CYBER DESASTRE : Une nouvelle “ligne Maginot” ?

Par Xavier Raufer

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Des ordinateurs bloqués par centaines de milliers - dont ceux d'administrations ou de sociétés mondiales (Renault en France). "La pire attaque informatique de l'histoire"... Plus de cent pays sont touchés... Voici donc le planétaire piratage opéré par le virus WannaCry - un fort offensif "bébé" (parmi tant d'autres...) de la NSA, le service de renseignement américain, subtilisé à son apprenti - sorcier de maître et récupéré puis utilisé... tiens, mais par qui au fait ?

Là, comme d'usage, nul expert en sécurité informatique, officiel ou privé, ne sait rien du coupable. Et comme toujours, nul de ces experts - si prodigues pourtant en "solutions" - n'a prévu cette attaque dont l'ampleur planétaire même, établit qu'elle ne peut relever de la cyber -
génération - spontanée.
Autre incohérence ressentie au vu des premières réactions. Sempiternellement et mécaniquement, le banc-de-poissons médiatique attribue tout acte international de
piratage informatique à la Russie et aux cyber-sbires de Poutine - or là, la banque
centrale de Russie est fortement affectée par WannaCry. Fourberie moscovite ? Ou
pratique habituelle du bobard par des médias hypnotisés par la Silicon Valley ? Dans
l'intérêt de sa sécurité, l'opinion française aurait intérêt à savoir ça.
La vérité, la voici - l'auteur alerte sur ce point crucial dès 2015 dans son traité de "cyber -
criminologie" (CNRS - Editions) : la jungle du cybermonde est absolument dérégulée - c'est la Banque de France sans les coffres forts ; la circulation automobile sans code dela route. En exergue de ce livre, l'auteur exposait ce qu'il estime être les quatre thèses fondatrices de la cyber-criminologie :
Diagnostic 1 - dans l'ensemble "cyber-crime", crime domine. Scruter le monde cybercriminel révèle que celui-ci n'a rien inventé d'original. Dans leur "monde ambiant" et jusqu'à présent, les cybercriminels se bornent à reproduire les variantes de la criminalité physique.
Diagnostic 2 - La cybercriminalité ne régressera pas, grâce à plus encore de haute-technologie, mais par volonté politique. Une simple fuite en avant type blindage-et-canon provoquerait, dans ce domaine, un désastre analogue à celui de l'inepte guerre high-tech d'Irak.
Traitement, 1 - Il faut au cybermonde un code de la route; comme en son temps, la société de l'automobile suscita le sien. Ce code devra être conçu et imposé par une  coalition de nations puissantes, dans l'espoir raisonnable qu'il s'imposera mondialement. Autre image possible pour l'indispensable superstructure normative : celle de la tour de contrôle.
Traitement, 2 - Le code de la route vaut pour tout véhicule, luxueux ou modeste : de même, seul un code du cybermonde sanctionnera-t-il efficacement les prédateurs, financiers maraudeurs, géants du net, etc. qui, aujourd'hui, le pillent impunément ou exploitent ses usagers.
Au-delà du monde éthéré des principes, en matière de cyber-sécurité, les sombres présages s'amassent depuis des mois sans que le concert des nations (G7 et autre) dépasse le stade des communiqués affligés ou inquiets :
- La banque centrale du Bangladesh subit un "cyber-braquage" de 81 millions de dollars (coupable avéré inconnu à ce jour).
- Toujours plus sophistiqués et vicieux, les cyber-pirates ciblent les distributeurs de billets, les entreprises et même - vive l'"internet des objets" - les ours en peluche de nos bambins.
- En 2016 toujours, des logiciels pirates type WannaCry ont fait en France 250 000 victimes. Logiciels "toujours plus agressifs, destructifs et imprévisibles" (Dark Reading,13/02/2017)
- En Grande-Bretagne, la fraude informatique est devenue l'infraction la plus courante ; un britannique sur 10 en subit une en 2016 (plus de 6 millions de victimes).
Dans les motifs du drame, la culture d'ingénieurs des responsables de la cyber-sécurité. Savants et bons techniciens, Ils ignorent le monde du crime. Or c'est de criminalité dont il s'agit - même,
de criminalité grave, des experts (Dark Reading , 13/03/17) estimant que certaines entités cybercriminelles accèdent désormais à la puissance d'Etats-nations ; voir notamment la préoccupante "mutation" du milieu cybercriminel du Nigeria.
Second souci en matière de cyber-protection et de high-tech : confier les affaires de sécurité à des ingénieurs a ses limites. L'histoire de la fameuse "Ligne Maginot" le prouve. Souvenons-nous : le nez sur leur règle à calcul, de brillants ingénieurs français décidèrent alors que le problème fondamental relevait de hydraulique (du fait de l'aviation en piqué, il fallait permettre la sortie et le repli rapide des canons, depuis les blockhaus) ; ils dotèrent donc de pompes et vérins d’avant-garde une ligne Maginot bien plus high-tech que sa germanique contrepartie, la Ligne Siefgried.
Cette technologique excellence impressionna fort le (futur) maréchal von Rundstedt : plutôt que d’y sacrifier ses troupes, il décida sagement de contourner le chef-d’œuvre...
Or les cyber-pirates font-ils autre chose aujourd'hui ?
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Xavier Raufer

La direction prise par l’OTAN nous mène au désastre et cela avec l’entière aide du gouvernement allemand

Interview de Willy Wimmer*

Horizons et débats: Le gouvernement de la Fédération russe a changé, au début de cette nouvelle année, sa doctrine de sécurité. Devons-nous dorénavant nous sentir menacés par la Russie ou ce changement vient-il de la menace dirigée contre la Russie?

Willy Wimmer: Il serait bon de lire attentivement les textes des doctrines nationales de sécurité, quelle qu’en soit l’origine. Les Etats qui peuvent se le permettre publient ces textes ouvertement qu’il s’agisse des Etats-Unis, de l’Inde, de la Chine ou bien, actuellement, de la Russie. Sur la base de notre expérience, nous pouvons déceler à partir de quoi ces textes ont été publiés et quels moyens ils utilisent pour appliquer les objectifs précisés dans ces doctrines. Ainsi, les autres Etats peuvent déterminer si les moyens engagés et mis à disposition peuvent permettre d’atteindre les objectifs déterminés dans la doctrine. Ceci est également valable pour la doctrine de sécurité nationale de la Russie.
Nous devons impérativement observer les réflexions engagées par les responsables de Moscou en vue de la publication de ce nouveau texte. Est-ce que leur façon de voir le monde correspond à nos observations ou bien y a-t-il des différences notoires? Il semble bien, après étude de cette doctrine, qu’il n’y a pas de différences profondes dans la façon d’observer le monde. L’attente de la Fédération de Russie à la fin de la guerre froide, en conformité avec la Charte de Paris de novembre 1990, de construire une maison commune d’Europe, se heurta aux Etats-Unis qui n’en voulaient pas et se mirent à détruire systématiquement les instruments prévus pour une cohabitation pacifique dans les relations des Etats. Nous le savions tous et les Russes n’étaient pas aveugles. La Russie ne devait en aucun cas en faire partie et on la maintint à distance. Tout un chacun a pu constater au cours des dernières vingt-cinq années que les Etats Unis voulaient être la force dominatrice et voyaient dans la Fédération russe un obstacle à ce rôle, du fait de la coopération pacifique prévue, alors même que la Fédération de Russie n’avait donné aucune raison aux Américains de se méfier, ni sur le moment ni plus tard. Cela rappelle l’ancienne expression romaine selon laquelle il fallait détruire Carthage parce que c’était Carthage.

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