L’ACTU DE DÉCAILLET, GHI, / 27.01.16 / Pascal Décaillet
DÉMOCRATIE DIRECTE • En Suisse, pas besoin de philosophe en chemise blanche pour nous brandir l’orthodoxie de la pensée: notre corps électoral, rompu à l’exercice du vote, est adulte et vacciné.
En Suisse, le peuple a le pouvoir.
Dans notre démocratie suisse, le peuple est souverain. Que signifie «le peuple»? Il ne s’agit pas de l’ensemble de la population! Au niveau fédéral, les étrangers, ainsi que les moins de 18 ans, n’ont pas le droit de vote. Sur un total de quelque 8 millions d’habitants en Suisse, le corps électoral est donc d’environ 5 millions de personnes. Ce sont eux que, par raccourci, on appelle «le peuple». Lorsqu’il y a initiative ou référendum, ce sont ces cinq millions de citoyennes ou citoyens qui constituent le cercle des votants.
Initiatives et référendums
Maintenant, que signifie «il est souverain»? Il ne s’agit pas pour lui de décider de tout! Nous avons un Parlement, à Berne, qui fait les lois. Sa sphère doit être respectée. Mais notre Constitution est très claire: dans deux cas, les initiatives et les référendums, c’est le corps électoral, dans son ensemble, qui tranche. Un référendum attaque une loi votée par le Parlement, mais jugée mauvaise par un groupe de citoyens, qui doit récolter des signatures. L’initiative est plus intéressante: elle ne se définit pas en rapport avec une décision du Parlement.
Non, c’est elle qui amène le sujet sur la table. Surgi d’en bas, une fois les signatures récoltées (ce qui est loin d’être facile), le thème proposé devient un enjeu de débat national. A trancher, un beau dimanche, par la majorité du peuple et celle des cantons. Cette démocratie directe, unique au monde, beaucoup de nos voisins nous l’envient. Nos amis français, par exemple, acceptent de moins en moins que tout vienne d’en haut, sans participation de la base des citoyens.
Notre système suisse stipule surtout qu’aucune voix, au sein des cinq millions de votants potentiels, n’est supérieure à une autre. Chacun est libre de s’exprimer, donner son avis, et surtout voter comme il l’entend. En cela, notre modèle est l’un des plus égalitaires sur la planète. Et ce respect du citoyen, voyez-vous, s’accommode assez mal de la détestable tradition parisienne, très Rive Gauche, des consignes de vote données par des listes de personnalités.
Unique au monde
En Suisse, chaque voix pèse le même poids. Nul écrivain, nul cinéaste, nulle vedette de la chanson, nul ancien président de la Confédération, ou ancienne présidente, ne bénéficie, face au suffrage universel, d’une quelconque prépondérance. Ces gens-là ont parfaitement le droit de s’exprimer. Comme nous tous. Sans plus. Nous n’avons pas, en Suisse, la tradition, très Saint-Germain-des-Prés, de la démocratie de salon, où telle personnalité du théâtre, du cinéma ou de la littérature, ou tel «philosophe», chemise blanche et chevelure en comète, vient nous brandir l’orthodoxie de la pensée.
Dès lors, les «listes de signatures de la société civile», face à telle initiative, paraissent bien vaines, bien légères. Notre démocratie suisse est indivisible: chaque voix compte, chaque suffrage est légitime. Nul citoyen ne pèse plus qu’un autre. La société civile, c’est nous.

Pourvu que les gens recouvrent la raison, parce que celle-ci est partie à la dérive !
Mais pour défendre efficacement notre démocratie directe, nous aurons besoin de médias compétents plus diversifiés ! La mainmise de la pensée unique et les manipulations répétées – même intensifiées – menacent sérieusement la liberté d’opinion. Où sont les journalistes qui font de véritables enquêtes ? Les journaux qui publient des opinions contradictoires ? (…et les lettres de lecteurs qui vont avec…) La TV – vous avez dit : service public ? Je ne regarde plus « Infrarouge » – Esther M. énerve trop en coupant tout le temps la parole… à certains invités … la politesse, n’est-ce pas ? Le TJ ? De moins en moins…
C’est grave, car sans les sites de ré-information, notre société dite « libre » se transformerait en peu de temps (!) en un système totalitaire ! Je n’aurais jamais pensé qu’en Europe nous puissions de nouveau être confrontés à ce danger-là…
Oui, nous autres Suisses – petit peuple descendant de paysans et de petits-bourgeois aimant leur patrie – sommes fiers de notre démocratie directe ! Mais depuis à peu près une génération, il y a le souffle séducteur d’un vent d’ouverture au monde qui embrouille pas mal de têtes : il faut dépasser l’étroitesse d’esprit de ces Suisses toujours lents à comprendre… Les euro-turbos sont grandement soutenus par certains rejetons d’immigrés – pas tous : il y en a qui ont quand même compris qu’on veut faire disparaître les nations et s’accrochent à un modèle de société qui leur a permis une bonne formation (il a fallu travailler…!) avec passablement de libertés… Tout cela déplaît évidemment à ceux qui ont les grandes idées d’une société multiculturelle ouverte et tolérante, et freine sensiblement leur élan généreux…
Depuis qu’on voit que, partout, ce modèle est un échec total – que choisissons-nous ? Eh bien, comme nos ancêtres : on est contre les baillis étrangers et leurs idées !
Plus rien à ajouter…