Le magasin Intersport d’Ajaccio a reçu une drôle de visite samedi après-midi. Selon son gérant son personnel, son épouse et lui-même ont été agressés par des individus qui ont refusé de payer les produits qu’ils venaient d’acquérir. L’affaire viendra ce mardi devant le TGI d’Ajaccio.
A Ajaccio, la police bloque 300 personnes défiant l'interdiction de manifester
AJACCIO - Bloqués par la police à l'entrée des Jardins de l'Empereur, "sanctuarisés" après un arrêté préfectoral y interdisant tout rassemblement, plusieurs centaines de manifestants ont défilé calmement dimanche 27 décembre dans d'autres quartiers populaires d'Ajaccio, après deux jours de dérapages racistes.
"On se bat contre la racaille mais pas contre les Arabes", ont scandé les meneurs appelant la foule à rester pacifique. "On n'est pas des casseurs", "on n'est pas des racistes", a enchaîné le cortège qui s'est successivement rendu à la préfecture - apposant sur ses grilles un drapeau corse à tête de maure -, dans les quartiers Sainte-Lucie et des Cannes, avant de revenir devant les Jardins de l'Empereur où une petite cinquantaine d'entre eux demeuraient en fin d'après-midi, a constaté un photographe de l'AFP.
"L'arrêté a été parfaitement respecté", a résumé le préfet de Corse Christophe Mirmand dimanche soir sur BFMTV, relevant que les manifestants n'avaient pas cherché à entrer dans le quartier visé par l'interdiction. Un important dispositif de police, notamment un véhicule équipé de barrières barrant la chaussée, les a empêchés de pénétrer dans ce quartier de quelque 450 logements.
Vendredi et samedi, des centaines de manifestants s'étaient rendus dans plusieurs quartiers populaires d'Ajaccio, dont les Jardins de l'Empereur, aux cris de: "on est chez nous", "Arabes dehors". Mais dans la soirée, samedi, le préfet a pris un arrêté pour éviter les débordements dans ce quartier qui surplombe la ville. Le texte "qui prend effet aujourd’hui (dimanche, ndlr) et durera jusqu’au 4 janvier au moins" concerne "toutes les manifestations et les rassemblements, et les contrevenants sont passibles de sanction pénale", a-t-il précisé à l'AFP.
Une 100aine de p. bloquées à l'entrée du quartier de l'empereur. Forces de l'ordre présentes en nombre. #Ajacciopic.twitter.com/zOb4ZRzkIm
« Sales Corses de merde, cassez-vous, vous n’êtes pas chez vous ici! »
Afin de clarifier la situation, des proches des secouristes relatent ce qui a été dit le soir des faits dans le quartier de l’Empereur à Ajaccio. Lorsqu’ils ont essayé de monter dans le camion, les agresseurs auraient lancé selon la même source : « Sales Corses de merde, cassez-vous, vous n’êtes pas chez vous ici! ». Les « nous sommes chez nous », criés en chœur dans le quartier vendredi soir par les manifestants trouvent alors une autre résonance. Si l’agression des deux pompiers la nuit du 25 décembre a déclenché une vive réaction des Ajacciens, ce sont aussi les propos qui auraient été tenus par les agresseurs, et connus de nombreux participants, qui auraient donc mis le feu aux poudres. Corse Matin via Fdesouche.com
Rassemblement en cours au cœur du quartier des Jardins de l'empereur à #Ajaccio. "On est chez nous" insistent-ils. pic.twitter.com/YEqUKztGPS
Les deux jeunes sapeurs pompiers blessés, principalement aux yeux, se sont rendus au commissariat d'Ajaccio hier matin pour déposer plainte. Ils venaient de passer la nuit à l'hôpital de la Miséricorde.
"Maintenant ils doivent nous montrer des planches photos pour voir si nous reconnaissons des gens", explique l'un d'eux. Il confesse d'autre part, avec regret, qu'au regard de la situation et l'intervention, ils n'ont "pas vu grand-chose".
"Il faisait sombre. Nous sommes restés dans le camion et notre principale préoccupation était que personne ne puisse monter dedans. D'autant qu'il y avait une femme avec nous sur l'intervention. Je l'ai poussée derrière et j'ai fermement tenu la porte. C'est à ce moment-là que j'ai été blessé", relate Nicolas qui a eu la cornée de l'oeil gauche rayée.
