22 300 participants : c’est la plus faible mobilisation des samedis Gilets jaunes. Le ministère de l’Intérieur avait le triomphe modeste, mais le triomphe tout de même. Pas de blessés graves, pas de pillages à grande échelle, sous le regard des caméras. N’étaient-ils réellement que 22 300 (contre 33 700 la semaine dernière) ? Gilets jaunes et Policiers en colère en ont dénombré trois fois plus. Mais il est certain que, ce samedi, la mobilisation paraissait en retrait par rapport à la précédente.
Peu importe, au fond. L’important est ailleurs : il est dans le constat que cela fait cinq mois que les Gilets jaunes descendent dans la rue. Leurs revendications comme la forme de leurs mobilisations en font un mouvement social, sociétal, fiscal (peut-être les trois à la fois) totalement inédit. Cette révolte est unique dans l’histoire de France (est-elle comparable aux jacqueries ? Aux colères poujadistes ou du CIDUNATI de Gérard Nicoud ? Pas vraiment). En toute hypothèse elle éclipse, par son ampleur, sa durée, le succès de sa couverture médiatique, son influence, toutes les autres manifestations de colère récentes. Elle rend enfin inaudibles les syndicats et les corps intermédiaires traditionnels. Mais elle a également des retombées inespérées du point de vue de ses promoteurs : le gouvernement revoit sa stratégie de communication, lance un grand débat, se définit par rapport à ce mouvement. Les Gilets jaunes bousculent le prêt-à-penser, et replacent les « inaudibles » au centre de l’échiquier.
Et plus étonnant encore : la capacité de mobilisation est toujours là. Si le mouvement GJ décide de se mobiliser de façon exceptionnelle le 1er mai, la mobilisation sera exceptionnelle. Car les vrais problèmes ne sont pas résolus, et le gouvernement n’a encore entamé aucune des réformes d’allègement du mammouth étatique. Or le malaise persistera tant que ceux d’« en haut » ne donneront pas l’exemple.
« Une cohorte de casseurs… »
Il reste néanmoins la casse, et ces incivilités et agressions à l’égard de notre police. Cela choque bon nombre de nos lecteurs, qui nous le disent. Ainsi Robert A. nous écrit : « Si au début ils manifestaient pour améliorer (j’en suis d’accord), maintenant il y en a assez. Leurs manifestations à répétition entraînent peut-être malgré eux une cohorte de casseurs qui portent préjudice à l’économie française […]. Il est donc inutile et dangereux de les soutenir. » Parce que nous sommes des femmes et des hommes d’ordre, nous ne supportons pas – à juste titre – ces violences, ces destructions gratuites, sans parler des agressions anti-police, et des pillages. Lorsqu’elles viennent de black blocs, c’est sans surprise. Mais qui oserait parier qu’aucun vrai Gilet jaune ne se laisse entraîner ? Et les manifestations de rue constituent, pour les casseurs et les voleurs, de véritables sanctuaires. De ce point de vue, les Gilets jaunes ont une part de responsabilité. Samedi, il y a eu des incidents à Bordeaux, à Paris dans le mini-cortège du GJ Eric Drouet, à Rouen qui était une des villes où des black blocs s’étaient rassemblés (une cinquantaine, d’après la préfecture), à Lille, au Touquet.
Empêcher les violences, tout en restant mobilisés et médiatisés, c’est un exercice compliqué. Mais la révolte Gilets jaunes est porteuse d’une capacité à « penser hors du système » qui crée l’obligation de continuer à les soutenir, en dépit de tout ce que nous savons, et que certains lecteurs nous rappellent à juste titre.
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