Interview de Fabrice Lucchini sur le film "Gemma Bovary" inspiré de Flaubert. Il nous parle aussi de son amour pour la littérature et de son pessimisme sur la culture de nos contemporains.
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A 4'30''
«Personne ne peut rien faire là... On est pris dans un processus d'abrutissement et d'aliénation, de bêtise, de vulgarité, admirable. Tout ça va finir, comme disait Nietzsche, dans la canaille.
(...) J'arrive de l'île de Ré et quand je vois que dans les plus beaux paysages ils ont leurs portables et qu'ils se cassent la gueule parce qu'ils savent pas faire du vélo, on se dit que ça y est, on y est...
Et tu vois toutes les connasses en train de donner des coups de fil, en train de conduire, écraser des gosses ou des chiens qui valent bien plus que ce qu'ils sont eux...
Non, non cette époque est abjecte, elle est grotesque. Y a même pas à être révolté, elle est absurde. »
Fabrice Luchini
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Interview complet :
On ne choisit pas son époque, certes. Mais force est de constater que la nôtre est calamiteuse. Oh ! Ce ne sont plus les grandes plaies naturelles, l’épidémie (à voir), la famine (à voir aussi), toutefois, quand on a passé son enfance et son adolescence durant les “Trente Glorieuses”, le bilan de ce qui les a suivies est bien négatif. Trop de déviances, trop d’idées extravagantes – certes, il y en a toujours eu, mais elle n’étaient pas amplifiées par les médias comme aujourd’hui – trop de repères perdus et de faux amers placés par des naufrageurs, trop de délitement social, et l’apathie populaire, encore et toujours croissante. On ne peut alors qu’avoir l’impression de vivre une décadence, dont l’abrutissement (programmé ?) est un effet – ou une cause ? – et se retrouver, selon le mot d’Aragon, “En étrange pays dans (son) pays lui-même”.
Que faire ? Espérer la venue de chimères, comme Emma, se complaire dans la délectation morose, attendre l’homme providentiel ? Ce n’est pas digne.
Mais se dire qu’il n’y a pas de fatalité, qu’en inventant, expliquant, convainquant, on peut modestement faire bouger les choses, que les petits ruisseaux font les grandes rivières, c’est vivre dans son époque, même si elle déplaît, sans baisser les bras. Le vieil Hugo écrivait : “ceux qui vivent sont ceux qui luttent”.
Le bovarysme ne passera pas !
Il ne s’agit pas de choisir son époque, mais de vivre dans la sienne…