Une nouvelle attaque au couteau, aux relents islamistes, a-t-elle été évitée à Nice ? Si l’on en croit les informations obtenues par Valeurs actuelles, la réponse est oui. L’affaire a pourtant été traitée avec une étonnante légèreté par la justice et la presse locale, comme s’il ne s’agissait que d’un fait divers de plus.
Le 11 décembre, le journal Nice-Matin y a consacré quelques lignes sur la base d’une audience de comparution immédiate : appelée le 9 décembre dans le quartier de l’Ariane à la suite d’une rixe, la police intervient pour un homme, sous cocaïne, armé d’un couteau. À l’arrivée des forces de l’ordre, le mis en cause lâche son arme, mais résiste violemment, tente de mordre les policiers, et cherche à s’emparer de l’arme de service de l’un d’entre eux. Il aurait enfin tenu des propos menaçants « en langue arabe » et affirmé que Dieu lui pardonnerait. Agé de 40 ans, il était jusqu’ici inconnu de la justice. Il a été placé en détention provisoire en attendant son jugement, en février prochain.
Volonté de minimiser pour ne pas inquiéter ? Simple méconnaissance du dossier ? Déni idéologique ? Ou implicite relativisation des faits, dans un quartier rongé par la délinquance ? Le procès-verbal d’interpellation rédigé par les policiers primo-intervenants, que Valeurs actuelles a pu consulter, décrit en tout cas une scène d’une autre nature, et surtout d’une autre gravité.
A deux pas d’une école
Nous sommes le mardi 9 décembre, dans le quartier de l’Ariane à Nice, lorsqu’un équipage de police est alerté par un couple : un individu, se serait accroché à la portière de leur véhicule et aurait tenté de poignarder le conducteur avec « un grand couteau », avant de s’en prendre à d’autres passants. La panique est palpable parmi les badauds, d’autant que les faits se déroulent non loin d’une école et que de nombreux enfants se trouvent dans la rue. Selon nos informations, une cellule de crise aurait même été ouverte par l’établissement en soutiens aux élèves choqués. La police imagine le pire…
Des passant finissent par désigner l’endroit où le mis en cause se trouve. Les policiers s’approchent avec précautions, arme aux poings. Au moment où ils intiment à l’homme de montrer ses mains, celui-ci sort un couteau de cuisine dissimulé au niveau de son entrejambe, et long d’environ trente centimètres, tout en criant « Allah Akbar ».
« Il est incompréhensible pour mes collègues que cette affaire ait été minimisée par la presse locale, évoquant une rixe, sans avoir connaissance du dossier »
Face aux injonctions des policiers, le suspect finit par lâcher son couteau, mais l’interpellation vire à l’affrontement. Les fonctionnaires décrivent une résistance « très violente », une force « anormalement puissante », qui s’explique sans doute par le fait que l’interpellé avait absorbé de la cocaïne peu de temps avant. Quoiqu’il en soit, le mis en cause, loin de se laisser faire, tente de mordre les agents, de le frapper, de leur échapper, tout en criant à nouveau « Allah Akbar ». Il tente également de s’emparer de l’arme d’un policier. Selon les agents, il « récite en même temps des sourates du coran » et « parle de Dieu à plusieurs reprises », en expliquant que ce dernier « le remboursera de toutes ses dettes s’il parvient à faire quelque chose », sans préciser laquelle. On peut toutefois penser que cette « chose à faire » a un lien avec la scène qui vient de se dérouler. Autrement dit qu’il y a dans son geste un mobile religieux. Le mis en cause, un certain Taoufik R., de nationalité française, né en Tunisie, et agent de sécurité de profession, est finalement interpellé.
Pas tout à fait ce qui a été présenté par la presse locale, donc, selon Yann Rouchier, secrétaire général adjoint du syndicat de police FPIP. « Il est incompréhensible pour mes collègues que cette affaire ait été minimisée par la presse locale, évoquant une rixe, sans avoir connaissance du dossier. Et quand on me parle de déséquilibré pour des actes similaires, je demande toujours de me trouver un terroriste équilibré » explique-t-il à Valeurs actuelles. Et de conclure : « Je souhaiterais féliciter mes collègues Niçois pour leur interpellation risquée, aux prises avec un homme radicalisé et sous stupéfiants. Leur intervention rapide a sûrement permis de préserver l’intégrité physique des habitants de l’Ariane, voire de sauver des vies ».
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