation de l’audiovisuel public paraît des plus alarmantes. « Le problème du service public, c’est les quatre milliards de pertes. C’est beaucoup à un moment où la France est quand même en difficulté. » « On parle du France Libre : en dix ans, vous vous retrouvez avec quatre porte-avions au lieu d’en avoir un. »

La situation de la France est préoccupante. Avant, on vacillait, et là on glisse.

Vincent Bolloré poursuit : « Je ne vois pas pourquoi TF1 gagnerait de l’argent, que M6 gagnerait de l’argent, et que le service public en perde. » Il poursuit : « Quand la France était très riche, il n’y avait pas de problème à mettre 4 milliards dans le service public. Ce n’est pas le sujet. Le vrai sujet, c’est : a-t-on l’argent encore aujourd’hui ? On sait que non. La situation de la France est préoccupante. Avant, on vacillait, et là on glisse. »

Et d’évoquer une perspective de réforme, clef en main : « Au lieu de donner 4 milliards, je ne donne plus que trois […] Et vous verrez qu’ils se débrouillent eux-mêmes. Si vous n’avez pas de courage, excusez-moi de parler comme ça aux représentants de l’État, vous réduisez l’eau du robinet. Vous réduisez l’argent de poche. » Et d’enfoncer le clou : « Je pense qu’on peut avoir un service public de qualité, mais qui gagne de l’argent ». L’idée, compromis entre le statu quo et la privatisation, n’est proposée par aucun parti politique.

Un « démocrate-chrétien »

S’il n’est pas philosophiquement hostile à la pérennité d’un service public audiovisuel, Vincent Bolloré souhaiterait qu’il parvienne à l’équilibre financier. Et tant pis si Radio France et France Télévisions ont porté plainte, en novembre dernier, pour « dénigrement » contre les médias de son groupe : « Je suis le bouc-émissaire parfait, le paratonnerre idéal. Il faut trouver un ennemi commun et suis l’ennemi commun parfait […] Au lieu de regarder comment faire des économies c’est plus facile de dire qu’on vous dénigre. Notre groupe est un coupable idéal. »

Lorsque Charles Alloncle l’interroge sur l’opportunité, pour le service public, de diffuser une émission aussi vulgaire et bas de gamme que « Drag Race » (une télé-réalité ayant un concours de travestis), Vincent Bolloré botte en touche : « Je suis pour la liberté, cela coule dans mes veines et quand vous êtes pour la liberté vous ne l’êtes pas seulement pour vous, vous l’êtes pour les autres. Je n’ai de conseils à donner à personne. »

Vient, évidemment, posée par l’écologiste Sophie Taillé-Polian, la question sur Jean-Marc Morandini, animateur de CNews, définitivement condamné à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende pour corruption de mineurs. Après avoir été maintenu à l’antenne, il s’en est finalement retiré, le 9 février dernier, au terme d’un émoi général. À ce sujet, Vincent Bolloré répond carrément : « Évidemment, je condamne tous les faits délictueux. […] Je suis chrétien, je récite tous les jours le Notre père, alors je pardonne. Les dirigeants de CNews ont pris les bonnes décisions. Ils ont laissé Monsieur Morandini regretter amèrement ce qu’il avait fait. Ensuite, il a démissionné. Justice est passée. Maintenant miséricorde doit passer. »

Je suis démocrate-chrétien. Démocrate, je respecte le vote des citoyens et des citoyennes. Et chrétien parce que je crois en Dieu et dans le Christ.

Vincent Bolloré fera ricaner, voire grincer des dents, les députés de gauche lorsqu’il aura l’outrecuidance de rappeler qu’il est catholique : « Je suis démocrate-chrétien. Démocrate, je respecte le vote des citoyens et des citoyennes. Et chrétien parce que je crois en Dieu et dans le Christ. » L’anticléricale députée LFI Ersilia Soudrais ira jusqu’à le lui reprocher lorsqu’elle lui posera une question : « Je suis assez choquée d’entendre à l’Assemblée nationale un cours de catéchisme. »

Parler de Dieu au parlement français, est-ce, vu de gauche, une espèce de blasphème laïque ? De la part d’une élue qui défend la possibilité de porter le voile islamique dans les compétitions sportives, l’accusation ne manque pas de piquant.

Réquisitoire contre une « caste »

Tant pis pour nos rombières de la gauche radicale, Vincent Bolloré enfonce le clou : « Je ne hais personne et je prie pour mes ennemis, ce qui me coûte, mais je le fais quand même. J’en ai quelques uns. Notre groupe n’est pas en guerre, l’audiovisuel public ne me concerne pas. » De fait, en raison même de la nature de ses activités, fondées principalement sur l’abonnement, le groupe Canal+ n’évolue pas sur le même créneau que le service public. Ses véritables concurrents sont avant tout les plateformes américaines.

Aux termes de cette commission dont le motif initial aura été bien vite évacué, Vincent Bolloré sort renforcé, comme la fois précédente, en mars 2024, où ses propos sur l’avortement avaient fait montre d’un courage rare, absolument rare, dans la sphère publique : « Il y a la liberté des gens à disposer d’eux-mêmes et la liberté des enfants à vivre. »

Cette fois encore, l’idée que des valeurs catholiques puissent fonder une existence, et se traduire le cas échéant dans un projet d’entreprise, semble absolument inaudible et scandaleux pour la gauche… Et pour la « caste », ce mot que Vincent Bolloré aura beaucoup répété durant l’après-midi.

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