Tiffany, présente lors du rassemblement, en tenue, fait face. "On a tous eu peur. On savait que s'ils pénétraient dans le camion, ce n'était plus la même histoire. Il fallait rapidement sortir du quartier".
Dans la nuit du réveillon de Noël, plusieurs pompiers ont été attirés dans un véritable guet-apens à Ajaccio en Corse. Appelés pour un incendie volontaire, ils ont été littéralement agressés par des individus cagoulés dans un quartier populaire de la ville. Au total, deux pompiers et un membre des forces de l'ordre ont été blessés. Depuis, le témoignage des pompiers présents pendant l'attaque montre la violence des faits : "Il faisait sombre. Nous sommes restés dans le camion et notre principale préoccupation était que personne ne puisse monter dedans. D'autant qu'il y avait une femme avec nous sur l'intervention. Je l'ai poussée derrière et j'ai fermement tenu la porte. C'est à ce moment-là que j'ai été blessé", a expliqué Nicolas, l'un des pompiers présents sur place à Corse Matin. Tiffany, jeune femme pompier, également présente sur les lieux lors de l'incendie, s'est aussi confiée : "On a tous eu peur. On savait que s'ils pénétraient dans le camion, ce n'était plus la même histoire. Il fallait rapidement sortir du quartier."
"On a frôlé la catastrophe"
Ce samedi 26 décembre, Nicolas est également revenu sur le déroulement des faits au micro d'i>Télé. Le pompier, blessé à l'oeil, explique qu'à leur arrivée sur les lieux, les pompiers se sont trouvés face à une cinquantaine de personnes armées. En tentant de rebrousser chemin, ils se sont trouvés dans un "guet-apens d'une vingtaine de personnes". Armés de pierres, parpaings et battes de baseball, leurs attaquants s'en sont pris violemment au camion et ont réussi à briser les vitres. "On a vraiment frôlé la catastrophe, il aurait pu y avoir des morts", explique le pompier visiblement encore choqué par l'attaque. Une action organisée et préméditée sans précédent, d'après le pompier, qui évoque cependant des violences précédentes contre les pompiers dans la région, mais jamais rien d'une telle intensité. "On est là pour aider, c'est honteux", ajoute Nicolas qui souligne que de nombreuses insultes ont fusé durant l'attaque, notamment "contre les Corses".
« On est chez nous » crie la foule dans la cité à Ajaccio
(…) « Je dis aux individus de ce soir, les pseudos courageux, que nous ne sommes pas dans certains quartiers du continent où règnent la terreur et le chaos. Ici c’est Ajaccio et nous ne laisserons personne dicter ses propres règles, imposer la peur et s’accaparer un quartier de notre ville. Si cela les indispose, ils sont libres de partir », a de son côté commenté le président du Sdis de Corse-du-Sud Charles Voglimacci dans un communiqué.
En marge d'un rassemblement de 250 à 300 personnes dans les Jardins de l'Empereur, la cité où les échauffourées ont eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi, un petit groupe a fracturé la porte vitrée d'une salle de prière musulmane et l'a saccagée, a-t-on précisé de mêmes sources. Ils en ont sorti de nombreux livres, dont des exemplaires du Coran, auxquels ils ont tenté de mettre le feu, sans parvenir toutefois à les brûler entièrement, a-t-on ajouté.
Auparavant, environ 600 personnes s'étaient rassemblées, dans le calme, devant la préfecture à Ajaccio, en soutien aux pompiers et au policier blessés. Mais ensuite, une partie d'entre elles se sont rendues là où les échauffourées avaient eu lieu.
Dans ce quartier populaire, situé sur les hauteurs d'Ajaccio, ces personnes, pourtant encadrées par des policiers déployés pour maintenir le calme, ont cherché à identifier les auteurs des violences de la nuit, aux cris de «On est chez nous!» ou «Arabi fora (les Arabes dehors)!», a constaté la correspondante de l'AFP.
Déploiement des forces de l'ordre devant chaque salle de prières avec mission de protection des biens et personnes pic.twitter.com/2REoHwiSKn