Une de ses anciennes subordonnées s'est suicidée: la procureure générale du Valais dans l'affaire Crans-Montana rattrapée par une histoire oppressante

Béatrice Pilloud est sous une pression énorme. Et la procureure générale du canton du Valais a déjà cédé. La véritable procureure en chef, censée trouver les coupables du crime de Crans-Montana, a depuis longtemps délégué sa responsabilité à plusieurs subordonnées. Cette semaine, Pilloud a annoncé par l'intermédiaire de l'agence de presse SDA qu'elle répartirait les tâches d'enquête entre quatre procureures, "quatre femmes", comme elle le souligne. Pendant qu'elle souhaite s'occuper elle-même de la communication et des relations internationales avec ses collègues à l'étranger, les enquêtes devraient être menées par la procureure générale adjointe Catherine Seppey. Olivier Elsig, le procureur de la région du Valais central, là où l'incendie s'est produit, n'a pas été pris en compte par Pilloud. Pourtant, Elsig est probablement le seul procureur en activité du canton du Valais à avoir une expérience dans une affaire comparable, du moins en ce qui concerne l'ampleur du nombre de morts ainsi que les dimensions émotionnelles et médiatiques. Elsig a réalisé un travail largement reconnu dans les cercles juridiques lors de l'accident de bus de Sierre. Dans cet accident, 28 personnes sont mortes, dont de nombreux enfants. L'enquête d'Elsig, selon laquelle seules un problème médical ou une inattention du chauffeur pouvaient être envisagés comme causes, a résisté aux recours jusqu'au Tribunal fédéral. Fait notable: Elsig avait également postulé en 2023 pour le poste vacant de procureur général. Cependant, le parlement cantonal a préféré la candidate du FDP, Pilloud, au candidat du Centre, Elsig. Et avec l'élection de Seppey à la vice-présidence, les médias se sont réjouis en chœur: « Deux femmes à la tête du parquet valaisan. » Néanmoins, peu de temps après l'élection, il est devenu clair que le sexe seul ne garantit pas une bonne gestion administrative et d'équipe. Un conflit interne entre Pilloud et Seppey d'une part, et la procureure Rahel Brühwiler d'autre part, a rapidement dégénéré. Pilloud voulait que Brühwiler progresse plus rapidement dans l'affaire concernant le marchand de vin valaisan Dominique Giroud, car elle craignait la prescription. Brühwiler, de son côté, s'est sentie considérablement sous pression à cause de Pilloud. Le tribunal cantonal a donné raison à Brühwiler, statuant que Pilloud aurait été "impérativement" en conflit d'intérêts et aurait malgré cela "opéré" dans l'affaire. Pilloud avait auparavant représenté, en tant qu'avocate, la femme d'un partenaire commercial de longue date de Giroud. Par conséquent, la direction féminine du parquet s'est séparée de leur collègue. Brühwiler, qui jouissait d'une très bonne réputation parmi les juristes en Suisse, s'est suicidée en octobre dernier. Le quotidien romand "Le Temps" a retracé en détail cette affaire oppressante. Pilloud avait alors refusé de commenter le conflit avec sa subordonnée. Depuis le réveillon du Nouvel An, la procureure générale est soumise à des pressions temporelles, médiatiques et politiques comme un procureur suisse n'en a probablement jamais ressenties. Et elle commet des erreurs tactiques évitables. Au lieu de placer immédiatement les exploitants de bar ainsi que les autorités municipales compétentes en détention préventive pour examiner et sécuriser tranquillement tous les documents, elle laisse les responsables en liberté. Les soupçons de destruction de preuves et de collusion étaient présents dès le départ. Les exploitants de bar auraient, selon les médias, "nettoyé" ou supprimé complètement leurs comptes de réseaux sociaux quelques heures après l'incendie. Elle a laissé presque 48 heures aux autorités municipales pour lui faire parvenir les dossiers concernant le bar ainsi que les procédures de contrôle internes. Personne ne sait si le matériel est complet. Pilloud a également fait preuve de clémence lors de l'inculpation, renonçant au principe "in dubio pro duriore" et poursuivant seulement pour homicide involontaire, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence, au lieu d'éventualité intentionnelle. La pression se déplacerait immédiatement sur les juges si la procureure en chef était désavouée par ces derniers. Vu cette situation et l'injustice évidente subie par les jeunes lors du réveillon du Nouvel An, la procureure en chef n'aurait pas pu intervenir assez vite et assez sévèrement. Au lieu de cela, circulent désormais des images de la première conférence de presse, où elle se tient par la main sous la table avec Mathias Reynard, le président du gouvernement valaisan. Ces gestes d'affection et de solidarité sont certes compréhensibles d'un point de vue humain face à l'horrible enfer qui a fait 40 morts et plus de cent blessés. Toutefois, lors d'une apparition publique où Reynard représente l'exécutif et Pilloud la justice, de telles tendresses liant les pouvoirs n'ont pas leur place. Partout, des signes de faiblesse de la part de responsables élus pour assumer et diriger dans des temps difficiles et surtout de manière indépendante dans leurs rôles respectifs. Que Pilloud ne soit pas à la hauteur de cette tâche, elle l'a depuis longtemps admis elle-même. Les enquêtes n'ont duré qu'une semaine lorsque la procureure générale a déjà demandé au parlement cantonal des ressources supplémentaires sous la forme d'un budget extraordinaire.


Et vous, qu'en pensez vous ?